Cela fait longtemps que l'Eglise catholique perd du terrain. Les pratiquants engendrent beaucoup de non pratiquants dont les enfants à leur tour deviennent des non-chrétiens. On est descendu à un étiage extrêmement bas : 3%, 2% des Français vont à la messe le dimanche. Et le premier confinement a creusé la baisse.

Affiche sur la porte d'une église en mai 2020
Affiche sur la porte d'une église en mai 2020 © Getty / Godong

-Ca y est, Mgr Lebrun - je parle de l'archevêque de Rouen - se disait "confiant mais prudent". Un accord a été enfin trouvé entre le gouvernement et l'épiscopat pour la célébration publique des messes les deux dimanches qui viennent. Deux sièges entre chaque fidèle ou groupe familial et une rangée sur deux ! Néanmoins, la polémique qui a précédé en dit long sur l'affaiblissement de l'Eglise : non seulement l'Etat ne lui a accordé qu'une attention très mesurée mais - c'est "La Croix" elle-même qui le dit, "l'opinion publique a pu observer les catholiques se déchirer autour de la messe".

Cela fait longtemps que l'Eglise catholique perd du terrain. Les pratiquants engendrent beaucoup de non pratiquants dont les enfants à leur tour deviennent des non-chrétiens.

On est descendu à un étiage extrêmement bas : 3%, 2% des Français vont à la messe le dimanche. Et le premier confinement a creusé la baisse. Peut-être un quart ou tiers des fidèles ne serait pas revenu prendre place dans les églises - et donner aux quêtes : l'aspect financier n'est pas anodin. De quoi provoquer une inquiétude voire un sentiment panique.

-Avant de se demander pourquoi des catholiques manifestaient pour réclamer la messe, il faut donc se demander pourquoi tant d'autres n'y vont plus.

Petit rappel pour ceux qui sont encore curieux des rites catholiques. La messe commence par une liturgie de la parole - lectures, homélie - qui est suivie d'une liturgie de l'eucharistie : Jésus s'est offert en sacrifice pour le bien des hommes ; de même, le prêtre consacre le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Christ.

Le Concile Vatican II 1962-1965 a permis une transformation de la célébration : usage du français, prêtre non plus dos au peuple mais face au peuple, fidèles invités à participer bien davantage.

S'en est suivie une grave crise. Certains catholiques - on pense à Mgr Lefebvre - ont refusé la nouvelle liturgie qui leur paraissait une trahison. Et ils lui ont attribué une responsabilité première dans la désaffection vis à vis de l'Eglise. Depuis la sociologie religieuse a montré que la chute de la pratique avait en réalité commencé avant le Concile. S'il n'y avait eu cette modernisation, trop tardive, peut-être la chute aurait-elle été plus brutale encore ? 

-Un demi-siècle après, ce sont les catholiques les plus sceptiques quant au bilan du Concile qu'on retrouve aux avant-postes du combat pour la messe la plus publique possible.

Et dans la forme le plus ancien possible. Sous Jean-Paul II sous Benoit XVI, s'est affirmé un retour à une liturgie très exactement normée. Après l'évocation de la sociologie religieuse, un peu d'ethnologie. Les prêtres les plus jeunes à qui il arrive de remettre la soutane, aiment de plus en plus être entourés d'encens, ils ne détesteraient pas célébrer de nouveau dos au peuple. Quand ils élèvent l'hostie qui matérialise le corps du Christ, ils font force génuflexions et prosternations. L'inconvénient de cette re-sacralisation c'est qu'elle renforce l'importance du prêtre alors qu'il y en a de moins en moins - 15000 contre 30000 il y a vingt ans !

En revanche les assemblées dominicales en l'absence de prêtres qui s'étaient multipliées en milieu rural et qui permettaient l'accès des laïcs à la parole ont été curieusement abandonnées. On n'a pas vu les catholiques intransigeants manifester devant les églises rurales qui s'en sont retrouvées fermées le dimanche. La prédication qu'on y entendait pouvait être autrement efficace que les homélies cléricales.

-Que dit-on à Rome du débat présent ?

A Rome aussi, on se déchire, de moins en moins silencieusement. D'un côté, le cardinal Sarah, prélat africain chef de file du courant conservateur, affirme "le droit imprescriptible de recevoir le Corps du Christ et d'adorer le Seigneur présent dans l'Eucharistie de la manière prévue". Le pape, lui, déplore que certains transforment l'épisode en bataille culturelle alors que la plupart des gouvernements œuvrent pour assurer la protection de la vie.

Bataille culturelle, c'est le mot. Entre ceux qui accordent une importance première à la participation du peuple au culte et, à l'extérieur, à la protection de sa santé. Et, de l'autre côté, ceux qui valorisent le rôle capital du prêtre au point de souhaiter secrètement qu'il redevienne le prêtre réfractaire du temps de la Contre-Révolution.

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