C'est le 12 septembre 1940, en Dordogne, dans la vallée de la Vézère, que se produit la divine surprise de la découverte de la grotte de Lascaux. Elle est le fait d'enfants et d'adolescents comme dans les traditionnelles apparitions mariales. Les enfants n'ont-ils pas le don de la vision ?

L'entrée de la grotte de Lascaux en 1940 avec Léon Laval, Marcel Ravidat, Jacques Marsal et l'abbé Henri Breuil
L'entrée de la grotte de Lascaux en 1940 avec Léon Laval, Marcel Ravidat, Jacques Marsal et l'abbé Henri Breuil © Getty / Jérôme CHATIN

-Cette fin de semaine, 80ème anniversaire de la découverte, le 12 septembre 1940, par quatre jeunes garçons, d'une grotte préhistorique peinte à Lascaux, en Dordogne

On sait que le régime de Pétain s'appuie sur la France agricole dont il entend faire, écrit Bernanos, le potager de l'Europe totalitaire qui fournira à manger aux ouvriers des usines d'armement de toute l'Europe totalitaire. C'est au meilleur de cette France agricole, dans la vallée de la Vézère, que se produit la divine surprise de la découverte.

Elle est le fait d'enfants et d'adolescents comme dans les traditionnelles apparitions mariales. Les enfants n'ont-ils pas le don de la vision ? Au siècle précédent, en Espagne, dans la grotte d'Altamira, c'est la petite fille qui accompagnait son père, pourtant archéologue patenté, qui avait dit: "Papa, tu as vu les taureaux sur les murs ?"

Altamira, c'était moins ancien, d'ailleurs, que Lascaux. L'abbé Breuil, professeur au Collège de France, le pape de la préhistoire, venu très vite sur place l'a affirmé de suite. La France, battue à plate couture dans le temps court, était la nation de la longue durée et elle avait la meilleure école de préhistoriens du monde !

-Lascaux est immédiatement mise en valeur.

Le récit que commence à faire la presse de Lascaux est plus agréable à entendre que les reportages sur l'entrevue de Pétain avec Hitler à Monitoire, en octobre. La grotte est classée monument historique dès le 27 décembre 1940. L'abbé Breuil s'installe sur place et commence à donner des explications - 18000 ans avant notre ère, hasarde-t-il. Il fait un moment visiter lui-même la grotte. La famille propriétaire du terrain - pas n'importe quelle famille, une branche des La Rochefoucauld - organise un premier aménagement.

-A la découverte sont associés quatre noms.

Marcel Ravidat, le leader, 18 ans, le plus vieux. C'est lui qui plante un arbre de mai sur le site avec, à son sommet, un drapeau tricolore - vieille coutume du Périgord. Ravidat impressionne les autres : Jacques Marsal 14 ans qui vit à Montignac, Georges Agniel, 17 ans, natif lui aussi du village mais qui va repartir à Nogent-sur-Marne où il habite. Le quatrième et le plus jeune, c'est Simon Coencas, 13 ans, il s'est retrouvé dans la vallée de la Vézère par les hasards de l'exode.

L'occupation allemande de la zone Sud va provoquer la fermeture de Lascaux. Le régime de Pétain ne peut plus s'enorgueillir de la grotte. Et s'il l'avait voulu encore, le sort qu'il destine aux acteurs de la découverte l'en aurait empêché.

Ravidat refuse le travail obligatoire en Allemagne et passe au maquis dans un groupe nommé Jacquou le croquant - un héros du Périgord. Il ne reviendra pour se consacrer à la grotte qu'après avoir fait la campagne de France dans l'armée régulière. Jacques Marsal, réfractaire lui aussi au STO, est arrêté et se retrouve dans un camp en Autriche. Ravidat l'appellera pour être guide de Lascaux à ses côtés à la réouverture en 1948.

-Le plus jeune, Simon Coencas, vient de mourir au début de l'année.

La romancière Héloïse Guay de Bellissen qui était devenue sa confidente raconte ses dernières années dans un livre chez Robert Laffont.

Simon était juif. Or le premier statut des juifs suit de très près la découverte. Sa famille a cru pouvoir rentrer à Paris très vite au point qu'il ne figure sur aucune photo de 1940.

Dans le parcours qui a été aménagé entre Montignac et la reconstitution de Lascaux 4, son visage apparaît pourtant deux fois mais dans une photo de groupe. Une photo de groupe... prise à Drancy, en octobre 1942.

La famille Coencas n'a pas retrouvé son magasin près du passage du Lido mais a été raflée et transportée à Drancy à l'automne 1942; les parents sont morts en camp. Simon n'a échappé au départ fatal que parce qu'il était trop jeune.

Héloïse de Bellissen s'est faite la confidente des dernières années de Simon dans un livre, "Le dernier inventeur" qui paraît chez Robert Laffont. Elle lui a demandé si, à Drancy, il pensait à la grotte. « Oui, a-t-il répondu. Mais les animaux, c’étaient nous ».

Ouvrage : Héloïse Guay de Bellissen Le dernier inventeur Robert Laffont

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.