Synthèse : appariement, assemblage de parties composites... Le mot apparait en français en 1596, sous le règne d'Henri IV. Curieux hasard. Les Français, après des décennies de guerres de religion, attendaient l'apaisement. Henri IV avait des aptitudes pour cela.

Henri IV recevant l'ambassadeur d’Espagne - par Jean-Auguste-Dominique Ingres
Henri IV recevant l'ambassadeur d’Espagne - par Jean-Auguste-Dominique Ingres © Getty / DEA PICTURE LIBRARY

-Ventre Saint-Gris, c'était une des formules préférées d'Henri IV. L'aurait-il utilisée pour qualifier le gros livre que Jean-Christian Petitfils lui consacre, concluant sa série sur les souverains Bourbons avec le premier d'entre eux.

C'est en effet une sacrée synthèse... sur le roi de la synthèse.

Synthèse, appariement, assemblage de parties composites... Le mot apparait en français en 1596, sous le règne d'Henri IV. Curieux hasard. Les Français, après des décennies de guerres de religion, attendaient l'apaisement. Le souverain avait des aptitudes pour cela. Il avait rapproché les armoiries du Béarn-des vaches- et celles de France -des lys. Par tempérament, bonhomme, simple, il était capable de concilier l'inconciliable.

En témoigne l'Edit de Nantes qui fige les positions antagonistes des catholiques et des protestants. Petitfils est persuadé que le destin du protestantisme est d'être recouvert par la Contre-Réforme catholique mais l'intelligence d'Henri IV est de retarder habilement cette échéance.

-Il se pose aussi en arbitre de l'Europe.

Conséquent avec ses origines réformées, il fait perdurer ses alliances protestantes sur le continent mais il régularise ses relations avec l'Espagne catholique des Habsbourg par le traité de Vervins - 1598, deux ans après l'apparition du mot "synthèse". Et Petitfils insiste sur le destin qui, en toute raison, doit être le sien et celui de sa famille : nouer le plus de mariages possibles avec les maisons princières catholiques, en commençant par le sien, avec Marie de Médicis. Il est vrai qu'il y trouve un moment du plaisir, aimant le blanc et le gras - et sa promise n'en manquait pas.

-Oui mais il est aussi attiré par le brun et le maigre. Il faut beaucoup de femmes pour satisfaire le Vert Galant.

Et c'est là que le bât blesse Petitfils. A l'entendre, le goût d'Henri IV pour ses maîtresses successives le mène à des faiblesses de plus en plus dangereuses.

Passe encore que, jeune, il s'entiche de la comtesse de Guiche qui est une vraie dame de chevalerie. Gabrielle d'Estrées, compagne de beaucoup longue durée, commence à inquiéter tant sa famille est gourmande. Si elle n'était morte à 25 ans, en 1599, elle aurait pu faire avorter le mariage avec Marie de Médicis ! Son agonie que Petifils décrit de manière effrayante -la bouche de la malheureuse se tord, ses cheveux se hérissent- aurait dû être lu comme un signe de Dieu mais Henri IV ne l'interprète comme cela que pendant un moment.

Avec la suivante, Henriette d'Entragues, c'est pis : son père dissimule dans une muraille une promesse de mariage imprudemment signée par le Vert Galant, c'est un maitre-chanteur.

Pourtant le roi est de moins en moins séduisant, devenu, je cite "fauve sénile, jamais lavé, pieds fumants, aisselles puantes".

Et voilà qu'au grand scandale de Marie de Médicis, il récidive avec Charlotte de Montmorency, 14 ans. Quand le jeune Condé à qui il l'a mariée, l'exfiltre du royaume pour l'emmener chez les archiducs Habsbourg à Bruxelles, Henri lV est prêt à "pétarder" cette ville au risque de mettre l'Europe à feu et à sang. On en est là l'année de sa mort en 1610.

-Le bon roi Henri serait-il surtout e roi du bon plaisir ?

C'est le mérite de ce livre de l'extraire de la série des images convenues : le prince respectueux des limites, aimant se considérer dans le miroir de sagesse que lui tend Sully.

Et si, demande Petitfils, c'était le premier roi absolu qui veut tout plier à sa volonté, au risque de devenir un boutefeu ?

Il est assassiné le 14 mai 1610. Comme dit Chateaubriand, il est préférable de disparaitre à propos de la vie, c'est une des conditions de la gloire.

Ouvrage : Jean-Christian Petitfils Henri IV Perrin

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