Les princes et les courtisans se seraient humanisés en la compagnie des animaux domestiques, des chiens aux petits singes en passant, à partir de Louis XV, par les chats.

Pompée et Florissant les chiens du roi Louis XV - tableau de Alexandre-François Desportes - 1739
Pompée et Florissant les chiens du roi Louis XV - tableau de Alexandre-François Desportes - 1739 © Getty / Photo Josse/Leemage

-A Versailles ouvre une importante exposition sur « Le roi et les animaux ». Le directeur du musée dit lui-même que ses commissaires l'ont voulu- je cite "militante".

Ils s'appellent Alexandre Maral et Nicolas Milovanovic

Ils soutiennent qu'à la Cour on n'a jamais considéré les animaux comme des machines. Les princes et les courtisans se seraient humanisés en la compagnie des animaux domestiques, des chiens aux petits singes en passant, à partir de Louis XV, par les chats. Et dans les cours de la Grande Ménagerie, ils auraient beaucoup appris des espèces rares que collectionnait le souverain. Le caméléon, pour prendre un exemple qu'on y trouvait, n'est-il pas un reflet assez exact du courtisan ?

L'exposition, cependant, est si militante qu'elle n'ose peut-être pas faire à la chasse la place principale qu'elle devrait avoir dans le processus d'éducation mutuelle de l'homme et de l'animal. Le roi chassait un jour sur trois. Le Grand Parc, dix à quinze fois plus grand que le domaine actuel, était ceint d'un mur de quarante kilomètres pour retenir le gibier, qui parvenait néanmoins à filer par les 24 portes. Charles Georges Leroy qui à partir de 1753 géra le Grand Parc et qui était un encyclopédiste disait que l'homme et l'animal nourrissaient leur intelligence mutuelle des ruses qu'ils devaient déployer dans leur face à face.

En tout cas, en matière d'animaux, la première question que se pose Versailles est : "Le gibier qu'on tire va-t-il disparaitre ou sa régénération est- elle possible ?"

La monarchie absolue qui prétend contrôler les eaux du château doit dans le domaine cynégétique pratiquer ce que l'historien de "Versailles au naturel", Grégory Quenet appelle déjà une politique environnementale...

-L'exposition « Le roi et les animaux » reconstitue une partie du dispositif de la grande Ménagerie au centre de laquelle une pièce octogonale percée de croisées permettait de voir les animaux rares regroupés dans les cours et les enclos.

On y installait les animaux que le souverain avait reçus en cadeau de ses relations diplomatiques. Un fameux éléphant par exemple offert par le régent du Portugal en 1668- Mais les spécimens collectionnés à la Grande Ménagerie avaient surtout été rapportés d'un peu partout par les intendants des galères et de la marine.

Mais ici aussi, il ne faut pas prendre les mœurs de la cour pour les nôtres. Le roi aimait assister aux dissections de ses animaux rares, il rendit ainsi visite à celle de l'éléphant en 1681 : s'étonnant de ne pas reconnaitre l'anatomiste, il fut bien aise de le voir surgissant des entrailles de la bête, tout visqueux, et dire qu'il avait en réalité eu affaire à une éléphante.

A noter aussi que nombre des pensionnaires de la Grande Ménagerie ne servaient pas qu'à l'apparat; ils pouvaient être consommés.

"Dans une ménagerie/ De volatiles remplie/ Vivaient le cygne et l'oison/ Celui-là destiné pour le regard des maitres/ Celui-ci pour son goût/ Un matin le cuisinier ayant trop bu d'un coup/ Prit pour oison le cygne et le tenant au cou/ il allait l'égorger et puis le mettre en potage" Une fable de La Fontaine.

-Le fonctionnement de la Grande Ménagerie reposait sur l'exploitation agricole.

Un des tableaux les plus étonnants de l'exposition montre une ferme peinte une première fois par Oudry mais ensuite copié par la reine Marie Lezczinska elle-même. L'épouse de Louis XV n'était pas peu fière d'avoir célébré ainsi les vertus du paysage agricole. Avant Marie-Antoinette Versailles subissait l'effet d'une école économique qui voyait en la terre la ressource numéro un et qu'on avait nommée l'école physiocrate.

Grégoire Quenet montre comment l'intendant encyclopédiste du Grand Parc, Georges Charles Leroy, à partir de 1753, la date du tableau de la reine et de sa propre prise de fonction s'appuie sur les gros fermiers à qui il confie les terres. Il passe un pacte avec ces exploitants informés et tous ceux qui à la cour chassent en philosophes, c'est à dire en étant attentifs à la régénération des animaux et leur compréhension des situations.

-La Révolution n'en prendra, elle, aucun soin.

Les ravages commencent en 1789. 4 août 89 : abolition du privilège de la chasse. Qui peut se procurer un fusil tire. Louis XVI est réveillé par les coups de feu qui jaillissent de son propre parc.

Octobre, il est contraint de quitter le château, il se réveillera désormais aux Tuileries. Le gibier versaillais est massacré, cuit avec le bois dérobé au Grand Parc, mangé sur place.

Août 1792, le roi se réveille à la prison du Temple, les jacobins de Versailles marchent sur la Grande Ménagerie et la pillent, épargnant toutefois le rhinocéros à deux cornes qui mourra en 1793, noyé par négligence des hommes.

L'exposition de Versailles n'insiste pas là-dessus. Militante peut-être mais il y aurait danger à apparaitre soudain contre-révolutionnaire.

Mais tout de même, si l'histoire de la nature est faite d'histoire humaine, il faut bien dire que celle de la Révolution n'a pas été nécessairement favorable à la tranquillité de la nature.

L'exposition Les Animaux du Roi au château de Versailles du 12 octobre 2021 au 13 février 2022

Contact