La liste d'émargement issue de la liste électorale c'est, avec l'urne, l'arche sainte vers laquelle se sont dirigés les électeurs. Elle est placée sous la surveillance du petit groupe qui contrôle les opérations de vote.

Electrice signant sur une liste d'émargement dans un bureau de vote de Thizy lors du premier tour des élections cantonnales 2011
Electrice signant sur une liste d'émargement dans un bureau de vote de Thizy lors du premier tour des élections cantonnales 2011 © Getty / PHILIPPE MERLE

-Avant le scrutin, nous avons parlé bulletins, enveloppes. Mais pas de liste d'émargement que vous signez au moment de voter. C'est elle qui va faire foi dans le cadre des contestations qui, abstention record ou pas, vont nécessairement surgir.

D'ailleurs moins il y a de bulletins, plus chacun compte !

La liste d'émargement issue de la liste électorale c'est, avec l'urne, l'arche sainte vers laquelle se sont dirigés les électeurs. Elle est placée sous la surveillance du petit groupe qui contrôle les opérations de vote. Le président ou la présidente et ses assesseurs. Le président, c'est la petite reine d'un jour qui, en dépit des apparences d'hier, n'a pas été ordinaire. Du petit matin où s'est pointé le sportif impatient de courir au soir où est arrivée la famille haletante de retour de week-end, le président a surveillé sa liste d'émargement, se rengorgeant quand elle se remplissait enfin de signatures, se désespérant à l'heure de la fermeture. 

Chaque électeur a, face à son nom, sur la liste, apposé sa signature. Car il faut maintenant signer la liste et pas au crayon-mine effaçable. Cela peut vous permettre de voir que quelqu'un a voté à votre place au premier tour alors que vous étiez resté chez vous. Dans ce cas, n'écoutez pas quand on vous dit que c'est juste une petite erreur. La liste d'émargement réplique de la liste électorale doit rester pure de toute tâche.

-Mais c'est avant qu'on a pu bourrer les listes.

Votre inscription sur la liste indique un numéro d'ordre dans le bureau, votre nom, vos prénoms, votre date de naissance. Vous avez dû justifier d'une domiciliation dans le périmètre du bureau.

Mais certaines domiciliations sont fictives.

Il arrive même que les candidats eux-mêmes soient tentés par une domiciliation fictive. 

Les candidats peuvent aussi créer des électeurs fictifs. On se souvient peut-être d'un dessin du regretté Pétillon figurant un couple parvenant place du Panthéon à Paris, l'homme disait à sa femme "Le quartier n'a pas changé depuis les dernières élections". Le Vème arrondissement de la capitale a longtemps eu la fâcheuse réputation d'abriter des électeurs qui n'y venaient que les jours d'élection. Evidemment, leur domicile officiel pouvait être une entrée de garage ou une baraque disparue d'un trottoir ou bien encore la mairie etc. Ces faux électeurs devaient évidemment être surveillés quand leur étaient envoyés leurs cartes d'électeurs et le matériel d'information électorale : ces courriers étaient naguère mieux acheminés et il ne fallait pas qu'ils reviennent à l'envoyeur.

Pétillon a été aussi l'auteur de la fameuse "Enquête corse". De nombreux villages de l'île ne dédaignaient pas d'accueillir sur leurs listes des personnes déjà inscrites ailleurs ou malheureusement décédées ou encore des groupes d'électeurs qu'on s'était échangé avec une autre localité. 

Année après année, une commission administrative révise les listes, concluant ses travaux chaque 28 février. Une refonte d'une grande ampleur des listes a été opérée en Corse au début des années 1990. La Corse semble ne plus se singulariser aujourd'hui que par son fort taux de participation, exceptionnel. La fraude hier, la participation aujourd'hui sont au fond deux signaux différents mais qui témoignent de l'intérêt que les Corses portent à la politique.

-Dans chaque bureau, le président et les assesseurs ont eu hier une longue journée. Un coup de fatigue est vite arrivé... Leur vigilance devait rester forte à l'heure de la fermeture des bureaux, à l'instant où il a fallu ouvrir l'urne.

Après ma chronique d'avant le premier tour, l'ancien directeur de la revue "Esprit" Paul Thibaud m'a rappelé les aventures que le vote avait connues dans sa commune, Vitry. L'union de la gauche y a eu du bon car dès lors qu'il y a eu des présidents de bureau socialistes assez nombreux, on a pu constater que les procès-verbaux qu'ils signaient différaient sensiblement de ceux des présidents de bureaux communistes habitués à opérer seuls.

A cet instant, il faut parler du risque de... bourrage d'urnes. Supposez que l'urne soit renversée sans précaution, qu'on n'en extraie pas les bulletins soigneusement pour les grouper par paquets de dix qu'on glisse dans de grandes enveloppes qui vont contenir dix paquets. Dans cette hypothèse, fâcheuse, on a pu introduire des bulletins fantômes. En signant devant autant de noms sur la liste d'émargement qu'il y a de bulletins surnuméraires. 

Dans tel ou tel endroit où un pouvoir local exclusif s'est établi, ce genre d'habitude peut s'installer.

Comment disait le ministre soviétique des Affaires étrangères au temps de la guerre froide : "Vos élections libres, c'est très bien mais on n'est jamais sûr du résultat."

J'ai raconté tout cela afin de réveiller l'intérêt pour les élections. Si tant d'efforts ont été déployés pour les truquer, c'est qu'elles ont un peu d'importance, non ?

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