Une fois l'élection présidentielle passée, l'Archiviste des Etats-Unis - qui, nommé par le président et confirmé par le Sénat, est à la tête d'une autorité indépendante - vient à la Maison Blanche pour s'assurer des documents du sortant. Les archives essentielles de Trump vont être électroniques.

Le président Donald Trump en conférence avec son téléphone depuis la Maison Blanche en juin 2020
Le président Donald Trump en conférence avec son téléphone depuis la Maison Blanche en juin 2020 © AFP / ALEX WONG

-Joe Biden laisse entendre que l'attitude présente de Donald Trump provoque de l'embarras. Parmi les difficultés qui se lèvent, celle qui concerne la conservation des archives présidentielles.

La loi fédérale de 1974 doit s'appliquer

Une fois l'élection présidentielle passée, l'Archiviste des Etats-Unis - qui, nommé par le président, confirmé par le Sénat est à la tête d'une autorité indépendante -vient de suite à la Maison Blanche pour s'assurer des documents du sortant. Deux mois et demi ne sont pas de trop pour en faire un premier inventaire. Ce sont, d'après la loi, des documents de nature publique, propriétés du gouvernement fédéral. La loi qui précise : ils doivent permettre la continuité de l'administration, servir aux historiens et, chose importante, donner aux citoyens la possibilité de juger la conduite passée de leur gouvernement. Le président ne peut les détruire sans en avoir prévenu l'Archiviste des Etats-Unis et avoir obtenu son aval.

- Cette loi a été votée par le Congrès en décembre 1994, après la crise provoquée par Richard Nixon qui, pendant le Watergate, avait refusé de livrer les bandes magnétiques où il enregistrait les conversations du Bureau ovale. Nixon, après avoir dû démissionner, entendait encore distinguer entre les papiers qu'il donnait et ceux qu'il mettait seulement en dépôt. 

Est-ce à dire que les archives présidentielles étaient, jusque-là, privées ? 

Oui mais selon une organisation étatique qu'une tradition avait peu à peu imposée.

Dans un premier temps, long, les archives des présidents ont été totalement propriétés privées. La Bibliothèque du Congrès a dû ainsi acheter celles de 23 présidents sur 30.

Mais Roosevelt a pris l'initiative d'installer dans une de des propriétés, une Fondation à son nom dont les Archives Nationales ont bientôt assuré une bonne partie du fonctionnement.

La tradition qui se constitue alors et qu'assure un texte de 1955, c'est que chaque président crée une Bibliothèque à son nom, qu'il l'édifie sur des fonds qu'il a rassemblés et qu'il y installe ses archives traitées préalablement par les Archives Nationales. Après l'inauguration, celles-ci continuent d'en assurer la gestion. C'est un habile accommodement qui maintient un contrôle d'état tout en permettant à chaque président de contribuer, à ses frais, à sa gloire posthume.

Ces Bibliothèques présidentielles sont maintenant 12, coordonnées par un réseau fédéral

Le président Nixon lui-même a fini par se plier à la coutume même si sa Bibliothèque n'est devenue établissement fédéral que tardivement, en 2007.

Chaque président choisit de s'établir dans l'état de son choix. Il y dispose évidemment de menus objets : sa limousine pour Nixon, un avion de Air Force One pour Reagan.

Chacun élit son style. A Austin, Johnson a voulu démentir sa réputation de cow-boy, il a fait construire une sorte de Taj Mahal au Texas.

Généralement les anciens présidents se font enterrer sur place. Trump a néanmoins fait savoir qu'il aurait pour dernière demeure un mausolée familial dans un de ses golfs. D'ailleurs, rien ne l'oblige à faire construire une Bibliothèque, Library en anglais. Les livres qui le concernent font déjà le succès des librairies.

Les archives essentielles de Trump vont être électroniques

Mais les archivistes sont des as du numérique. Ils calculent simplement alors en giga ou terra octets et non plus en mètres linéaires. D'ailleurs, la multiplication des archives électroniques s'accompagne toujours d'une extension des archives papier.

Ce qui va être plus compliqué encore, avec Trump, c'est la conservation des papiers de ses collaborateurs. Ils ont valsé à une telle vitesse pendant ce mandat ! Eux aussi sont contraints, en principe, à un versement obligatoire sans lequel une appréciation de ces quatre années sera encore plus difficile.

Bolton, par exemple, a vendu dès la première semaine 800.000 exemplaires de son livre où il expliquait que Trump avait eu tort puisqu'il n'avait pas suivi ses conseils. On aimera aussi savoir quels conseils il lui donna réellement.

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