Début 1961, Lagaillarde et Susini avaient animé à Alger une demi-insurrection pour laquelle ils comparaissaient à Paris. Les magistrats les ayant mis en liberté provisoire, ils avaient pris la poudre d'escampette. Ils s'étaient persuadés qu'une minorité subversive peut tout si elle est sait agir où et quand elle veut.

Inscriptions en faveur de l'OAS sur un mur à Alger en 1962
Inscriptions en faveur de l'OAS sur un mur à Alger en 1962 © Getty / Bettmann

-Février 1961. Le 11 semble-t-il, est créée l'Organisation Armée Secrète qui veut défendre défense, par tous les moyens, l'Algérie française.

Nous sommes à Madrid, alors la capitale de Franco.

Le général Salan vient de s'y réfugier. Chef militaire aussi taiseux que glorieux, le Mandarin, commandant en chef à Alger en mai 58, avait frayé la voie au général de Gaulle mais celui-ci avait peu à peu changé de discours : "L'Algérie de papa, c'est fini", avait-il dit puis : il faut l'autodétermination. Il avait organisé un référendum en ce sens, le 8 janvier 1961, qui avait donné une majorité de trois quarts de oui en métropole, et un résultat plus incertain en Algérie. Salan ne l'entendait pas de cette oreille. Pour lui, il y avait rupture de la parole donnée aux Français d'Algérie. C'est pour cela qu'il était passé du côté du complot.

Franco, pour lui souhaiter la bienvenue, lui avait dépêché un vieux de la veille de la Phalange, Serrano Suner, qui incarnait dans toute sa raideur son passé de putschiste fasciste. L'OAS naissait sous ces auspices politiques.

-L'OAS, c'est le résultat d'un rapprochement militaires-civils.

Survinrent en effet à Madrid, ville décidément hospitalière, les rescapés de la semaine de Barricades. En janvier 1961, Lagaillarde et Susini avaient animé à Alger une demi-insurrection d'une semaine pour laquelle ils comparaissaient au Palais de justice de Paris. Les magistrats les ayant mis en liberté provisoire, ils avaient pris la poudre d'escampette.

On disait d'eux qu'ils étaient des leaders de la jeunesse Algérie française, Lagaillarde était même un député déchu. Ils étaient en fait ralliés au contre-terrorisme pratiqué d'ailleurs dès les lendemains des attentats FLN de la Toussaint 54. Ils s'étaient persuadés à la lecture de l'histoire des révolutions du XXème siècle qu'une minorité subversive peut tout si elle sait agir où et quand elle veut, entourée d'un assentiment suffisant. En janvier 1961, André Canal dit le Monocle montrait comment faire : il assassinait un avocat européen libéral, Maitre Popie. Une fois que vous avez fait taire ceux qui ne sont pas d'accord dans la population française d'Algérie, vous pouvez faire croire que vous vous y tenez comme un poisson dans l'eau.

-L'OAS au début de 1961, c'est juste une ébauche.

Le général Salan a deux cordes à son arc. En avril, il rejoint le "quarteron de généraux en retraite" - je cite de Gaulle-qui tente un putsch à Alger. C'est seulement après l'échec que l'OAS devient le dernier moyen d'empêcher la marche vers l'indépendance.

Salan, caché chez un de ses alliés, traditionaliste catholique, Martel, le Chouan de la Mitidja, le préside de loin. Madrid en reste une capitale où différents responsables mènent des intrigues souvent contradictoires qui privent l'organisation de relais extérieurs. La métropole est organisée par un réseau à part.

-Sait-on combien de membres l'OAS a-t-elle pu fédérer ?

Susini disait qu'elle avait plus de mitraillettes que d'hommes capables de les utiliser. Ont-ils été 1500-2000 vraiment mobilisés ? Que des hommes pratiquement, ce qui est une grande faiblesse dans la clandestinité.

Il est plus commode de chiffrer les attentats : 15000 avant l'indépendance en Algérie et 1600 morts.

En métropole -71 morts, l'hostilité fut immédiate. Salan y dépêcha Canal le monocle fin 1961. Il ne pensait que carnages et mitraillages sans cibles justifiables. Je cite un de ses lieutenants : "Il s'agit que les gens n'osent plus sortir de chez eux, qu'ils n'entretiennent plus que des voyages indispensables, qu’ils hésitent à sortir au spectacle, dans les restaurants, les bars"

C'était le programme du virus OAS pour 1961 et ce fut pis, jusqu'au paroxysme, en 1962.

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