Le 8 février 1871 les résultats des élections législatives sont catastrophique pour les bonapartistes et très mauvais pour les républicains; triomphal pour les monarchistes qui sont 400 sur les 638 députés qui s'installent au Grand Théâtre de Bordeaux. Thiers est élu président du pouvoir exécutif.

La Palais de justice de Versailles durant les élections de février 1871 - gravure dans The Illustrated London News
La Palais de justice de Versailles durant les élections de février 1871 - gravure dans The Illustrated London News © Getty / DEA / BIBLIOTECA AMBROSIANA

-Emmanuel Macron, le 4 septembre dernier, a célébré l'anniversaire de la proclamation de la République en annonçant la loi qui en conforte les principes et qui est aujourd'hui en discussion à l'Assemblée. Il a déclaré : Gambetta est la plus belle figure qui soit... Mais il y a cent cinquante ans, Gambetta était démenti par les premières élections de cette République qui, le 8 février 1871, donnaient la majorité aux monarchistes.

Revenons à la mi-janvier 1871, Gambetta anime la délégation bordelaise du gouvernement de Défense nationale que Trochu dirige depuis Paris. La capitale est assiégée depuis quatre mois et affamée.

Rien n'est perdu, assure Gambetta qui compte sur les différentes armées constituées ici, là, à l'Est, à l'Ouest et qui pourraient prendre à revers les Allemands coalisés. Le chancelier prussien Bismarck les craint d'ailleurs. Il redoute aussi une intervention des neutres qui le priverait du fruit attendu de ses victoires : l'unification de l'Allemagne. Aussi presse-t-il le mouvement en faisant proclamer empereur Guillaume de Prusse. C'est chose faite le 18 janvier dans la Galerie des glaces de Versailles.

Le lendemain 19, pour venger l'humiliation, Trochu déclenche une sortie de la capitale qu'il voudrait torrentielle mais si le 19 au soir, les Parisiens se couchent confiants dans leur délivrance, le 20 ils se réveillent vaincus. Suivent, en peu de jours, les défaites des armées de Chanzy et de Faidherbe et l'échec de Bourbaki dans son effort pour délivrer Belfort. Sans informer Gambetta à Bordeaux, le gouvernement de Paris négocie un armistice signé le 28 janvier.

-Qu'y a-t-il dans les clauses de cet armistice ? 

Les forts dominant la capitale sont remis aux Allemands, la garnison désarmée sauf 15000 hommes mais les Gardes Nationaux, civils en armes, les conservent.

En échange, le ravitaillement peut reprendre. 

Le dernier ballon à quitter la capitale le 28 se nommait Cambronne. A Bordeaux, Gambetta dit le même mot que le mémorable général mais en vain. Complètement isolé, il doit démissionner.

Bismarck est habile. Il a exigé des élections pour se trouver face à un gouvernement représentatif. Il n'ignore pas que le pays profond votera pour la paix

Nous autres avons expérimenté cette année, peut-être expérimenterons-nous demain des élections sans campagne. Il n'y en a pas eu non plus en 1871. 40 départements sont occupés. Impossible de penser à des réunions électorales. Le climat n'est certes plus du tout le même qu'aux législatives précédentes de 1869 portées par l'espoir de réunir contre le Second Empire les forces nouvelles, comme disait Gambetta.

Dorénavant, Il n'y a plus guère de bonapartistes : ils sont discrédités par la défaite. Mais aux républicains, il est reproché de vouloir prolonger inutilement un conflit qui a déjà fait 150.000 morts et 500.000 prisonniers. Le leader conservateur Thiers traite Gambetta de fou furieux pendant que Gambetta le soupçonne de vouloir organiser un enterrement de première classe pour le pays.

-Et le résultat est...

Catastrophique pour les bonapartistes... Très mauvais pour les républicains. Triomphal pour les monarchistes qui sont 400 sur les 638 députés qui s'installent au Grand Théâtre de Bordeaux.

La gauche en revanche a le quasi-monopole à Paris. Les tout premiers élus y sont Louis Blanc, un vieux quarante-huitard, son ami Victor Hugo et Garibaldi. Celui-ci est aussitôt invalidé : un étranger peut avoir pris les armes pour la France mais ne peut être son élu.

Thiers est élu président du pouvoir exécutif, en attendant, précise la Chambre dévouée aux anciennes dynasties, qu'il soit statué sur les futures institutions. La République est mise entre parenthèses.

L'Assemblée ratifie le 4 mars un traité préliminaire de paix qui enlève l'Alsace-Moselle à la France. La veille, le maire de Strasbourg a été porté en terre à Bordeaux. Mort de chagrin.

Et tandis que le gouvernement de Thiers prépare son transfert à Versailles, Paris ne se résigne pas à la défaite. Et pourtant le pain blanc a fait sa réapparition ce 8 février. Mais cela ne suffit pas à retourner l'opinion, toujours déterminée.

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