A l'occasion de la parution de ses mémoires, Matthieu Ricard, l'ancien chercheur devenu moine bouddhiste raconte sa quête spirituelle et les rencontres qui ont changé sa vie

Portrait de l'essayiste et photographe Matthieu Ricard
Portrait de l'essayiste et photographe Matthieu Ricard © Getty / Eric Fougere/VIP Images/Corbis

C’est l’histoire d’un jeune homme dont l’avenir semble tout tracé. Né d’un père philosophe et d’une mère peintre, il grandit dans la bourgeoisie intellectuelle. Après une scolarité studieuse, il entreprend de brillantes études de biologie qui le conduisent à effectuer sa thèse sous la direction d’un prix Nobel de médecine. Et après ça ? Après ça, il décide de tout plaquer pour aller s’installer dans une petite cabane près de Darjeeling, en Inde. Là, il devient le disciple d’un maitre Bouddhiste Tibétain et c’est dans une tout autre aventure qu’il s’engage, une aventure spirituelle bien loin de la brillante carrière scientifique à laquelle il semblait promis.  

Près de 50 ans après cette décision radicale notre chercheur défroqué ne regrette rien. Matthieu Ricard, c’est de lui dont il s’agit, est devenu moine bouddhiste. En 5 décennies, il a arpenté l’Himalaya alternant retraites méditatives dans les lieux les plus inaccessibles et voyages riches en rencontres et en découvertes.

Matthieu Ricard raconte son parcours hors norme et sa quête spirituelle dans des mémoires intitulées « carnets d’un moine errant » qui viennent de paraitre aux éditions Allary.

Cet après-midi de l’Inde au Tibet en passant par le Bhoutan et le Népal, Matthieu Ricard revient sur son demi-siècle d’errance en Himalaya. 

Extraits de l'entretien

1967, l'engagement

Se souvient-il du jour où il a franchi le pas et s’est engagé pour devenir moine ?  

Matthieu Ricard : 

"Le 12 juin 1967, j’ai rencontré mon maître spirituel. C’est pour moi, le jour où je suis vraiment né. J’avais 21 ans. En allant à lui et à sa spiritualité, j’ai atteint ce que je cherchais depuis longtemps. 

Mais les souvenirs sont étonnants. De cette journée, j’ai surtout retenu de petits détails comme la mousse sur les marches qui menaient à cette cabane avec un toit en tôle peint en vert. L'eau qui débordait des gouttières. Et l’entrée dans cette pièce sombre avec quelques marches qui menaient là où se tenait ce maître adossé à une fenêtre. Ce sont des choses qui se gravent pour toujours dans votre esprit."

Une rencontre déterminante   

Comment a-t-il su que Kangyur Rinpoché serait son maître ? 

"C’est très difficile à dire. On se sent si bien en présence de certaines personnes qu’il se passe quelque chose. Là, se tenait un être à l’allure de montagne stable, immobile. 

Auprès de lui, on avait l’impression d’avoir à faire à un grand-père bienveillant avec des yeux qui l'étaient tout autant. Comme un enfant, avec lui, on est rassuré. Cela peut paraître enfantin. C’est d’ailleurs la meilleure manière de se livrer entre les mains d'un charlatan ! 

Mais il existe des critères qui ne trompent pas : cette qualité humaine en plus, qui après au fil des années et se révèle être sans faille.

C'est quelqu'un qui n'attend rien de vous, et qui ne cherche pas de vous retenir, mais qui est prêt à offrir la sagesse qu'il a accumulé au cours de sa vie. Tous ces facteurs la tranquillité, la sérénité du lieu m’ont donné en le rencontrant l’impression d’être arrivé à destination. 

Un goût familial de l’aventure 

D’où lui vient l'envie de voyager ?

"Mon oncle était Jacques-Yves Le Toumelin. Il a effectué un tour du monde en solitaire de trois ans entre 1949 et 1952. Son bateau était à voile, sans moteur. Il voyageait à l’ancienne. C'était un excellent marin. Et il était effaré de voir ces gens qui font le tour du monde à toute vitesse, sans escale. Il m'a beaucoup influencé. Il m’a transmis la magie de l'exploration. Il était aussi féru de spiritualité. Dans ses longues croisières solitaires, il avait beaucoup lu sur le bouddhisme, le soufisme, la philosophie des mystiques chrétiens et donc les conversations avec lui tournaient beaucoup autour de la spiritualité."

Et après l’engagement ? 

Qu’a-t-il fait une fois sa décision prise ? 

"J’ai vécu de façon très spartiate pendant 12 ans, mais je n’ai jamais manqué de rien. Et ces années ont été heureuses. Mon maitre m’a donné des mantras à réciter 100 000 fois. J’ai pensé que j’en avais pour 10 mois. Mais j'avais la sagesse du Bouddha comme refuge grâce à laquelle, on ne court pas à droite, à gauche comme un dératé. 

Ensuite, il faut une motivation, celle de s'améliorer pour essayer de faire le bien des êtres. En sachant qu'il y a des obstacles sur la voie, il faut faire provisions de "mérites" ou d'énergie constructive. Et ce n'était pas seulement un mantra. Il y avait un texte de deux ou trois pages à réciter en plus. Cet "exercice" est une offrande répétée à toutes les beautés de l'univers."

L’acceptation de son choix par ses parents

Qu’ont pensé ses parents de sa conversion ? 

"J’ai pris le temps du mûrissement. Se précipiter dans ce genre de décision, mène à la catastrophe. Les textes préconisent examiner un guide spirituel pendant douze ans avant d'envisager de se confier à lui pour faire ce chemin. 

Si ma mère s’est engagée comme moi, mon père était plus réticent. À un moment donné, au bout de six ans ou sept ans passés à étudier le bouddhisme, je lui ai annoncé ma décision. Il n'a pas fait de drame. Je luis suis éminemment reconnaissant. Mais il est devenu muet pendant quelque temps. Puis m’a demandé : « Comment vas-tu survivre ? » Une question tout à fait légitime. Rétrospectivement, comment j’allais finir mes jours ne m’a même pas effleuré l'esprit. 

Il est venu me voir au bout de quelques années. Il a vu que tout se passait très bien, que j'étais heureux et épanoui, que je ne fumais pas la moquette et il était rassuré sur mon sort !"

La suite est à écouter...

Pour aller plus loin : 

A lire :

  • Carnet d'un moine errant de Matthieu Ricard (Editions Allary ,2021)
  • UN VOYAGE IMMOBILE  le beau livre photos de Matthieu Ricard dans lequel une centaine de clichés nous emmène sur les hauteurs de Katmandou dans les contreforts de l’Himalaya népalais. ( Éditions de la Martinière, 2021)
  • Matthieu Ricard  donnera une  conférence à  Bruxelles le lundi 25 octobre  Infos et réservations ICI 
  • Le site de l'association Karuna-Shechen, fondée en 2000 par Matthieu Ricard, Karuna-Shechen met en œuvre des projets humanitaires pour les populations défavorisées d’Inde, du Népal et du Tibet.

Les extraits sonores diffusés

  • Lecture du livre de Mathieu Ricard (Eric Hauswald) 
  • Carol PITHER en Inde sur le train du Raj L'échappée belle  France Culture : 01/01/1993
  • 1952 LE RETOUR DE Jacques- YVES LE TOUMELIN, NAVIGATEUR SOLITAIRE
  • Lecture d'un texte de Milarepa Du monde entier France Culture  28/08/1987 
  • Le Dalai Lama : Ce qu’est la compassion Le pays d'ici  France Culture  30/08/1991 
  • Reportage dans un monastère au Bhoutan avec Françoise Pomaret  Anne Pastor France Inter  27/06/2010 
  • Jean- Francois Revel, sur le choix de son fils , il en est fier même s’il  regrette  qu'il n'ait pas poursuivi sa carrière scientifique Envoyé spécial France 2  - 14/11/1996 
  • Matthieu Ricard dans la classe de "débats" des moines du collège philosophique au  monastère de Shéchen L'usage du monde  08 février 1998 France Culture 
  • RABJAM RIMPOCHE petit-fils du grand maître Dilgo Khyentsé Rimpoché  Oui , Matthieu est devenu un tibétain  Envoyé spécial  France 2  -14/11/1996

La programmation musicale 

  • JULIEN DORE Kiki 
  • PARCELS Free 
  • MICHEL POLNAREFF Sous quelle étoile suis-je né  
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