12 avril 1945. En Europe, Hitler est terré dans son bunker. Le Japon continue désespérément son combat dans le Pacifique. La guerre n'est pas finie mais au Capitole, la journée a été sans histoire pour le vice-président Truman...

Harry Truman prêtant serment à la Maison Blanche le 12 avril 1945 après l'annonce de la mort du président Roosevelt
Harry Truman prêtant serment à la Maison Blanche le 12 avril 1945 après l'annonce de la mort du président Roosevelt © Getty / PhotoQuest

-Retour à un moment où les Etats-Unis étaient plus grands qu'aujourd'hui. 1945, Truman arrive à la Maison Blanche dans une époque tragique. Comment être à la hauteur de la tâche ? 

12 avril 1945. En Europe, Hitler est terré dans son bunker. Le Japon continue désespérément son combat dans le Pacifique. La guerre n'est pas finie mais au Capitole, la journée a été sans histoire pour le vice-président Truman. 

Le speaker de la Chambre des représentants le joint : "Harry, voulez-vous que nous discutions politique et procédures ?" C'est le code avant de partager un bon verre de bourbon... 

Mais la Maison Blanche appelle à son tour. 

Roosevelt, investi pour la quatrième fois le 20 janvier précédent mais malade depuis si longtemps vient de mourir en Géorgie. 

"Jésus Christ et général Jackson" aurait murmuré Truman en reposant le combiné. Le général Jackson ? Le président du début du XIXème dont Trump a fait mettre le portrait dans le Bureau ovale. 

-Prendre alors la tête des Etats-Unis, c'est à la fois assumer une responsabilité militaire écrasante et exercer une magistrature morale impressionnante.

Il faut à la fois achever la guerre et mériter le rôle que les Etats-Unis viennent d'exercer : rien moins que celui de sauveurs de la liberté. Cette année 1945, dans un monde bouleversé par le conflit, souvent affamé, l'Amérique est à son zénith. Elle jouit d’une puissance dont aucun pays n'a jamais disposé. Au prestige idéologique s'ajoute la prépondérance économique. Les 140 millions d'Américains 7% de l'humanité- produisent et consomment à eux seuls la moitié des richesses du monde entier. 

-Truman que l'establishment regarde comme un épicier du Missouri - devenu sénateur tout de même -sera-t-il à la hauteur ? 

Il est le premier à se le demander. Il est vice-président depuis moins de trois mois ! 

Il questionne la veuve de Roosevelt : "Que pouvons-nous pour vous, madame ? " La redoutable Eleanor répond ; "Mais c'est nous qui devrions vous poser la question, mon pauvre Harry, c'est vous qui êtes dans de beaux draps maintenant." 

Roosevelt n'avait nullement associé Truman à sa politique. Le nouveau président ignore beaucoup du cours de la guerre ; surtout il apprend que qu'un projet Manhattan est sur le point d'aboutir. Les Etats-Unis vont disposer une bombe d'un genre inédit. Il faut à Truman plusieurs visites des spécialises militaires pour qu'il comprenne. L'état-major s'interroge sur sa capacité de décider. Truman écrira dans ses Mémoires : "Même si je vis jusqu'à cent ans je n'oublierai jamais le jour où on me parla pour la première fois de la bombe atomique". Ni non plus celui, quelques mois plus tard, où il déclenchera les expéditions que l'on sait contre le Japon. 

-En revanche, les Etats-Unis étaient moins désunis qu'aujourd'hui. 

Tirant la leçon de l'expérience malheureuse de Wilson qui n'avait pu faire ratifier par le Congrès son Traité de Versailles, Roosevelt avait pris la précaution d'associer les Républicains à la préparation de la paix. Truman n'avait pas d'obstruction à craindre de ce côté-là. 

En revanche, les affrontements raciaux n'avaient pas cessé pendant la guerre - exemple : Detroit en 1943. Mais il était difficile de lutter contre un ennemi déshumanisé sans remettre en cause son propre racisme. Il y avait là un levier. Que Truman, les huit ans qui suivront, l'ait vraiment actionné, c'est une autre affaire. 

La vérité, c'est que la démocratie américaine ne peut fonctionner conformément aux idéaux qu'elle affiche si elle se fonde seulement sur une base matérialiste, nationaliste étroite. "Notre seule chance, écrivait le patron de Time Life au moment de l'entrée en guerre en 1941, c'est de la faire fonctionner en termes d'ordre moral international."

Depuis, le prestige des Etats-Unis qui fondait ce messianisme démocratique s'est largement érodé à la suite d'échecs successifs dont le dernier a eu lieu la semaine passée au Capitole où Truman avait vécu tranquille. 

La tâche du 46ème président est à certains égards plus difficile que celle de Truman.

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