La grande affaire aujourd'hui, en odonymie, science de la dénomination des voies publiques, c'est la promotion des noms de femmes. On en est parvenu à Paris à un pourcentage de 12%. Le jardin en forme d'impasse, le terreplein, la contre-allée, l'arrêt de tram : la municipalité fait feu de tout bois...

Fausse plaque de rue apposée à Paris par le collectif collectif #noustoutes lors de la Journée internationale des droits des femmes en 2019
Fausse plaque de rue apposée à Paris par le collectif collectif #noustoutes lors de la Journée internationale des droits des femmes en 2019 © AFP / Benoit Durand / Hans Lucas

-A Paris, pas de rue Napoléon. Une pétition circule qui exige qu'on fasse sa place à l'empereur. Seul le général Bonaparte est honoré dans la capitale.

Et par voie prestigieuse bordée d'innombrables plaques commémoratives. L'auteur de "Fantômas" y a même inventé un numéro, le 142, pour y loger son commissaire Juve.

La rue Bonaparte a été voulue telle par Napoléon III peu après son coup d'état. Elle a survécu seule à l'épuration de l'odonymie qui a suivi la défaite du Second Empire en 1870.

-La grande affaire aujourd'hui, en odonymie, science de la dénomination des voies publiques, c'est la promotion des noms de femmes.

On en est parvenu à Paris à un pourcentage de 12%... Le jardin en forme d'impasse, le terreplein, la contre-allée, l'arrêt de tram : la municipalité fait feu de tout bois.

On a peu prêté attention à un tour de passe-passe qui lui permet d'améliorer les statistiques : l'ajout d'un prénom féminin à un nom de rue préexistant.

La courte voie Récamier en forme d'impasse est devenue rue Juliette Récamier.

Rue Furtado-Heine, la Ville de Paris, naguère, a rasé, ne gardant que le porche, le dispensaire fondé par la famille du même nom. C'était une tribu de banquiers dans laquelle une femme révéla un talent de mécène. Elle finança aussi bien des synagogues qu'un vitrail dédié à Saint-Napoléon ; elle offrit ensuite à l'armée de la République une villa promenade des Anglais à Nice et des sommes importantes à l'Institut Pasteur.

Va donc pour la rue Cécile Furtado-Heine !

Le salon de madame Récamier où Chateaubriand venait lire les mémoires d'outre-tombe se situait bien à l'emplacement de la rue Récamier et Cécile Furtado-Heine était le grand homme de la famille au point d'être élevée au rang d'officier de la Légion d'honneur.

L'odonymie repose sur l'exactitude. Quand à Rennes Joël David, pionnier en la matière organise un quartier "européen" au Sud de la ville, il veille à ce que les pays de l'Est se retrouvent au Sud Est, les pays de l'Europe occidentale au Sud-Ouest.

-Mais l'odonymie tient aussi retrouver les origines.

On s'étonne peut-être que la rue de La Tour d'Auvergne soit dorénavant la rue Louise de La Tour d'Auvergne mais l'intention dès le départ en 1760, était d'honorer cette mère abbesse.

D'habitude, c'est la droite qui promeut les noms religieux mais les mères abbesses semblent avoir la cote dans la municipalité Hidalgo.

Exemple : Rochechouart dans le IXème. Le boulevard de Rochechouart est dédié à l'ensemble de la famille "Avant que la mer fut au monde, les Rochechouart portaient les ondes". Sacré clan qui compte 3 ministres, 6 parlementaires, un maréchal, 13 généraux, 2 cardinaux, 10 évêques. Eh bien, la rue de Rochechouart voisine est maintenant consacrée par le Conseil de Paris à Marguerite de Rochechouart qui fut ... supérieure de l'abbaye de Fontevraud. 

-Et restitue-t-on leurs prénoms masculins à certaines gloires ?

Cela commence mais il y aurait 3 ou 4000 plaques à modifier. La rue Pissarro se transforme en rue Camille Pissarro et la rue Pigalle en rue Jean-Baptiste Pigalle. C'était au XVIIIème un sculpteur des plus convenables.

Il faut tout de même introduire de la décence dans l'odonymie. Sur les plaques signalétiques du boulevard Rochechouart, on ne va pas non plus indiquer : ici Madame Belle Cuisse tenait le Bal de la Boule noire.

Est-ce par décence qu'on n'a pas encore calculé le pourcentage des transgenres ? On pourrait par exemple militer, afin d'introduire le trouble, pour une rue Chevalier d'Eon, le fameux espion travesti du XVIIIème n'est reconnu que dans sa ville natale de Tonnerre.

A l'occasion de la journée de visibilité lesbienne de 2019, il a été proposé de transformer la place de la République en place du lesbianisme.

Mais rappelons à ceux -et celles- qui s'en trouveraient outrés que le préfet dans chaque département, et à Paris pareillement, veille au respect des bonnes mœurs.

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