L'Ordre de la Libération est né le 15 novembre 1940 en Afrique. La formule d'intronisation dans l'ordre était : "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon pour la libération de la France dans l'honneur et par la victoire". Il n'est pas indiqué qu'il faille être français.

Le général De Gaulle à Tunis en juin 1943 avec le lieutenant Hubert Germain (au centre) dernier Compagnon de la Libération
Le général De Gaulle à Tunis en juin 1943 avec le lieutenant Hubert Germain (au centre) dernier Compagnon de la Libération © AFP / Musée de l’Ordre de la Libération

Cet après-midi, hommage aux Invalides à Hubert Germain, dernier Compagnon de la Libération survivant. L'Ordre de la Libération va entrer dans une autre époque de son existence. Il est né le 15 novembre 1940 et, on ne l'imagine pas nécessairement, en Afrique.

En Afrique équatoriale française, AEF comme on disait. Dans son chef-lieu, Brazzaville. Ce sera plus tard une métropole noire. Ses 25000 habitants y coulaient une existence sans histoires avant que le général ne décide d'en faire... la capitale de la France libre.

Oui, la capitale car Londres, ville étrangère, ne peut l'être.

De Gaulle atterrira à trois reprises à Brazzaville, occupant une belle villa aérée dont le jardin descend vers le fleuve Congo, devenue aujourd'hui résidence de l 'ambassadeur de France.

On ne dit pas assez que la France libre, à ses débuts, tire sa légitimité des colonies ralliées de l'Empire. L'affaire fut promptement menée aux Nouvelles Hébrides et dans les comptoirs français de l'Inde mais l'ombre portée du Royaume-Uni était telle qu'il n'y avait pas d'autre choix. Ce fut plus difficile mais réussi tout de même en Polynésie. L’Afrique comptait pourtant davantage. Le gouverneur Eboué amena le Tchad dès août 40 mais l'opération sur Dakar échoua fin septembre et celle sur le Gabon s'éternisa en combat fratricide jusqu'en novembre.

C'est à cet instant que de Gaulle, déçu par les Français vichyards d'Afrique décida d'un grand lavage d'âme... à Brazzaville. C'est de Brazzaville que la cause de la France serait défendue.

Aujourd'hui le grand historien de la France libre est un Canadien dont la première spécialité fut l'histoire coloniale de la France : Eric Jennings écrit que le prototype du Français libre devrait être le soldat volontaire noir qui va faire les grandes campagnes du continent africain : Bir Hakeim, El Alamein, la Tunisie.

-Combats auxquels a participé Hubert Germain qu'on honore aujourd'hui et qui dirigeait un groupe d'hommes de la... Légion étrangère.

La formule d'intronisation dans l'ordre choisie par de Gaulle était : "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon pour la libération de la France dans l'honneur et par la victoire". Il n'est pas indiqué qu'il faille être français.

L'ultime compagnon est appelé à rejoindre le caveau numéro 9 dans la crypte du Mont-Valérien. Les haut reliefs qui l'ornent célèbrent tous les types de combat. Les fusillés de la clairière un peu plus haut l'ont été pour toutes sortes de motifs : faits de résistance mais aussi parce qu'ils étaient otages ou juifs. Manoukian est mort là. Était-il français ? Sur 1000 compagnons et plus, une cinquantaine étaient étrangers, une quinzaine africains. Tel d'entre eux aurait pu se trouver à la place d'Hubert Germain.

-Tout de même Hubert Germain correspond davantage à un autre prototype du jeune Compagnon qu'on a généralement à l'esprit

Oui, la forte tête issue d'une bonne famille. Insolent de surcroît. Le genre comme Germain, à rendre copie blanche au concours de l'Ecole navale en juin 40 parce que, franchement, au moment de la débâcle, il y a mieux à faire que de disserter.

Les Compagnons étaient en effet souvent de très jeunes gens faits d'un bloc. Il me revient le souvenir de l'un d'eux, né aussi en 1920.Deux vieilles dames d'Erquy dans les Côtes d'Armor, passablement romanesques, m'avaient beaucoup parlé d’un hobereau à peine sorti de l'adolescence qui venait de l'intérieur des terres dans son petit avion de tourisme, faire des pirouettes au-dessus de leur maison comme pour leur donner une sérénade. Il s'appelait Maurice Halna du Fretay.

Son zinc, un Zlin, n'était évidemment pas fait pour franchir la Manche. Pourtant, à l'automne 40, il le mit en état de marche parfait dans un hangar de son manoir. Le 15 novembre 40, alors que le général créait les Compagnons à Brazza, il fit raser quelques arbres au bout de son allée. Et la nuit suivante, il décolla, brava la DCA et le sort. Jamais on n’arrivait ainsi en Angleterre. Le général le fit Compagnon avant même qu’il ne remportât deux victoires aériennes et ne coulât quatre bateaux ennemis.

J'ai visité avec mes deux vieilles dames la chambre de Maurice au manoir. Son cosy de garçon entourait toujours le lit, s'y serraient des romans policiers et des manuels d'aviation. Une porte ouvrait sur une petite salle d'eau. L'arrière de la porte était couvert de photos jaunies de vamps comme il y en avait à l'époque dans les premières revues déshabillées. Les deux vieilles dames ont versé une larme.

Maurice Halna du Fretay, compagnon de la Libération, a trouvé la mort au-dessus de Dieppe lors du débarquement raté du 19 août 1942. Il avait exactement le même âge qu'Hubert Germain.

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