Une bonne nouvelle sur le front mondial de la santé : après la variole et la polio, la maladie du sommeil, qui avait connu une recrudescence au début du XXIème siècle, serait en voie d'éradication. L'éradication n'est pas élimination. La variole, par exemple, menace de revenir.

Clinique luttant contre le trypanosome responsable de la maladie du sommeil à Kimpese en République démocratique du Congo en 2000
Clinique luttant contre le trypanosome responsable de la maladie du sommeil à Kimpese en République démocratique du Congo en 2000 © Getty / Patrick Robert - Corbis

La maladie du sommeil en voie disparition ?

Une bonne nouvelle sur le front mondial de la santé : après la variole et la polio, la maladie du sommeil, qui avait connu une recrudescence au début du XXIe siècle, serait en voie d'éradication. Ce serait pour 2030. En 2020, n'ont été déclarés qu’un petit millier de nouveaux cas, essentiellement en République démocratique du Congo.

Prudence. L'éradication n'est pas élimination. La variole, par exemple, menace de revenir. Le trypanosome, le parasite transmis par la mouche tsé-tsé, une fois éradiqué, pourra préparer son retour, à bas bruit, dans des réservoirs cachés.

La maladie du sommeil est attestée depuis si longtemps en Afrique subsaharienne, dès l'époque des empires et encore à époque de l'esclavage. L'ouverture de toute nouvelle voie de communication permet la circulation de la maladie. La colonisation l'a donc favorisée avec les échanges entre les côtes et l'intérieur, les convois le long des fleuves comme le Congo...

Les effets de la maladie du sommeil sont spectaculaires : les malades sont comme saisis par un engourdissement ; ils deviennent sommeilleux jusqu'à ce que les gagne une lente agonie. La maladie, parasitaire, peut soudain briser ses cadres habituels. L'homme atteint par la mouche tsé-tsé devient lui-même transmetteur. Eclate ainsi autour de 1900 le long de l'Ouganda et du Congo, une violente épidémie qui fait un million de morts en dix ans.

Les colonisateurs sont à demi rassurés parce que les Blancs sont rarement touchés mais extrêmement inquiets : à quoi bon vouloir mettre les nègres au travail s'ils deviennent sommeilleux ; Le roi des Belges Léopold II trépigne de ne pas pouvoir tirer mieux profit de sa colonie personnelle au Congo. Il offre une prime aux médecins qui pourraient l'aider à trouver une solution.

La France est particulièrement concernée 

Oui parce que plusieurs de ses colonies sont frappées et parce qu'elle est le pays de Pasteur.

Pasteur était devenu une entité si importante qu'on prononçait son nom sans plus lui donner de prénom. Ses disciples, les Pastoriens, sont tellement conscients de leur rôle qu'on met une majuscule à Pastoriens.

Les Pastoriens donc n'y vont pas par quatre chemins.

Ce qu'ils recommandent est très intéressant à observer en ce moment que nous vivons où le pouvoir médical brûle de s'émanciper du pouvoir politique.

C'est simple, dit Jamot, principal responsable de l'institut Pasteur en cette affaire et qui endosse le rôle de législateur des Tropiques : il faut repérer rapidement les trypanosomés et les traiter en les isolant au maximum.

La campagne des Pastoriens

Particulièrement active dans les années 1920, comment s'organise la campagne des pastoriens ?

Ce sont des gens qui n'ont jamais hésité à aller sur le terrain. Jamot et ses hommes se transforment en chevaliers errants du dépistage. Ils demandent aux habitants de se rassembler dans leurs villages ou bien dans des lieux de rendez-vous fixés impérativement. Et là ils procèdent à un examen rapide et systématique : "Voyons si tu as des ganglions, de la fièvre..."

Les trypanosomés sont marqués d'un grand T sur la poitrine et, hop, on leur applique un traitement de choc en isolant le plus possible. Des barrages de contrôle sont d'ailleurs établis qui exigent des passeports sanitaires.

Est-ce que ça marche ?

Assez bien. Les noirs n'ont pas l'idée de protester haut et fort. Les méthodes employées peuvent être brutales mais au moins la colonie fait ce qu'elle dit ; elle prétend être venue pour rétablir la santé, elle y parvient.

L'hostilité va venir des milieux coloniaux. Ils prennent mal la justification que les Pastoriens donnent de leur action : la colonisation étant la responsable de l'extension de la maladie, elle devrait se racheter. Se racheter de quoi ? Qu'est-ce que cette histoire de responsabilité ?

Par ailleurs les Pastoriens sont en train de renverser les priorités. Depuis quand l'impératif de santé devrait-il l'emporter sur l'activité économique ?

Jamot devient indésirable. Et c'est en France qu'épuisé, il meurt en 1937.

La lutte contre la maladie du sommeil pouvait attendre un peu

Comme celle d’autres maladies tropicales.

Et si on passe à aujourd'hui, notons que si Sanofi par exemple s'enorgueillit de collaborer de près avec l'OMS dans son travail contre les maladies tropicales, l'Afrique devra attendre longtemps les vaccins anticoronavirus. Un mécanisme international d'achat, Covax, a bien été mis au point par l'OMS qui réserve une part significative aux pays pauvres. Mais l'Union européenne par exemple préfère les achats directs. La moitié des huit milliards de doses en commande ont été prépayées par des pays riches. Les pays autres, plus des quatre cinquièmes, se partageront le reste comme ils pourront.

Contact