C'est l'un des événements artistiques de cette rentrée : l'Arc de Triomphe emballé par Christo et Jeanne Claude. Les deux artistes sont intervenus sur un morceau de côte en Australie, sur des îlots dans la baie de Miami, sur le Reichstag à Berlin et le pont Neuf en 1985.

L'artiste Christo devant le pont Neuf emballé en septembre 1985
L'artiste Christo devant le pont Neuf emballé en septembre 1985 © AFP / Bertrand GUAY

-Ce fut la promenade dominicale de beaucoup de parisiens ce week-end : aller voir l'Arc de Triomphe emballé par Christo et Jeanne Claude. C'est l'un des événements artistiques de cette rentrée. L'installation sera visible jusque début octobre.

Et La Croix titre en "une" : cette installation a l'élégance d'un cadeau d'adieu. Christo et son épouse, Jeanne Claude, nous l'offrent de manière posthume. Nés le même jour de 1935 et morts maintenant tous deux, ils ont un neveu, Vladimir Yavachev, qui a repris le flambeau une dernière fois et qui, comme eux, a trouvé les sources d'autofinancement sans qu'il en coûte rien aux Parisiens.

Les deux artistes sont intervenus, on le sait, sur un morceau de côte en Australie, sur des îlots dans la baie de Miami, sur le Reichstag à Berlin mais leur première intervention à Paris- avant l'emballage du pont Neuf en 1985, avec ses flancs, ses parapets jusqu'à ses réverbères, -c'était rue Visconti dès 62. Ils avaient barré un moment cette étroite voie de la rive gauche avec des barils de pétrole entassés, en écho à la construction brutale du mur de Berlin.

Une installation, c'est cela : faire vivre à un lieu un moment d'émotion - comme une retenue qui soudain fait monter le niveau d'un cours d'eau.

-L'installation de l'arc de Triomphe a cette année provoqué beaucoup moins d'émoi que l'emballage du pont Neuf.

On s'est seulement inquiété pour la forme de son bilan carbone et du recyclage des éléments d'acier et de toile utilisés.

Le Figaro a été vite rassuré : la cérémonie du ravivage quotidien de la flamme n'en serait pas troublée.

En 1985 il reprenait à son compte les propos du patron royaliste de la compagnie des bateaux mouches : "Sur le pont Neuf on a toujours trouvé un moine, un cheval et une putain". C'était supposer que Christo était un affairiste.

Remarquez que moi-même je dois battre ma coulpe. J'étais alors journaliste à la Croix, le journal qui a fait vendredi dernier toute sa une sur Christo. Le rédacteur en chef d'alors qui était un ancien paysan plein de bon sens avait décrété : nous ne servirons pas de caisse de résonance à cette extravagance ; moi vivant, on ne parlera pas du pont Neuf. J'étais fier d'avoir contourné cette interdiction, aussi ai-je demandé à notre service de documentation de ressortir ce que j'avais pu écrire. Bon, ce n'était pas aussi favorable que je le croyais : si je reconnaissais à Christo la vertu de refuser les commandes et les pensions, je le traitais tout de même de courtisan, je n'étais pas si loin du Figaro.

Comme quoi un rédacteur en chef ça a de l'influence.

-Ou une rédactrice en chef.

Je ne vous pas de qui vous parlez.

En fait, avec le temps, nous nous sommes familiarisés avec les installations. Les installations ne sont pas nécessairement des provocations.

Le couple Christo les concevait comme une révélation des monuments. On ne les voyait plus ? Avec leur intervention on les voit davantage, autrement.

A l'Arc de Triomphe, la provocation, ce sont les manifestants gilets jaunes qui l'ont commise. Les militants de mai 68 l'avaient évitée de peu qui avaient envisagé de cuire un œuf à la coque sur la flamme du Soldat inconnu.

Les limites sont vite franchies, il est vrai. Quand Pascal Convert installe le squelette du cheval qui porta Bonaparte à Marengo au-dessus du tombeau de Napoléon aux Invalides, est-ce une provocation ? Après tout, les chevaux ont bien été des soldats ! Le cinéaste Jean Rouch avait, lui, imaginé de sacrifier un poulet sur ledit tombeau, histoire que Napoléon ne reste pas maudit jusqu'à la fin des temps pour avoir sacrifié, lui, Toussaint Louverture. Evidemment il n'obtint pas l'autorisation mais il tourna à l'extérieur.

-Les autorisations demandent de la patience.

Et de l'habileté. Pour le pont Neuf, les Christo durent d'abord convaincre les riverains. Dans ce quartier de Paris, ils jouissent d'une surface sociale redoutable. Heureusement, il y avait Claude Pompidou, la veuve du président. Elle aida aussi à persuader le maire de Paris, Jacques Chirac. A cette époque de gouvernement socialiste, c'était généralement impossible de mettre d'accord Chirac et Jack Lang le ministre de la Culture. Ce fut fait. Les titulaires de l'Intérieur, des Transports suivirent...

Mais il faut compter aussi avec l'imprévisible.

Savez-vous que le retard à l'allumage pour l'Arc de Triomphe n'est pas seulement dû à la pandémie. Une colonie de faucons crécerelles habituée à nicher sur la cathédrale était passée sur l'Arc.

Les calculs ne permettent pas de tout faire entrer. Sur le lac d’Iseo, en Lombardie, la firme Christi avait prévu de jeter des passerelles afin de marcher sur l'eau. Mais le miracle a failli ne pas se produire : des foules se présentèrent pour tenter l'expérience.

-La place de l'Etoile sera réservée aux piétions les deux week-ends qui viennent.

Oui la maire de Paris a une stratégie pour dissuader de prendre sa voiture : l'embouteillage. Elle a trouvé un allié : l'emballage.

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