Les fêtes de Pâques 1871 interviennent au milieu de la Commune. Les cérémonies de la Semaine Sainte peuvent néanmoins se dérouler à peu près normalement. Certes nombre d'églises de la capitale ont été dévolues, le soir, aux activités des clubs mais elles restent généralement attribuées au culte le jour.

Réunion de Communards dans l'église Saint-Eustache en mars 1871
Réunion de Communards dans l'église Saint-Eustache en mars 1871 © Getty / DEA / BIBLIOTECA AMBROSIANA

-Les fêtes de Pâques 1871 interviennent au milieu de la Commune. Vendredi Saint, c'est le 7 avril. Le dimanche pascal le 9, sous un chaud soleil de printemps.

Les élus de la Commune à l'Hôtel de Ville parlent ce jour-là d'un dimanche de la fraternité. Une semaine auparavant, ils ont pris un décret instaurant la séparation de l'Eglise et de l'Etat, supprimant le budget des cultes et nationalisant les biens des congrégations religieuses dont ils veulent restreindre par ailleurs le rôle dans l'enseignement.

Les cérémonies de la Semaine Sainte peuvent néanmoins se dérouler à peu près normalement. Certes nombre d'églises de la capitale ont été dévolues, le soir, aux activités des clubs mais elles restent généralement attribuées au culte le jour. Notons que les fidèles peuvent être mécontents de voir les clubistes tourner en dérision les ex-votos, les tableaux, les vitraux qu'ils ont payé de leurs deniers... Après tout, les communards avaient été pris de colère quand Thiers avait voulu confisquer leurs canons payés par souscription...

Les historiens acquis à la Commune parlent souvent avec une pointe de mépris des "ouailles des curés" mais il s'agit aussi d'un peuple, tout de même. Un peuple à majorité féminine d'ailleurs. L'Eglise catholique d'aujourd'hui a largement perdu les femmes pour des raisons qu'il est inutile de redire, l'Eglise du XIXème, elle, s'est reconstruite à partir des femmes. C'est ainsi que s'est épanouie une dévotion mariale qui peut nous paraitre aujourd'hui extravagante. En janvier 1871, en pleine guerre, le village de Pontmain en Mayenne a vu apparaitre une "belle dame" à la robe constellée d'étoiles : la Vierge venue protéger la France.

-Le peuple des communards, lui, est peu disposé à attendre des miracles.

Et de moins en moins à mesure que se creusent les difficultés. Le 3 avril, alors que le rapport de forces numériques leur paraissait encore favorable, les fédérés- on nomme ainsi les troupes de la Commune - avaient lancé une vaste offensive sur Versailles. Mais l'effort, spectaculaire, avait été mal préparé, mal dirigé et le 6, les Versaillais avaient repris l'avantage, laissant les communards coincés dans Paris et ruminant leur déception.

Pour dépasser celles-ci, rien n'était plus facile que de brandir l'anticléricalisme, le plus petit dénominateur commun des différentes factions. Le 4 avril, alors que la marche commençait à mal tourner, l'archevêque de Paris, Mgr Darboy, avait été arrêté, pris-en fait -en otage.

-Un peu plus tard, "Le Cri du peuple" de Jules Vallès fait paraître un article bien étrange.

Dans l'église Saint-Laurent, dans le Xème arrondissement, sous l'autel de la Vierge -toujours elle- on découvre 14 squelettes de femmes dont "Le Cri du Peuple" décide qu'elles ont été dissimulées il y a peu d'années. Ces squelettes auraient été retrouvés dans des positions de supplication. La conclusion est vite extrapolée. Les prêtres qui célèbrent la messe sur cet autel ne seraient-Ils pas ceux qui ont violé et caché ces femmes ? Salauds de curés! "Contemplez leur œuvre", écrit "Le Cri du peuple". Que ces femmes aient été enterrées il y a bien longtemps et qu'elles aient choisi de l'être au plus près du sanctuaire ne vient pas à l'esprit du rédacteur du journal. 

Les Parisiens sont las. Depuis quand déjà a commencé, avec le siège, cette année terrible ? Ce n'est pas nous, en 2021, qui pourrons les accuser de croire trop facilement aux légendes urbaines.

Ses prêtres n'ont évidemment rien à voir avec la macabre découverte de Saint-Laurent mais Mgr Darboy reste prisonnier. Sans lui, les cérémonies de Pâques 1871 n'ont pas été exactement normales. Plus tard, Thiers refusera de l'échanger contre Blanqui qu'il détient dans une forteresse de province.

Il y a bien des nuances de violet - la couleur de la soutane épiscopale. Mgr Darboy était en fait mal vu par tout le monde. Thiers ne se souciait guère de lui ; le pape ne l'aimait pas parce qu'il n'avait pas soutenu les Etats pontificaux contre l'unification italienne. Et bien qu'il ait, de par ses fonctions, pratiqué l'union du trône et de l'autel, il était resté le républicain qu'il avait été lors de la précédente révolution, en 1848... L'histoire de l'Eglise catholique française au XIXème est faite de beaucoup de ces occasions manquées avec le peuple qui n'est pas celui de ses fidèles.

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