L'occupation des Assemblées, c'est une vieille habitude dont la tentation renait souvent, par exemple le 6 février 1934. Les manifestants du 6 février qui assiégeaient le Palais-Bourbon disaient que leur démocratie l'emportait sur celle que représentaient les parlementaires...

Manifestants devant l'Assemblée Nationale à Paris le 6 février 1934
Manifestants devant l'Assemblée Nationale à Paris le 6 février 1934 © Getty / Keystone-France

-Après l'occupation du Congrès, l'ancien président Bush a déploré que les Etats-Unis donnent l'image d'une république bananière.

S'il était remonté plus haut dans le temps, il aurait aussi bien pu faire le rapprochement avec la France : l'occupation des Assemblées, c'est une vieille habitude dont la tentation renait souvent, par exemple le 6 février 1934.

Mais il faut remonter plus haut que 1934. Les manifestants du 6 février qui assiégeaient le Palais-Bourbon disaient que leur démocratie l'emportait sur celle que représentaient les parlementaires... En cela, ils rejoignaient une des traditions de la Révolution française, celle, pour faire simple, des sans-culottes et des tricoteuses qui, depuis les tribunes, observaient d'un œil suspicieux leurs députés.

-La Convention élue en 1792 siège ainsi sous surveillance.

Elle était un pouvoir mais il y en avait d'autres dans Paris : la Commune, les clubs et bientôt les sections.

La journée du 31 mai 1793 est à cet égard décisive. Des sections viennent apporter des pétitions qui exigent la taxation économique et l'épuration politique des députés qui ne leur conviennent pas. Sous la menace, renouvelée le 2 juin - cette fois 80000 hommes et 150 canons autour de l'assemblée, les conventionnels démettent 22 d'entre eux qui seront l'objet du procès dit des Girondins. Depuis cette date, en France, beaucoup considèrent que l'insurrection est un droit supérieur à la représentation.

-L'idée prévaut ensuite chez nous à chaque révolution.

En 1848 par exemple. La République est ressuscitée. Le suffrage universel - masculin - se déploie vraiment pour la première fois. L'Assemblée élue ainsi à Pâques est si nombreuse qu'elle siège dans un bâtiment de bois qu'on va appeler le chaudron. A juste titre. Le 15 mai, une foule en blouse force les portes afin d'y lire une pétition qui, comme souvent lors des journées révolutionnaires françaises, en appelle non seulement à l'impôt sur le capital mais à la guerre - cette fois pour la défense de la malheureuse Pologne opprimée par le tsar. Bientôt la multitude venue pour intimider l'Assemblée, la tient dans sa main. Elle finit par la déclarer dissoute. Les gardes nationaux et les gardes mobiles reprendront le contrôle du centre de la capitale et le mois suivant, la répression des Rouges qui dressent cette fois des barricades sera terrible. Ensuite on ne connaîtra plus vraiment de tentatives dangereuses d'occupation du Parlement sauf le 6 février 1934 mais cette fois ce ne sera plus, apparemment, le même peuple : il sera largement composé d'anciens combattants comme il en figurait beaucoup parmi les trumpistes du Capitole hier.

-La tradition américaine diffère beaucoup de la française.

Aux Etats-Unis, dès les dernières années du XVIIIème, peu après qu'en France se sont multipliées les journées révolutionnaires, des menaces se sont cependant profilées contre l'orientation libérale jusque-là dominante. Le deuxième président, Adams, réagit par exemple en criminalisant tout propos diffamatoire contre le Congrès ou lui-même. L'ensemble de la législation de son mandat provoque d'ailleurs une forte colère. Les opposants disent que l'Etat viole le Premier Amendement sur les libertés. La campagne électorale de 1800 est délétère. Adams, battu, digère si mal sa défaite qu'il décide de ne pas participer à la cérémonie de passation de pouvoir.

Mais il ne lui vient pas l'idée d'exprimer son amertume autrement qu'en partant en catimini : le matin du jour J, il prend, seul, la diligence de l'aube.

La passation se tient à l'époque le 4 mars. Le 20 janvier, jour de la cérémonie dorénavant, un incendie s'était déclenché à la Maison Blanche qui ne portait pas encore ce nom et venait à peine d'être inaugurée. Adams avait pris sa place dans la chaine humaine de porteurs de seaux qui s'était alors constituée.

C'est en 1814 que la Maison Blanche fut victime d'un incendie autrement grave. Une guerre américano-britannique avait été déclenchée et les Britanniques présideront à une brève occupation de Washington qui donnera lieu au pillage du Congrès et de la Maison Blanche. La Première Dame donnera l'ordre de desceller du mur et d'envoyer dans un endroit sûr le portrait de Washington. Il est des désordres qu'il vaut mieux qu'il ne voie pas.

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