Les parcours des deux hommes sont à bien des égards différents. Navalny a moins de 20 ans quand, en 1995, Khodorkhovski, ex komsomol reconverti dans le commerce des ordinateurs puis le crédit enfin l'industrie aux enchères- la société pétrolière Youkos.

Mikhail Khodorkovski lors de son procès à Moscou en juillet 2004
Mikhail Khodorkovski lors de son procès à Moscou en juillet 2004 © AFP / Korobeinikov Dmitry / Sputnik

-La condamnation, hier, d'Andrei Navalny appelle une comparaison avec le sort fait auparavant à celui qui l'a précédé dans le statut, peu enviable, d''opposant principal à Vladimir Poutine : Mikhaïl Khodorkovski.

Les parcours des deux hommes sont à bien des égards différents. Navalny a moins de 20 ans quand, en 1995, Khodorkhovski, ex komsomol reconverti dans le commerce des ordinateurs puis le crédit enfin l'industrie, reprend au vol - pardon : aux enchères- la société pétrolière Youkos.

Khodorkovski a peut-être été un moment l'homme le plus riche de Russie, ce qui lui a été préjudiciable dans l'opinion qui l'assimilait aux autres oligarques - et lui a attiré l'hostilité de Poutine qui le trouvait trop grand de taille, trop désinvolte, trop proche des oppositions.

Lors d'une réunion, le président lui demanda froidement s'il avait bien payé ses impôts. L'arrestation et la première condamnation suivirent de peu.

Navalny sait qu'une menace identique à celle expérimentée par Khodorkovski plane sur lui : sa peine peut être prolongée par une seconde si les juges qui ne sont que des pions sur la verticale du pouvoir en reçoivent l'ordre.

-L'emprisonnement de Khodorkovski a servi sa popularité.

Dans l'histoire russe, quasi toutes les familles ont compté des prisonniers dans leurs rangs ; il ne règne pas là-bas la suprême indifférence française à l'égard des conditions de détention. Et les "Souvenirs de la maison des morts" de Dostoievski sont dans beaucoup de mémoires. Qu'on lise les brefs portraits de prisonniers que rédigeait le soir Kodhorkovski et que ses deux enfants ont édités en 2013. Les textes d’Andrei Borissovitch rappellent "Une journée d'Ivan Denissovitch" de Soljenitsyne. L'attention ne cessa de grandir autour du prisonnier qu'entourèrent l'estime ou en tout cas la curiosité. Au moment de sa libération, l'un de ses codétenus lui dit : "Ne reviens pas chez nous, c'est plus tranquille quand tu n'es pas là" mais peu de temps après, ses camarades qui avaient cessé d'être muets et soumis mirent le feu à la prison.

-La libération de Khodorkhovski a été obtenue en 2013 après qu'il a demandé sa grâce.

Navalny déjà opposant et blogueur, dit alors ne pas comprendre : "Après dix ans vécus avec une si formidable dignité ! " Quand Kodhorkovski, expulsé aussitôt libéré, atterrit à Berlin où l’attendait Hans Dietrich Genscher l'ancien ministre allemand qui avait mené la négociation, il expliqua avoir reçu la visite d'agents secrets qui l'avaient menacé d'un troisième procès et lui avaient parlé lourdement du cancer de sa mère.

Entre l'Allemagne la Suisse et la Grande Bretagne, Kodhorkovski a continué à mener son combat pour une Russie ouverte, appuyé sur une fondation qui porte ce nom et est financé par ce qui reste de sa fortune.

Mais autant dans la colonie pénitentiaire n°7 en Carélie, il incarnait une tradition russe, autant l'exil l'en éloigne. Les Russes sont habitués à des figures familières incarnées sur place. D'un côté, le tsar, plus ou moins bienveillant. De l'autre, l'homme libre qui n'a rien, seulement sa vie à donner. Une fois les rôles se seraient inversés. Alexandre Ier se serait fait passer pour mort en 1825 et aurait revêtu la défroque d'un modeste pèlerin qui ensuite parcourut des milliers de verstes répétant la prière de Jésus et risquant de recevoir le fouet des mains des sbires du nouveau tsar, impitoyable. C'est une des plus belles histoires du légendaire russe qui en revanche, n'a que faire du riche exilé inutile en Europe occidentale.

-En même temps, on comprend que Kodhorkovski n'ai pas eu envie de rentrer. 

D'autant qu'un nouveau mandat d'arrêt a été lancé contre lui en 2015. Un collaborateur du Kremlin l'a même accusé d'être le responsable de l'empoisonnement de Navalny.

On était aussi prêt à rire quand on entendait Poutine dire à son propos : « Tout voleur doit aller en prison. » 

C'est une phrase reprise d'une célèbre série télé. 

Navalny, consigné dehors, ne peut plus suivre de près le feuilleton du despotisme. Navalny en revenant de son propre chef, a décidé d'en écrire lui-même le prochain épisode, mettant dans l'embarras les scénaristes du pouvoir qui vont devoir lui donner le nom du nouveau héros que jusqu'ici, ils se refusaient même à citer.

Contact