Nostradamus utilisait les tables et les observations astronomiques. Avec la confection d'horoscopes personnels pour des clients importants, ces pronostications hasardeuses finissent par faire l'essentiel des ressources de notre homme. "Les Prophéties", publiées d'abord en 1555, obtinrent beaucoup moins de succès.

Nostradamus utilisant son miroir magique pour prophétiser le sort des rois de France de Catherine de Médicis.
Nostradamus utilisant son miroir magique pour prophétiser le sort des rois de France de Catherine de Médicis. © Getty / Fototeca Storica Nazionale

-Il n'y a pas besoin d'être grand devin pour prévoir que les angoisses de notre époque vont sans doute réveiller l'intérêt pour Nostradamus (1503-1566). Mireille Huchon tente sa biographie. Mais le bonhomme est insaisissable.

Il a entrepris des études de médecine mais il ne semble pas qu'elles se soient achevées par un doctorat. Avant son installation à Salon-de-Provence en 1547, il mène une vie itinérante, offrant ses soins, traversant les épidémies, recueillant des inscriptions, cherchant des trésors. C'est un autodidacte curieux d'un peu tout et qui flirte toujours avec les limites posées par les puissants et les inquisiteurs.

Mireille Huchon fait sa biographie mais aussi sa bibliographie, au sens matériel du mot : combien d'exemplaires imprimés, vendus, quels liens avec les libraires ?

Sachez que le livre de Nostradamus qui a connu le premier le succès, ce ne fut certes pas Les Prophéties mais, bien plus tôt, les Exquises Réceptes. Nostradamus faisant commerce de remèdes pharmaceutiques, il propose des fards et des pommades pour le visage ainsi que de recettes de confiserie et de confitures. Le cotignac aux coings, le pignolat au nougat, le massepain... Des entreprises artisanales de Provence les ont reprises aujourd'hui. Confitures et confiseries, c'est, avant la divination, la recherche d'une perpétuelle duration...

-La décennie 1550, c'est celle de l'envol des almanachs et pronostications, à un rythme annuel.

Mireille Huchon soutient qu'ils ont été vendus dans des proportions considérables. Mais les traces matérielles en manquent. Les opuscules étaient si mal imprimés qu'ils n'étaient pas conservables. Combien ont fini en cornets pour apothicaires ?

Nostradamus utilise les tables et les observations astronomiques. Avec la confection d'horoscopes personnels pour des clients importants, ces pronostications hasardeuses finissent par faire l'essentiel des ressources de notre homme. Son épitaphe indique qu'il a rapporté aux humains selon l'influence des astres les évènements à venir par-dessus tout le rond de la terre.

-Les pronostications, c'était du court terme. Les Prophéties, publiées d'abord en 1555, obtinrent beaucoup moins de succès.

Elles sont organisées en centuries elles-mêmes fragmentées en un millier de quatrains. Elles se sont beaucoup moins vendues que les pronostications et ont été de suite moquées, parodiées. Dans l'été qui suivit, Nostradamus est convié à Paris par Henri II ; son long voyage est décrit par son fils César comme un parcours triomphal, en réalité il a été convoqué pour s'expliquer sur ses avertissements alarmistes visant la royauté et les propos tenus à la cour l'ont souvent mis dans une position délicate.

-Il n'a pas prévu la mort accidentelle en tournoi, en 1559, d'Henri II qui va ouvrir une période de grands troubles : des rois-enfants, la régence de Catherine de Médicis, la première guerre de religion.

Les dangers environnent Nostradamus dans ses dernières années. On ne sait trop s'il penche du côté réformé. Son Dieu, semble-t-il, n'appartient à aucun camp. Le chancelier Michel de L'Hospital considère que ses prédictions aggravent leurs contradictions du pays. La régente Catherine de Médicis et le jeune roi Charles IX s'entretiennent cependant avec lui pendant le très long voyage de conciliation qu'ils ont entrepris à travers le pays et qui les mène à Salon mais le peste menace alors la ville. Nostradamus meurt en 1566 avant que la situation ne s'aggrave encore.

-Aggravation qui, à terme, sera favorable à sa postérité.

1588, beaucoup croient à une fin du monde. 1589, Le dernier des trois jeunes Valois est assassiné. Henri IV n'est pas proche de son but. La rumeur veut que, dans son enfance, Nostradamus aurait penché vers lui sa longue barbe blanche qu'il lissait d'une main et que le jeune prince en aurait été effrayé.

C'est la fonction de Nostradamus que de faire peur. 

Cela a pu le protéger comme l'a protégé sa prolixité. Les rapprochements inattendus qu'elle provoque produisent une obscurité à l'abri de laquelle il a pu garder de la liberté - ce souci, dans cette époque troublée l'emportant sans doute sur son désir de postérité.

Ouvrage : Mireille Huchon Nostradamus Gallimard

Contact
Thèmes associés