Robert Laffont donne une nouvelle édition du Bloc-notes que tint François Mauriac dans L'Express d'abord puis dans le Figaro jusqu'à sa mort, le 1er septembre 1970. Cet été-là, Mauriac écoute encore les oiseaux dans son jardin de Vémars en Ile de France. Son dernier roman avait reçu un accueil incomparable.

François Mauriac dans sa bibliothèque en mars 1951
François Mauriac dans sa bibliothèque en mars 1951 © Getty / Keystone-France

- La collection Bouquins Laffont donne une nouvelle édition du Bloc-notes que tint François Mauriac dans L'Express d'abord puis dans le Figaro jusqu'à sa mort, le 1er septembre 1970.

Mort à un âge avancé il était né en 1885.

J'ai un ami qui a acheté un robot Androïd qui circule dans tous les sens pour tondre son jardin. Pour l'initialiser, il a choisi ce code : 1885. Un peu comme Julien Doré s'est fait tatouer sur le nom de Jean d'Ormesson. Cet ami regrette qu'on lise aujourd'hui davantage le Bloc-notes que ses romans mais Mauriac se doutait que ce serait son sort.

L'été de sa mort, il écoute encore les oiseaux dans son jardin de Vémars en Ile de France : il est d'une génération qui sait distinguer les loriots des tourterelles, les ramiers des rossignols. Il n'a pas le temps, en revanche, de rejoindre Malagar comme chaque mois de septembre. Mais il avait déjà pris congé de ses arbres du Bordelais : chaque revoir, disait-il, est à mon âge, un adieu.

Son dernier roman avait reçu un accueil incomparable. C'était pourtant, parue au lendemain de 1968, l'histoire d'un adolescent d'autrefois qu'il décrivait comme un têtard dans la boue de l'affaire Dreyfus et un crapaud au milieu de la Belle Epoque : Mauriac cultiva longtemps la haine de son corps, se distinguant donc de l'époque qu'il était en train de quitter. A 18 ans, il regrettait déjà ses 17 et il vit souvent le vieillissement qui vous faisait survivre  injustement à vos proches comme une corruption

- Les lecteurs qui fêtaient "Un adolescent d'autrefois" et restaient fidèles au Bloc-Notes pouvaient aussi bien avoir l'impression qu'il rajeunissait.

Les orages de Vemars l'été 70 lui font la même impression que lorsqu'il était tout petit. Avec le grand âge, il n'y a pas d'autre solution que de retourner à son enfance, à la laisser guider sa vie vers la mort. Il évoque le personnage d'un très vieux bénédictin de l'abbaye de Ligugé qui sans s'en rendre compte vient à l'office s'asseoir au milieu des novices. C’est merveilleux la vieillesse dans ces conditions; dommage que cela finisse mal, note-t-il.

A l'hommage national qui lui est rendu devant l'Institut, le ministre des Affaires culturelles Edmond Michelet termine son discours qu'il murmure d'une voix balbutiante en citant le vieillard Siméon de l'Evangile qui finit dans l'espérance. Mauriac n'a pas toujours fait preuve de charité mais il avait la joie et l'espérance.

Michelet, le résistant du 17 juin 40, devant le cercueil de Mauriac, c'était un mourant devant un mort. Il s'éteint lui-même le 9 octobre. De Gaulle, retiré à Colombey, a envoyé un message à Madame Mauriac. Il en envoie un autre à Madame Michelet. Il est rompu à l'exercice. Les gaullistes meurent les uns après les autres. Lui-même le 9 novembre, devant sa table de réussite...

Mauriac l'avait soutenu jusqu'au bout sans tout comprendre. Il avait été de la manifestation gaulliste du 30 Mai 68. Godard qui le connaissait de près pour avoir épousé sa petite fille Anne Wiazemsky, lui avait écrit: " Vous n'avez pas honte ? A votre âge ! Presque mort !"

Ouvrages :

François Mauriac Le Bloc-notes T1 1952-1962 Robert Laffont-Bouquins

François Mauriac Le Bloc-notes T2 1963-1970 Robert Laffont-Bouquins

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