Dac a été le fondateur avant la guerre de L'Os à Moelle et sera l'auteur, après la guerre, de Signé Furax, en compagnie de Francis Blanche avec qui il formera le couple de Black and White- et réciproquement. Dans ce grand moment de la radio figurait un personnage au fort accent germanique, Klakmuch...

Pierre Dac alors chroniqueur à Radio Londres
Pierre Dac alors chroniqueur à Radio Londres © AFP

-Ce jeudi, le Royaume-Uni en vient lui aussi au confinement. Les Britanniques vont-ils nous donner de nouveau une leçon de civisme comme naguère sous les bombardements ?

J'entends, à votre ton, que vous n'êtes pas sûr de la justesse de la comparaison. Mais enfin, l'accent est grave ! Je vais seulement y mettre un signe aigu et il faut bien que je me serve du matériel pédagogique demandé par les syndicats et qui m'a été fourni, en vue de ce petit cours d'éducation morale et civique d'aujourd'hui. C'est le Musée d'art et d'histoire du judaïsme qui l'a pris en charge à l'occasion d'une exposition dont il faut bien que je vous parle puisqu'elle vient de fermer -provisoirement.

-Une exposition Pierre Dac. Un grand dépressif... Sujet au black dog, dirait Churchill.

Tiens, c'est vous qui citez Churchill maintenant !

Les grands dépressifs peuvent faire d'immenses humoristes. Dac a été le fondateur avant la guerre de L'Os à Moelle et sera l'auteur, après la guerre, de Signé Furax, en compagnie de Francis Blanche avec qui il formera le couple de Black and White- et réciproquement. Dans ce grand moment de la radio figurait un personnage au fort accent germanique, Klakmuch -et réciproquement Klufmach- qui incarnait tout ce qu'avait combattu Pierre Dac pendant la guerre, où il avait tenu le premier rôle dans "Les Français parlent aux Français".

-Pierre Dac n'était parvenu à Londres, au prix de mille difficultés, qu'en 1943.

En effet. Etant arrivé en Angleterre dans l'état dans lequel il se trouvait, il prit de suite la précaution d'acheter des effets et particulièrement un chapeau melon et un parapluie. 

Puis il héla un taxi pour se rendre à la BBC. Mais un bombardement intervint- on en vient aux bombardements. « Ça tombait à foison de tous les côtés à cadence accélérée et à jet continu. »

La voiture trouva cependant son chemin jusqu'à la BBC. Pâle comme un linge, le passager dit au chauffeur : "Eh bé, mon vieux, on a eu de la veine". Et celui-ci répondit : "Oui, monsieur, tous les feux étaient au vert". Le civisme des Anglais passe par l'humour. Churchill - c'est mon tour - recommandait toujours aux chefs de sourire.

Pierre Dac raconte qu'un autre jour, il eut à prendre le bus pour aller il ne savait plus très bien où exactement. A l'arrêt obligatoire, il s'arrêta obligatoirement : une queue d'une vingtaine de personnes attendait patiemment, flegmatiquement, britanniquement en somme. Naturellement, comme tout bon Parisien, Pierre Dac se faufila habilement au premier rang de la file. Mais il entendit une voix dire le plus aimablement possible : "C'est un Français". Je vous le dis dans notre langue car Pierre Dac préférait l'anglais qu'on lui parlait en français. Une fois la remarque entendue, il redescendit la file d'attente, l'oreille plus basse que celle d'un basset en bas âge, et attendit le bus derrière les autres, sans énervement.

-C'est ainsi que les Britanniques se comportaient... civiquement.

Le roi lui-même, pour économiser l'eau - l'électricité s'économisait elle-même par ses multiples pannes - avait tracé une ligne bleue dans sa baignoire qu'il demandait à son valet de chambre de ne pas dépasser.

Cette époque était haute - certains en ont contracté la nostalgie - parce que les Britanniques défendaient leur liberté. Pour le dire autrement, la liberté comptait davantage que leur propre vie. Je ne suis pas sûr que si on dit, réciproquement que c'est la protection de l'espèce qui compte davantage que la liberté, on obtienne le même résultat.

Ah, j'allais oublier, Pierre Dac précisait, à titre d'information complémentaire, que chaque nuit, dans tous les coins de Hyde Park, des couples prenaient leurs ébats fort tranquillement mais assez bruyamment sans que pas plus quiconque que qui ce soit s'avisât de les déranger. Vous avez raison -: rien n'est plus sûr que ce qui est certain - le couvre-feu de 2020 ne ressemble pas au black-out d'alors. 

Ouvrage : Pierre Dac Un français libre à Londres en guerre Libretto

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