La destinée des membres de la famille royale, que le prince Harry veut faire passer pour une firme, est tracée. Le prince Philip disait lui que c'était une idée totalement déplacée de penser que la monarchie existe dans son propre intérêt. Elle continue de vivre pour prolonger les exigences qu'elle s'est fixée.

La famille royale d'Angleterre au balcon du palais de Buckingham lors des festivités du centenaire de la Royal Air Force le 10/07/2018
La famille royale d'Angleterre au balcon du palais de Buckingham lors des festivités du centenaire de la Royal Air Force le 10/07/2018 © Getty / Chris Jackson

-Ainsi donc, depuis le parc de leur villa de Santa Barbara, Harry, flanqué de son épouse Meghan, a expliqué que son père Charles comme son frère William étaient des prisonniers du système monarchique.

Son père, le prince Philip, que Dieu le garde, répondait toujours : « Nous sommes une famille qui tient une boutique et, que voulez-vous, il faut bien qu'on habite au-dessus. »

La destinée des membres de la famille royale, qu'Harry veut faire passer pour une firme, est tracée. Si la fonction est exercée, la destinée est accomplie. Le prince Philip, toujours lui, disait que c'était une idée totalement déplacée de penser que la monarchie existe dans son propre intérêt. Elle continue de vivre pour prolonger les exigences qu'elle s'est fixée.

La célébrité, telle que la pratiquent à la télé Harry et Meghan en a d'autres. Rend-elle plus libre ?

Antoine Lilti a fait il y a quelques années l'histoire de l'invention de la célébrité. En France, elle date de Voltaire et Rousseau. Le second ne la supporta pas, il eut l'impression ne plus s'appartenir et il finit en ermite à Ermenonville. Quant au premier, Voltaire, il en fut satisfait un moment quand, revenant à Paris après des décennies d'absence, il fut reconnu par les employés de l'octroi mais il mourut trop tôt pour voir que sur la scène de la Comédie française où on l'avait fêté, il était vite remplacé par des comédies légères.

Car la célébrité est plus fragile que l'institution monarchique.

-Il y a la célébrité et il y a la réputation. Dans l'Interview d'Harry et de Meghan par Oprah Winfrey, la réputation de la famille royale est mise en cause.

Dans l'histoire, la réputation a précédé la célébrité. Pour qui ambitionne la durée, elle est la plus importante à conserver. Je comparerais volontiers ses vertus aux costumes du prince Charles. Il les porte en tweed épais avec des pochettes de soie de son choix et il se moque bien de notre avis quand il enfouit le bas du pantalon dans des bottes en caoutchouc. Il incarne le chic indémodable.

On n'est pas près d'enlever cela à la famille royale.

Ni l'expérience. C'est le premier anniversaire du confinement de mars 2020. Notre jeune président était intervenu pour nous signifier que nous étions en guerre. Puis la reine Elisabeth avait paru dans un petit salon, devant un bouquet de fleurs, et elle avait affirmé le contraire. Qui a -t-on cru davantage ? Celle qui avait prononcé sa première allocution radiodiffusée le 13 octobre 1940, à 14 heures, flanquée de sa sœur Margaret, allocution qui s'était terminée par un "bonne chance à nous tous".

La chance aurait pu mal tourner. Ces années-là, à Buckingham, au-dessus de la boutique, le roi George VI avait fait tracer un trait dans sa baignoire afin de ne pas dépasser le niveau d'eau autorisé par le gouvernement. La famille royale a pris sa part dans le combat pour la liberté.

-Harry et Meghan semblent vouloir accrocher à la réputation des Windsor une accusation de racisme. Un membre de la famille se serait demandé à haute voix si le bébé de Meghan, métisse, ne serait pas de couleur trop sombre.

C'est bien peu de chose par rapport aux bourdes du prince Philip, que Dieu l'ait en sa garde. Mis en face d'un groupe de danseurs hip hop de toutes couleurs et justement nommé Diversity, il a demandé, en 2009 : "Etes-vous tous de la même famille ?" Et face, cette fois, à un compteur électrique défectueux : "C'est sans doute un indien qui l'a fabriqué."

Pour entretenir leur réputation, Harry et Meghan flattent les antiracistes. Mais qui se colle les voyages aux antipodes afin de maintenir les liens avec le Commonwealth sinon les membres de la famille encore en état de marche ? On se demande bien comment l'Australie, de plus en plus républicaine, annoncera la mort du prince Philip et celle d'Elisabeth mais le prince Charles aura fait ce qu'il fallait : six voyages en vingt ans.

Mais comme disait encore son père, si les gens ne veulent plus de nous, on fera semblant de croire comme eux que chacun peut faire son bonheur seul. Le prince Charles écrira des contes pour enfants. Il en a déjà commis au moins un. C'est l'histoire d'un vieil ermite qui atteint 72 ans. Il vit dans une grotte et espère prendre un bain. Il n'a plus comme George VI à se soucier des règles gouvernementales ni de ses sujets, seulement de son confort. Pourtant il ne parvient pas à chauffer son bain. On ne lui pas appris le bonheur.

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