Chaque 10 mai le père d'Alexandre Dumas, mulâtre républicain de la Révolution, est l'objet d'une cérémonie place du général Catroux dans le XVIIème arrondissement de Paris. L'annonce est faite depuis un moment, les statues de Dumas et de Dumas fils, les deux écrivains, y seront bientôt rejointes par celle du général.

Le général Thomas-Alexandre Dumas - gravure de Jacques Marchand
Le général Thomas-Alexandre Dumas - gravure de Jacques Marchand © Getty / Bianchetti/Leemage

-Chaque 10 mai, le général Dumas, le père d'Alexandre, général mulâtre républicain de la Révolution, est l'objet d'une cérémonie place du général Catroux dans le XVIIème arrondissement de Paris. L'annonce est faite depuis un moment, les statues de Dumas et de Dumas fils, les deux écrivains y seront bientôt rejointes par celle du général -il en existait une depuis 1913 mais fondue par les nazis sous l'Occupation.

C'est ce qu'on répète mais il faut être plus précis. C'est une loi du 11 octobre 1941 signée par Pétain qui a décidé de la fonte d'une grande partie de la statuaire publique de bronze si chère à la Troisième République. Le cuivre entrant dans l'alliage du bronze, le motif avancé était le besoin de cuivre qu'attendaient le sulfatage dans l'agriculture ou les usines française. En réalité, il s'agissait évidemment d'alimenter les usines de guerre allemandes.

Sans doute Vichy n'était-elle pas mécontente de se débarrasser de grands hommes qui lui déplaisaient mais il faut noter que les commissions départementales et la commission nationale qui procédèrent aux sélections en 41-42- et encore le décret du ministre Abel Bonnard qui suivit en février 44 -n'épargnèrent pas des personnages pourtant emblématiques pour Vichy : le nationaliste Déroulède, le régionalise Mistral. Le général Dumas a été victime d'un sort hélas commun.

-Bonaparte ne l'appréciait pas particulièrement. L'annonce de la reconstruction de sa statue coïncide avec les débats sur le bicentenaire de 1821 et aussi avec le 150ème anniversaire de la démolition de la colonne Vendôme.

On sait qu'une statue de Napoléon est juchée au sommet de la colonne et que les bas et hauts reliefs content ses exploits. Ils ont été faits du bronze des canons ennemis.

Le 16 mai, la Commune la fait tomber. Jules Vallès décrit une foule de 10000 personnes qui crient "Vivat" quand au deuxième essai, elle s'effondre sur un lit de madriers et de fumier.

-Avant d'en venir à cette extrémité, des solutions intermédiaires avaient été envisagées.

Napoléon III ayant beaucoup mis en valeur la colonne, elle a fait l'objet d'interrogations dès le rétablissement de la République en septembre 1870. Le peintre Courbet qui la détestait proposait par exemple d'en transférer les bas-reliefs aux Invalides. Dans cette affaire, les Versaillais ont fait peser une responsabilité personnelle à Courbet. Il n'était pas encore élu à la Commune quand la décision de démolition a été prise, il a de nouveau défendu ensuite la solution du transfert sans être compris.

Aujourd'hui, dans les débats autour des statues liées à la colonisation, certains défendent pareillement le transfert dans les musées.

Ou seulement des atteintes symboliques : peinture rouge, voile noir, yeux bandés.

Mais maintenant qu'on nous répète qu'un racisme structurel est tissé serré dans l'histoire de France, si à Périgueux par exemple, on met une corde autour du cou du maréchal Bugeaud conquérant de l'Algérie, c'est une invitation à tirer sur la corde... dans le sens de l'histoire.

-Quand gagne la surenchère, les historiens repèrent l'emballement iconoclaste.

Revenons à la statue du général Dumas.

Elle voisinera avec celle de son petit-fils, l'auteur de La dame aux camélias. Il nous est répété qu'il était respectueux des origines de son grand père et qu'il n'avait pas oublié d'où il venait. Je rappellerai toutefois qu'il a traité Courbet de courge sonore et poilue et les communards de tous les noms d'animaux possibles, inventant une zoologie des révolutionnaires, un zoo humain- vous voyez ce que je veux dire. Qu'on déboulonne Dumas fils !

Et l'adresse où vont voisiner ces trois Dumas ?

Place du général Catroux. Oh là ! Un soldat qui a œuvré en Indochine, au Levant, en Algérie... En libéral a-t-on dit. C'est à voir. En plus, un héros de la France libre ! Une statue de De Gaulle a été dégradée en Martinique, l'île qu'il a pourtant débarrassée d'un proconsul vichyste raciste avec l'aide des habitants. Une certaine organisation noire dont je préfère taire le nom recommande même d'aller cracher sur la tombe de De Gaulle, cet odieux génocidaire, au nom des martyrs africains.

Ouvrage : Jacqueline Lalouette Les statues de la discorde Passés/Composés

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