Avant qu'Hitler ne déclenche sa grande offensive contre l'Union soviétique le dimanche 22 juin 1941 à 3h30 du matin, on pouvait penser qu'on était parti pour une longue guerre d'usure sans qu'une décision n'intervienne clairement.

Soldats allemands à la frontière avec l'Union Soviétique le 22 juin 1941
Soldats allemands à la frontière avec l'Union Soviétique le 22 juin 1941 © Getty / ullstein bild Dtl.

-Avant qu'Hitler ne déclenche sa grande offensive contre l'Union soviétique le dimanche 22 juin 1941 à 3h30 du matin, on pouvait penser qu'on était parti pour une longue guerre d'usure sans qu'une décision n'intervienne clairement.

Hitler avait gagné la bataille de France, Churchill la bataille d'Angleterre. Il avait dit qu'il n'était pas là pour donner du courage à la population qui en avait naturellement mais de donner des objectifs à ce courage.

Et l'objectif c'était de mettre fin aux actions d'une bande de gangsters nazis qu'on avait laissé faire à ses débuts et qui maintenant se répandait sans cesse sur de nouveaux terrains comme une nuée de sauterelles rampantes. On n'a jamais vu de sauterelles qui rampent mais on voyait en effet les nazis stoppés à grand peine à Tobrouk en Libye non loin de la frontière égyptienne ; on les voit envahir la Yougoslavie et la Grèce ; ce même printemps, l'Irak britannique passe à une camarilla alliée de Hitler.

Il y a une vraie bonne nouvelle cependant à ce moment : l'annonce par les Américains de la loi du prêt bail. Le Président Roosevelt a eu cette image dans une conférence de presse : la maison de votre voisin est en feu, vous alliez évidemment lui confier votre lance et lui ouvrir votre pompe même si vous n'êtes pas sûr qu'il puisse vous rembourser un jour pour votre aide. Les Américains qui en viennent à admirer les Britanniques mais qui leur gardent quelques raisons de les détester, prennent quelques gages mais le secours qu'ils apportent soudain va être décisif. Avec le prêt-bail, Churchill pense que les démocraties ne peuvent plus perdre.

-De son côté, Hitler a décidé d'attaquer l'Union soviétique - dès la fin de 1940.

La nécessité où il se trouve de relayer les Italiens en Grèce va retarder de quelques semaines le début de l'invasion. Au Duce, il dit que c'est la plus difficile décision qu'il ait jamais dû prendre. C'était, ajoute-t-il, une torture mentale que de rester lié par le pacte germano-soviétique. Celui-ci, signé en 1939, était dans son esprit, provisoire. Hitler brûle de jouer à cartes découvertes : le nazisme doit apparaitre pour ce qu'il est, l'antithèse du judéo-bolchevisme. Le prêt-bail l'a fait réfléchir aussi : l'autre ennemi avec lequel il faudra aussi en découdre un jour c'est le judéo-capitalisme. Se débarrasser rapidement de Staline alors que Roosevelt n'a pas reconstitué encore une armée de terre digne de ce nom, c'est éloigner la perspective d'une intervention américaine en Europe où le Troisième Reich pourra préparer son règne de mille ans.

-Staline ne veut pas croire au retournement de son allié de l'année précédente.

Il croit que la logique de la realpolitik contraindra Hitler dans la mesure. Il ne comprend pas la démesure du nazisme.

En revanche, il ne veut rien savoir des informations que lui fait passer Churchill : intoxication de l'impérialisme bourgeois, répète-t-il.

Quant aux avertissements qui viennent de ses propres agents, Richard Sorge par exemple qui opère alors à Tokyo, il n'en veut rien savoir. L'ambassadeur allemand à Moscou lui-même, Schulenburg, un aristocrate anti-nazi le prévient. En vain. Une centaine d'indications de toutes sortes lui parviennent qui concordent. Il n'en fait rien.

-Le 22 juin, avant l'aube, une même heure a été communiquée aux officiers de plus de 150 divisions d'infanterie allemandes, de 17 divisions blindées, 15 divisions de roumains et de hongrois. L'assaut terrestre est combiné avec l'intervention de près de 3000 avions qui détruisent en quelques heures une soixantaine d'aéroports soviétiques et 2000 appareils.

Staline, stupéfait, reste prostré pendant des jours. Ses sujets se sont pour beaucoup enfuis dans la panique ; certains ont résisté sans espoir. Ainsi la citadelle de Brest-Litovsk tiendra-t-elle jusqu'à la fin de juillet alors que le front est déjà à 400 kilomètres à l'Est.

Staline, le 3 juillet, parle enfin à la radio, ne s'adressant plus à des sujets et à des camarades mais à des frères et sœurs. C'est le début d'un grand rassemblement non pas soviétique mais patriotique.

Encore un peu de temps et les Allemands s'apercevront qu'ils ont poussé bien en avant dans des marches épuisantes alors que subsistent un peu partout des zones de résistance. Auront-ils vraiment scellé leur réussite avant le terrible hiver russe ?

-Du côté britannique, la satisfaction l'emporte sur l'inquiétude.

Churchill croit à la vertu du temps. Les Allemands étant occupés ailleurs, l'étau se desserre un peu en Atlantique et en Méditerranée. 

En tout cas, lui qui a été tellement anticommuniste, il n'hésite pas un instant : il oublie tous les vieux motifs d'opposition, il nous faut tendre la main à des humains qui sont comme nous en détresse et même dans une situation pire puisqu'Hitler a prévu de faire vivre ses trois millions de soldats sur le pays mais aussi de faire mourir davantage de Russes encore de famine !

Encore quelques semaines et le prêt-bail américain s'étendra à la Russie.

La décision de Roosevelt est déjà prise quand début août il convoque les journalistes sur son yacht comme s'il partait pour une semaine de pêche sur le Potomac. En réalité il a un rendez-vous qu'il faut dissimuler avec Churchill dans une base de Terre-Neuve, Placentia Bay. Churchill et Roosevelt y passeront ensemble plusieurs jours - ils en partageront 113 avant la victoire finale. 

L'assaut du 22 juin contre le judéo-bolchevisme va hâter celui avec le judéo-capitalisme américain. Barbarossa précipite l'apocalypse qu'attendait au fond de lui-même le Führer.

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