Sommet Européen et Brexit et parmi les sujets qui fâchent : le partage des zones de pêche qui avait déjà perturbé les négociations de l'entente cordiale en 1903-1904.

Départ pour Terre-Neuve de bâteaux de pêche à la morue à Saint-Malo en mars 1930
Départ pour Terre-Neuve de bâteaux de pêche à la morue à Saint-Malo en mars 1930 © Getty / Keystone-France

Les négociations sur la vie après le Brexit sont de plus en plus tendues entre Union européenne et Grande Bretagne... Parmi les sujets qui fâchent : le partage des zones de pêche... Tensions autour de la pêche entre France et Angleterre... L'histoire nous ensiegne que ce n'est aps nouveau.... Retour plus d'un siècle en arrière, nous allons parler de Terre Neuve et de St Pierre et Miquelon au large du Canada... 

La pêche avait déjà perturbé les négociations de ... l'entente cordiale en 1903-1904. La pêche peut apparaître, à tort, comme un petit sujet économique, c'est un grave sujet politique;

Bon, l'entente cordiale, c'est l'Angleterre qui se rapproche de l'Europe, ce qui l'amènera à s'engager dans la guerre, je ne vois pas le rapport avec la pêche... 

Erreur de perspective. L'Entente cordiale, ce n'est pas, à l'origine, un accord militaire entre puissances européennes, c'est un échange de bons procédés entre puissances coloniales. Paris reconnaît à Londres ses droits sur l'Egypte, Londres à Paris ses droits sur le Maroc. 

Et les deux empires anglais et français sont aussi des empires maritimes. Et là, intervient la question de la pêche.

Et celle de l'ile de Terre-Neuve qui, ayant refusé l'union avec le Canada, dépend alors du Royaume-Uni. Les Niouf, les New Foundlanders, veulent se débarrasser des Français qui vivent encore sur le littoral de leur grande île.

Revenons en 1763. La France a alors abandonné ses arpents de neige au Canada mais le roi de France a réussi à  conserver son droit de regard sur un commerce mondial alors fondamental, celui de la morue. 

Nous sommes vendredi. Le vendredi, on jeûnait et ce jour-là, et aussi les autres jours, la morue, conservée séchée et peu chère, apparaissait comme une bénédiction. 

La France, dans la tourmente de la perte du Canada, a joué assez serré pour garder deux atouts pour nos pêcheurs. 

D'abord, elle s'est vue reconnaître la souveraineté sur le petit archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon: au long du XIXème, il deviendra un point de rendez-vous, un "hub international"" dirait-on aujourd'hui, pour la grande pêche sur les Bancs. 

Deuxième atout, sur le  littoral de Terre-Neuve, il a été maintenu pour les Français le droit d'exploiter des établissements intermittents : petite pêche, homarderies etc... 

Les marins de Saint-Pierre trouvaient dans ce French Shore des ressources complémentaires précieuses qui rendaient la vie de l'archipel moins rude.

Mais la France va finir par abandonner les petits pêcheurs de Terre Neuve... L'archipel de St Pierre pèse encore économiquement... Mais le modeste french shore de Terre Neuve, par rapport aux enjeux plus larges de l'entente cordiale, pèse beaucoup moins... 

Les Anglais exigent sa fin. Nous sommes à un moment où les grands armateurs français commencent à armer les premiers chalutiers à vapeur dont le rayon d'action permet de diminuer les escales à Saint-Pierre. Les armateurs de l'archipel, les "gros du quai" comme on dit,   sont, eux, occupés à se concentrer et ils n'ont rien à faire des petits pêcheurs. Au final, que représentent ceux-ci  avec leurs grêles doris et leurs cabanes à Terre-Neuve? Au diner qui a inauguré les négociations avec les Britanniques, la République n'a pas servi de morue  au roi Edouard VII mais du jambon d'York truffé champenoise. Elle versera une petite somme en compensation aux évincés du French Shore. Et voilà tout.

Et St Pierre et Miquelon à son tour va vivre des années difficiles... 

Le mauvais sort veut que le prix de la morue baisse dangereusement au même moment. L'archipel plonge dans la misère. Il semble que certains bons esprits ont alors imaginé un départ forcé de saint-pierrais vers les Kerguelen. Un tiers d'entre eux - un tiers d'entre eux en quatre ans- choisit l'émigration vers  le Canada ou, humiliation suprême,  chez les Niouf .

En 1900, il y avait 6400 habitants à Saint-Pierre, 4500 seulement en 1907. Mais, cette année-là, il s'en est trouvé un millier pour manifester contre le pouvoir. Et croyez-le bien, les manifestations à Sant-Pierre, c'est du sérieux. Je précise cela parce qu'à cette heure, cher Bruno, beaucoup de saint-pierrais écoutent France Inter.

Et que, saint-pierrais ou pas, les pêcheurs savent se faire entendre. La pêche, c'est un grand sujet politique.

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