Ils sont une douzaine à vivre dans des températures qui oscillent entre -95°C et -85°C, ils n'ont pas vu le soleil depuis un mois, et ne le reverront pas avant août... Comment se passent leurs vies d'ultra confinés ?

Aurore boréale au-dessus de la base Dumont d'Urville en Antarctique
Aurore boréale au-dessus de la base Dumont d'Urville en Antarctique © AFP / Loïc André / Biosphoto

Quitte à avoir des invités à distance, avec des délais entre les questions et les réponses, et des lignes qui grésillent, autant en profiter pour contacter des gens qui sont vraiment loin et qui, de toutes façons, n'auraient pas pu être là avec nous ! C'est le cas de la douzaine d'hommes et de femmes qui se trouvent actuellement dans la base scientifique Concordia, au beau milieu de l'Antarctique, côté pôle Sud. La première côte est à plus de 1200 km pour eux. La base habitée la plus proche se trouve à 700 km. Dans cette base, ils sont en autonomie totale. 

Pour eux, en ce moment, c'est l'hiver austral. Impossible d'envisager une évacuation. Quant à l'extérieur, les températures peuvent descendre en dessous de -90°C parfois. Quoiqu'il arrive, ils doivent se débrouiller seuls, faire face à l'isolement, la promiscuité et l'obscurité (trois mois sans soleil au coeur de l'hiver, en Antarctique !)

Parmi ces confinés de l'extrême, il y a Camille Bréhan, glaciologue. Elle est arrivée à la base Concordia le 14 décembre dernier, qui  nous raconte son quotidien au micro de Daniel Fiévet. Extraits de l'entretien :

"On a du blanc à perte de vue. On a 3 km de glace sous nos pieds". 

En ce moment, on doit être à -83°C [en température ressentie] avec le vent… C'est plutôt plutôt clément

_"_Tous les jours, on perd entre 20 et 25 minutes de luminosité. Je pense que dans quelques jours, ce sera la nuit totale, 24h/24, pendant environ un mois."

"On a des puits à creuser avec l'autre glaciologue, Inès ; on va en faire une fois par mois. Quand on le fait, on essaie d'être aidé par quelqu'un. Ça peut être assez dangereux, entre guillemets […] Je me suis fait une frayeur. J'ai fait une petite hypothermie après une heure et demie dehors et je n'ai pas réussi à me réchauffer. Mon visage a gelé, surtout mon nez, et mes mains aussi. J'ai mis du temps à récupérer… J'ai le nez brûlé au premier degré, donc ce n'est pas très grave mais du coup, on se dit qu'on ne le refera plus." 

Les avions ne peuvent pas venir, parce que le kérosène gèlerait sur place. Quand on est en Antarctique, on sait que pendant plusieurs mois de l'année, on est tout seul.  

Ici, nous ne sommes que 12, et de trois nationalités différentes. On est sept Français, quatre Italiens, un Néerlandais. Donc on a trois langues & cultures différentes, ça n'est pas tous les jours facile. Mais on fait énormément d'efforts, on fait vraiment attention. On essaie de discuter le plus possible. Si quelqu'un a quelque chose à dire, qu'il le dise… Donc le moral est plutôt bon".  

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