En 1667, Louis XIV unifie la police sous l'autorité unique d'un lieutenant général, La Reynie. Le lieutenant général élargit peu à peu son périmètre. C'est lui qui est jugé responsable de l'air qu'on respire à Paris, de l'eau qui coule dans la Seine, du feu des incendies. Il avait rang de quasi-ministre.

Portrait de Gabriel Nicolas de la Reynie premier lieutenant de police de Paris sous Louis XIV - Peinture de Nicolas Mignard
Portrait de Gabriel Nicolas de la Reynie premier lieutenant de police de Paris sous Louis XIV - Peinture de Nicolas Mignard © Getty / Josse / Leemage

-Ces derniers jours, le Préfet de police n'a pas échappé aux critiques : la gauche le verrait bien servir de fusible. Préfet de police, c'est une fonction difficile mais qui peut se targuer d'être l'héritière d'une grande tradition régalienne.

En 1667, Louis XIV unifie la police sous l'autorité unique d'un lieutenant général, La Reynie.

Le lieutenant général élargit peu à peu son périmètre. C'est lui qui est jugé responsable de l'air qu'on respire à Paris, de l'eau qui coule dans la Seine, du feu des incendies. Pour la police proprement dite, Il dispose d'une vingtaine d'inspecteurs, autant que de quartiers. 48 magistrats, les commissaires au Châtelet, collaborent avec lui. Il peut faire appel aux gardes françaises et suisses et il a sous son commandement propre la maréchaussée, les soldats du guet - ceux qu'on surnomme "pousse-les" - et jusqu'à 3000 informateurs et espions qui le préviennent des dangers à venir. Mieux vaut en effet prévenir les désordres que de devoir les purger. Ayant rang de quasi-ministre, pouvant accéder directement au roi, il est le chef d'une administration sans équivalent sous la monarchie.

-Une fois établie au XVIIème la puissance de la lieutenance générale, ses titulaires, au XVIIIème, étaient régulièrement ramenés à la mesure par les évènements.

Le lieutenant général est bien obligé de constater que les Parisiens font souvent un mauvais parti à ses agents subalternes ; les" mouches" qui espionnent sont insultés, frappés quand on ne les jette pas à la Seine. En revanche, ceux qui sont identifiables dans leur quartier et tiennent exactement leur rôle sont respectés.

La puissance de la loi exposée tranquillement au regard de tous ne craint le regard de personne.

Surtout quand elle est capable de bienveillance. Le journal de Hardy, un libraire moraliste, tient ainsi à consigner ce fait : une femme, surprise voler du pain, est amenée au commissaire du Châtelet qui, se rendant aussitôt au domicile de la femme, y trouve son mari pendu, désespéré par la misère. Le commissaire paie le pain volé et arrête la procédure. Les Parisiens apprécient que la police soit compatissante aux pauvres.

L'épisode date de 1767, sous la lieutenance de Sartine. C'est précisément l'époque où Nicolas Le Floch est commissaire au Châtelet. Souvenez-vous, le Nicolas Le Floch des livres de feu Jean-François Parot et de la série télévisée. 

Les services de Sartine fonctionnent si exactement que, lorsqu'il y a une difficulté, il peut espérer l'étouffer. Ainsi, l'inspecteur Troussey, chargé de la surveillance des jeux, joue énormément et triche lui-même. Sartine lui demande sa démission en échange de sa discrétion.

Bon, l'affaire aura tout de même des suites puisqu'on s'en souvient mais l'important est qu'on a cru pouvoir la régler en interne. Pas besoin d'IGPN.

-Néanmoins, au long de ce siècle où la lieutenance générale de police pouvait servir de modèle non seulement dans les provinces mais l'étranger, il y eut des crises !

Pas tellement.

En 1720, on n'est plus sous la monarchie absolue de Louis XIV mais sous la Régence de Philippe d'Orléans, des agents sont accusés d'extorsion de fonds, d'arrestations arbitraires, de violences policières - personne ne me reprochera d'utiliser l'expression, nous sommes en 1720. Eh bien, la justice, en l'occurrence, reprend la main et organise un procès.

En 1750, le lieutenant de police Berryer rompra soudain le compromis qui maintenait l'ordre. Sous prétexte d'arrêter des mendiants et des déserteurs, il a fait enlever des jeunes gens qui n'en étaient pas. Dix, vingt émeutes ont éclaté qui sont venues battre les murs de son hôtel de l'Île de la Cité. Une tolérance calculée à l'égard de ceux qui étaient sans domicile aurait été préférable à l'excès.

Ce fut la politique du successeur de Berryer, Sartine. La politique de Nicolas Le Floch en somme.

Nicolas Le Floch, Préfet de police !

-Il est toujours bon de recommander une nouvelle fois L'Histoire des polices en France dirigée chez Belin par Vincent Milliot.

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