En 1961 cela fait au moins trois ans que le FLN avait exporté sa violence de ce côté-ci de la Méditerranée. Les partisans ultras de l'Algérie française vont décider, délibérément, de faire de même. L'OAS commence à prendre de l'ampleur.

Les auteurs de l'attentat de Pont-sur-Seine lors de leur procès à Troyes en août 1962
Les auteurs de l'attentat de Pont-sur-Seine lors de leur procès à Troyes en août 1962 © Getty / Keystone-France

-Les attentats dont la mémoire fait l'actualité en cette rentrée étalent des attentats de masse. Les Français ont un peu perdu le souvenir des attentats, quotidiens, qui scandèrent l'automne 1961 et l'année 1962. La métropole vivait les mêmes souffrances que l'Algérie, où la guerre ne finissait pas.

Depuis au moins trois ans, le FLN avait exporté sa violence de ce côté-ci de la Méditerranée. Les partisans ultras de l'Algérie française vont décider, délibérément, de faire de même.

L'OAS, l'Organisation de l'Armée secrète, fondée en février et qui commence à prendre de l'ampleur, a d'ailleurs décidé de calquer ses structures sur celles du FLN : lobbying  au plus près des politiques, renseignement facilité par la complicité de nombreux camarades policiers. Et un secteur Action ! 

Il n'est pas jusqu'à la perception d'un impôt forcé que l'OAS n'imite du FLN. "Les fells ramassent des millions, nous n'allons tout de même pas tirer le diable par la queue !". Brigitte Bardot, fermement "sollicitée" répond qu'elle ne veut pas vivre dans un état nazi. La presse de gauche l'applaudit.

Non, conçue certes en Espagne franquiste, l'OAS n'est pas nazie ! Pour elle, les nazis, elle emploie aussi le mot "gestapistes", ce sont les gaullistes qui ont accepté l'évolution du chef de l'état qui, concernant l’Algérie, est passé du discours de l'intégration à celui de l'association et de celui de l'association à la proposition de l'autodétermination, acceptée par référendum en janvier 1961.

L'OAS considère, elle, la séparation de la France et de l'Algérie comme un accélérateur de la décadence de l'Occident et un grand remplacement du colon combatif par le bougnoule paresseux.

-En avril 1961, l'échec, à Alger, du putsch du "quarteron de généraux en retraite" prive le peuple pied noir majoritairement Algérie française de débouché politique. Le général Salan qui a pu gagner la clandestinité, réussit à prendre la tête de l'OAS mais qu'y faire ?

Exploiter le désarroi des pieds noirs et s'instaurer de gré ou de force, comme leur unique porte-parole. Et provoquer la peur chez les adversaires. Les Européens libéraux sont les cibles de prédilection : la librairie d'Edmond Charlot, l'éditeur de Camus, le cabinet de l'avocat Popie. En attendant que le terrorisme puisse franchir la Méditerranée. Il suffira d'une centaine d'individus aux convictions inoxydables, capables de tuer pour faire parler de l'OAS.

-Tout de même, il parait plus efficace de s'attaquer à la clé de voûte du système politique : supprimer le chef de l'état c'est provoquer une crise dont le courant de l'Algérie française pourrait tirer parti.

Ce début de septembre, c'est le soixantième anniversaire du premier attentat perpétré contre le général de Gaulle- du moins le premier attentat annoncé par le pouvoir. Le 7 au soir, un petit groupe de spadassins se réunit à Alésia : demain, c'est confirmé, De Gaulle part pour Colombey. Un dispositif est déjà installé sur la route à hauteur de Pont-sur-Seine dans l'Aube : 4 kilos de plastic et un liquide explosif dissimulés dans un tas de sable destiné à protéger la chaussée du verglas. Il va suffire de le mettre à feu au passage du convoi présidentiel.

C'est fait à 20h30.La DS du général est prise dans un rideau de flamme mais la dose de plastic était insuffisante et le chauffeur du général, Marroux, est un as de l'accélération et du rétablissement.

-Un an plus tard, toujours début septembre 1962, a lieu aux Assises de Troyes, le procès de Pont-sur-Seine.

Tixier-Vignancour, l'avocat de la défense, plaide contre l'évidence que c'était un attentat bidon. Pas de chance, une autre tentative vient d'avoir lieu au Petit-Clamart. L'organisateur en était Bastien-Thiry qui semble rétrospectivement avoir été aussi la tête pensante de Pont-sur-Seine. 

Salan, lui, maintient qu'il n'était pas au courant. 

Ah oui, il ne voudrait pas faire couler le sang ?

En tout cas dès octobre il n'hésite pas dépêcher en métropole Canal dit le Monocle. Ces gens-là aiment les blazes : Jésus de Bab el Oued, le Chouan de la Mitidja... Pour Canal, c'est simple, il n'y a pas même pas besoin de cible. Le jour, on assassine au hasard et le soir tombé, on déclenche des nuits bleues.

Autour de 2000 morts en Algérie en 18 mois et combien en métropole ?

Soixante ans plus tard, ce terrorisme-là ne semble plus guère inspirer l'horreur. On se demande bien pourquoi.

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