La puissance mystérieuse de l'Afghanistan a attiré de nombreux voyageurs français qui ont circulé dans un émerveillement constant, d'autant qu'on pouvait y vivre sans dépenser beaucoup. Combien de nos ainés ont lu avec passion Les cavaliers de Joseph Kessel ?

Le Premier ministre Georges Pompidou en visite dans une université à Kaboul en mai 1968
Le Premier ministre Georges Pompidou en visite dans une université à Kaboul en mai 1968 © Getty / Keystone-France

-Une question difficile aujourd'hui. Peut-on reconnaitre un pouvoir taliban qui ne semble pas tenté par le compromis ? Et, à Kaboul, une ambassade rouverte pourrait-elle éventuellement avoir un rôle singulier ?

Il faut remonter loin en arrière pour expliquer la relation, en effet spéciale de la France et de l'Afghanistan. En 1919, l'émir Amanolla se proclame roi d'un pays indépendant qu'il entend arracher à la tutelle de l'empire anglais des Indes. Il érige pour son avènement un monument qui figure des lions britanniques enchainés.

Dès 1921, les Soviétiques -déjà- alors qu'ils sont à peine installés au pouvoir, voient la brèche qui s'ouvre à leur flanc Sud et ils accordent de suite une protection toute spéciale à Kaboul.

La trouvant vite un peu encombrante et ne voulant pas se laisser vassaliser complètement, Amanolla cherche des contrepoids. Il en trouve un en France. C'est à ce moment qu'est esquissée l'idée d'un lycée français, Esteqlal où seront élevés les souverains successifs du pays. Et également le commandant Massoud, le futur chef de la résistance du Panshir, assassiné il y a vingt ans précisément. A l'abri des hauts murs des demeures nobles de Kaboul, les jeunes femmes dévoilées recevront désormais leurs hôtes dans un français parfait.

L'an prochain, une exposition célèbrera au Musée Guimet à Paris le centenaire de la DAFA : la délégation française à l'archéologie en Afghanistan. Créée à cette époque, 1922, elle a piloté quantité de projets dans le pays.

Maintenir le lycée Esteqlal et son symétrique féminin, préserver la DAFA. Aider les ONG d'origine française très présentes en Afghanistan. Ce seraient autant de justificatifs pour une éventuelle continuité dans les relations diplomatiques.

-Être fidèle à cette relation spéciale suppose aussi de porter une attention vigilante à la politique d'asile en France.

La puissance mystérieuse de l'Afghanistan a attiré de nombreux voyageurs français qui ont circulé dans un émerveillement constant, d'autant qu'on pouvait y vivre sans dépenser beaucoup. Combien de nos ainés ont lu avec passion Les cavaliers de Joseph Kessel ? Quelques-uns se sont même engagés dans la lutte armée contre les Soviétiques, longuement ou par intermittence. La droite française avait alors pour héros Jean-François Deniau qui effectua nombre de missions clandestines en Afghanistan.

Pour les personnes de cette qualité, il était impensable de rejeter les demandeurs d'asile afghans.

Aussi notre pays avait-il la réputation d'être au monde celui qui était le plus ému par le drame de ce pays.

Hélas une réputation, s'il faut des années d'effort pour la construire, il suffit de quelques mois d'indifférence pour la perdre.

-La relation spéciale a été aussi redoublée par la participation, jusqu'à Noël 2012, d'un bataillon français à l'intérieur des forces alliées en Afghanistan.

Plusieurs officiers ont écrit des livres sur le sujet. Là encore, c'est l'effet afghan.

Jean Michelin, alors capitaine, raconte que la préparation des hommes aurait pu être améliorée. On se contentait de faire venir un supposé expert qui dissertait comme je viens de le faire sur l'histoire du pays. Les gars roupillaient. Mais lui avait eu l'idée d'inviter Bernard. Bernard s'était engagé aux côtés des moudjahidines. Cela avait retenu l'attention de nos jeunes recrues, surtout quand Bernard avait montré une diapo d'un afghan bruni, la barbe mal taillée, scrutant l'horizon. C'était lui, à 19 ans. Ce n'est pas rien, un pays qui suscite de telles passions.

Hélas, pendant leurs courts séjours, les Français avaient très peu de contact avec les Afghans. La doctrine, c’était de se tenir à distance de toute position ethnique ou religieuse.

Les Afghans se souviendront-ils de cette neutralité qui a peut-être confiné pour eux à l'insignifiance.

Quant aux vétérans de l'armée française qui ont donné beaucoup d'eux-mêmes dans des opérations généralement réussies du point de vue tactique, que retiendront-ils ?

Leurs chefs de corps leur répètent qu'ils n’ont pas combattu pour l’Afghanistan mais pour la France en Afghanistan ?

La France en Afghanistan qu'est-ce que cela peut bien être demain ?

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