En 1825, Joseph de Villèle, le président du Conseil, voudrait tempérer, disant qu'il faut commencer par restaurer la religion dans les âmes avant de la rétablir de force dans les institutions. Mais le roi Charles X exige sa loi...

Inauguration du monument à la mémoire de Louis XVI par Charles X place de la Concorde en 1826 - par Joseph Beaume
Inauguration du monument à la mémoire de Louis XVI par Charles X place de la Concorde en 1826 - par Joseph Beaume © Getty / DEA / G. DAGLI ORTI

-Nous sommes en 1825. Charles X, second roi Bourbon de la Restauration, ose se faire sacrer à Reims : "Vivat rex in aeternum. " Et il exige de son gouvernement la confection d'une loi contre le sacrilège qui surprend... une génération après la Révolution. Pas très Charlie, Charles X !

La loi prévoit les travaux forcés pour qui a dérobé des vases sacrés dans une église. La mort pour qui a volé des hosties. Et pour qui a profané les dites hosties, la mutilation du poing droit et la marche vers l'échafaud la tête recouverte d'un voile noir.

C'est un Parlement qui adopte cette loi. Un Parlement élu au suffrage censitaire, il est vrai: ne votent que ceux qui paient un impôt significatif. Trump n'aurait pas été électeur sous la Restauration. Cela n'empêche pas d'avoir au Palais-Bourbon une majorité d'ultras qui n'entendent pas les avertissements de leur collègue, le grand légiste Royer-Collard : "Mais vous voulez établir une théocratie, le régime du Dieu de l'Ancien Testament sur terre !"

Je cite à dessein le Dieu de l'Ancien Testament qui peut apparaître comme un Dieu vengeur.

Les catholiques de cette époque, comme à toute époque, sont disparates, ils ne réclament pas nécessairement tous ces mesures de coercition. Cette année-là, Lamennais, prêtre et écrivain à l'influence profonde, publie sa traduction d'un livre aimable, "L'imitation de Jésus-Christ" et entame une évolution qui va le conduire à réclamer la séparation de l'Eglise et de l'Etat. La liberté, dira-t-il, c'est le meilleur régime pour faire entendre le christianisme.

Et des civils libéraux pensent de même. Le journaliste Charles de Rémusat, disciple de Royer-Collard observe que la Révolution a pu servir involontairement de levain à la foi et qu'il faut en parler avec respect. La liberté de croire, écrit-il, est comme la liberté de ne pas croire, due à la raison et à la conscience.

-Pas très Charlie non plus, Charles de Rémusat.

En réalité, c'est le parti clérical qui donne des armes aux anticléricaux. Les classes supérieures ont lu "Le génie du christianisme" de Chateaubriand, des congrégations naissent un peu partout, les femmes reviennent dans les églises mais les coteries de sacristie veulent tout de suite ramasser la mise. Dans les villages, par exemple, les prêtres s'acharnent empêcher les jeunes de danser et organisent des missions à grand spectacle qui convoquent l'enfer s'ils veulent relever la tête. La loi contre le sacrilège s'inscrit dans cette surenchère.

Les ultras, comme d'habitude, cherchent une justification dans quelques faits divers. Le président du Conseil voudrait tempérer, disant qu'il faut commencer par restaurer la religion dans les âmes avant de la rétablir de force dans les institutions. Mais le roi exige sa loi.

-De moins en moins Charlie, Charles X.

Lors de son sacre à Reims, il était apparu agenouillé voire couché dans le chœur de la cathédrale plus souvent qu'à son tour. Sa réputation d'être un roi-prêtre est aussitôt faite. Il est considéré comme complice du grand complot qu'organiseraient les jésuites pour contrôler l'Etat profond : "Hommes noirs, d'où sortez-vous? / Nous sortons de dessous terre/ Moitié renards moitié loups/ Notre règle est un mystère".

-Quel effet cette loi contre le sacrilège a-t-elle produite ?

Aucun. Ni les juges ni les jurés n'ont voulu l'appliquer.

Il faut même dire que dans les églises, davantage d'objets sacrés ont été volés et que, dans les librairies et les cabinets de lecture, les ventes de Voltaire et de Tartuffe se sont envolées.

Et que cinq ans plus tard, quand la révolution de 1830 obligera Charles X à prendre la fuite, l'anticléricalisme connaîtra un pic. Encore un peu de temps et l'archevêché de Paris sera pillé et les livres et les pots de confiture de Monseigneur partiront au fil de l'eau de la Seine.

C'est Lamennais qui voulait la réconciliation de la religion et de la liberté qui avait raison. Il sera excommunié par Rome. L'histoire est grosse d'occasions manquées et de promesses inaccomplies.

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