Stéphane Bern n'aurait plus d'yeux que pour les vieux moulins à eau ou la petite sidérurgie du XVIIIème. Je ne veux pas laisser les châtelaines et les châtelains abandonnés à leur sort et vais leur consacrer cette chronique. Ils ne méritent pas d'être traités comme des ci-devant !

Panneau indicateur en Indre-et-Loire
Panneau indicateur en Indre-et-Loire © Getty / Sylvain GRANDADAM

-La présentation des Journées du Patrimoine permettrait de traiter mille autres sujets que celui des châteaux. Vous l'avez pourtant choisi. Courez-vous maintenant dans le même couloir que Stéphane Bern ?

C'est lui qui a abandonné son couloir. Ce jeudi, Monsieur Patrimoine a invité le couple présidentiel à l'un de ses déplacements officiels. Et où l'a-t-il emmené ? Sur la route qui mène de sa propriété du Perche à Paris, dans un village de rien du tout, Illiers-Combray, dans une petite maison avec à peine un jardin de curé, chez une certaine madame Léonie. D'ailleurs, je lis dans L'Express, sous la "une" à Stéphane Bern consacré, un long dossier où il est dit qu'il n'aurait plus d'yeux que pour les vieux moulins à eau, la petite sidérurgie du XVIIIème quand ce n'est pas pour la collection communiste du musée d'histoire populaire de Montreuil - 93.

Moi, je ne veux pas laisser les châtelaines et les châtelains abandonnés à leur sort. Je vais leur consacrer cette chronique - et parmi elles et eux - c'est comme ça qu'il faut dire ?- je ne parlerai que des nobles - qui ne méritent pas d'être traités comme des ci-devant !

-Peut-être mais au doigt mouillé il y a 45000 châteaux en France et seulement 3000 familles nobles.

Chiffre avancé par l'association de la noblesse française qui ne donne son estampille qu'aux meubles de haute époque. Car, sachez-le, Bruno, ce n'est pas parce que vous deviendriez Du plus loin Vic, par un coup de savonnette à vilain, que vous seriez noble pour autant.

-Savonnette à vilain ?

3000 familles nobles donc. Et les Français savent d'ailleurs discerner le vrai du faux. Aux Journées du Patrimoine, ils préfèrent visiter par priorité les châteaux que leur ouvrent les vrais nobles. On sait les questions que leur adresse alors le public : "Depuis quand êtes-vous là ? Et le vieux accroché sur le mur, c'est votre ancêtre ?"

Je me souviens d'une visite au château de Busset dans l'Allier. Un nouveau propriétaire avait appris à sa guide à se moquer des anciens, les Bourbon-Bisset que la ruine avait contraint à la vente. Les Bourbon-Busset, voulant ajouter encore quelques années après 14 générations, s'accrochaient à la demeure. Quand nous sommes parvenus au pied de l'aile où ils s'éternisaient, nous les avons longuement cherchés derrière les rideaux. Nostalgiques peut-être.

Une nuit dans une chambre d'un château, le repas à la table des maitres, mieux le mariage dans leur chapelle ou leurs salons : c'est le dernier zoo humain qui soit encore permis.

-Vous vouliez dire la difficulté des châtelains que des considérations économiques contraignent à ouvrir leurs portes.

Il faut en effet relever les toits et fumer les terres autour.

Autre souvenir : un week-end à Anet, Eure-et-Loir, chez les lointains successeurs de Diane de Poitiers. Dans la salle à manger, la table dont l'acajou brillait comme l'argenterie, était superbement mise mais j'étais à peine assis qu'un chewing-gum se collait à ma culotte : les visiteurs du matin l'avaient laissé là. Et il fallait manger en deux temps trois mouvements sous peine de voir ceux du soir surgir avant le dessert. Le soir, j'avais oublié mon tabac dans le salon. Impossible d'aller le chercher car un rayon laser barrait la route du hall.

Il faudrait salarier les familles qui maintiennent ces demeures. "Vera nobilitas virtute virescit : c'est à la vertu qu'on reconnaît la vraie noblesse."

-Si Stéphane Bern appartenait encore à son ancien monde, il insisterait sur la difficulté des transmissions et des successions.

Comment dédommager les cadets qui n'héritent pas du château ? Comment consoler les ainés qui jalousent les cadets car ceux-ci n'ont pas la charge d'un chantier permanent ?

Depuis longtemps, la noblesse a su conjurer le déclin en prenant le chemin des écoles les plus profitables et en s'internationalisant. Sa jeune génération montante, décomplexée, commence à dire qu’elle préférerait passer des vacances dans l'air climatisé de Dubaï plutôt que dans les courants d'air des vieilles baraques dans la cambrousse.

Prenez garde tout de même à ce qu'elle dit. Elle a aussi suivi des cours de communication pour apprendre à pleurer misère face aux caméras. Et elle a tout appris des émissions de Stéphane Bern.

Le site des Journées européennes du patrimoine (18 et 19 septembre 2021)

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