Le bien le plus "tendance" c'est la maison. Même la maison de famille, qu'il y a quelques années on abandonnait car trop difficile à entretenir et à partager, connait aujourd'hui un regain.

Maisons à Baume-les-Messieurs dans le Jura
Maisons à Baume-les-Messieurs dans le Jura © Getty / DEA / ALBERT CEOLAN

-La pandémie a contribué à une hausse assez générale des prix de l'immobilier. Et le bien le plus "tendance", c'est la maison. Très demandée par les quadras cadres ou professions intermédiaires. La maison de famille elle-même, qu'il y a quelques années on abandonnait car trop difficile à entretenir et à partager, connait aussi un regain. C'était le moment de rééditer un classique, "L'homme et sa maison" de Pierre Deffontaines.

Ce livre est l'un des derniers - 1972 -d'un vieux maitre de la géographie humaine française, Pierre Deffontaines. Auteur aussi de "L'homme et la forêt", directeur de collections prestigieuses comme "L'espèce humaine".

Deffontaines recommandait de voyager les yeux ouverts, accompagné d'une carte. Il avait théorisé l'excursion géographique. On parlait des Promenades Deffontaines. Le vélo lui paraissait assez idéal. Vous faites semblant de crever, vous attirez l'attention et, avec un peu de chance, vous entamez une conversation qui se terminera peut-être par une collation.

Deffontaines utilisait aussi l'appareil photo et surtout le carnet à dessins et la boite à couleurs. La réédition de "L'homme et la maison" vaut par le texte et par les aquarelles, nombreuses, qu'il y avait glissées.

-Tous les moyens de représentation sont bons pour fixer la trace des maisons qu'on pourrait dire traditionnelles, celles qui sont aujourd'hui les plus recherchées sur le marché de l'immobilier.

Notre géographe cite l'historien Lucien Febvre : "Le passé s'en va, le passé nous quitte à une vitesse folle; tous à l'œuvre pour le sauver au moins dans le souvenir".

Un mot ancien nous est revenu récemment : couvre-feu. Le feu est la preuve de la présence de l'homme.

La maison est désignée comme un feu. Quand dans le Lot-et-Garonne le terrain de thèse de Deffontaines, plusieurs ménages y sont groupés, on parle d'étincelles.

Lorsque le feu pénètre dans la maison, c'est le signe de l'appropriation. On est chez soi dès lors que la fumée sort de son toit.

Le feu c'est la lumière, il permet de s'affranchir des horaires du soleil. Le feu, c'est la chaleur. Certes on peut faire comme en 1960 dans le village le plus haut de France, Saint-Véran : l'étable dans la pièce commune et les moutons sous le lit pour tenir chaud mais rien ne remplace le feu.

-Cependant le feu est un danger dans la maison.

Deffontaines étudie et illustre les différentes méthodes qui permettent d'en diminuer les risques.

La disposition de la maison du Haut-Jura a beaucoup retenu son attention. Le feu se tient au milieu de l'espace central qui est surmonté d'une vaste hotte qui peut atteindre 12-15 mètres de haut ; la hotte débouche sur le toit par un vaste orifice muni de deux vantaux qu'on peut ouvrir ou fermer. Cela vous évite d'être envahis par la fumée : pour ne pas boire la fumée, dit un proverbe, mangez la terre, respirez au ras du sol. Non, dans la maison jurassienne, regardez vers le haut : ce que vous avez cuit dans la braise, le brési, vous pourrez le suspendre à l'aide d'une perche le long de la hotte. Ainsi fumée, elle deviendra du tué, très prisé. Votre cheminée sera une boucherie que le voisinage viendra visiter.

-La maison, c'est le feu, c'est aussi l'eau.

Et pas seulement pour éteindre l'incendie qui vient si vite. La maison du Haut-Jura s'aménage des toits immenses pour couvrir, l'hiver, le domicile des bêtes autant que celui des hommes. Les animaux ont soif. Le toit est aménagé de telle façon qu'il alimente différentes citernes. On ne perd rien de l'eau issue des pluies et des neiges.

Pierre Deffontaines était de ces universitaires catholiques que le Québec, à son époque encore cléricale, aimait inviter dans ses universités. Il a bien vu les problèmes que posaient la pluie et les neiges aux maisons du Canada français. Elles avaient été construites sur le modèle des maisons de l'Ouest de la France, celles que sur le marché immobilier on appelle aujourd'hui les longères. En pierre, pour ne pas prendre feu, avec une cheminée inscrite dans la maçonnerie du mur-pignon. Mais l'humidité pénétrait la demeure ; de surcroit, celle-ci n'étant pas construite sur une cave, quand venait le dégel et qu'il mouillait à boire debout, la flottait littéralement sur la fange.

La fonte permit de domestiquer le feu en l'enfermant au centre dans un poêle, une fournaise. Et le bois, meilleur protecteur contre le froid que la pierre, put constituer les murs, pour peu que les maisons soient suffisamment distantes les unes des autres.

Et on fit dessiner aux tuyaux issus du centre un parcours individualisé, fait de coudes et de bifurcations, afin de desservir en chaleur les différentes parties du logis.

Voilà deux exemples, Haut Jura, Québec, des analyses que peut les faire Deffontaines. On pourrait croire que l'arrivée du chauffage central a définitivement uniformisé les maisons, devenues des machines à habiter construites avec des produits tous usinés. Mais maintenant, on nous explique que c'en est fini du gaz et du mazout. Il va bien falloir de nouveau bricoler, expérimenter, inventer...

Et le livre de Deffontaines ne sera plus seulement une prime à la nostalgie mais un outil de réflexion sur la perpétuelle adaptation de l'homme.

Ouvrage : Pierre Deffontaines L'homme et sa maison (introduction de Germain Viatte) Editions Parenthèses

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