Le 8 avril l'Assemblée consacrait le principe de la diversité linguistique en adoptant une proposition de loi d'un député breton, Paul Molac, qui veut donner aux langues régionales une plus grande place dans l'espace public, signalisation routière, inscription dans l'état civil des signes diacritiques et enseignement.

Manifestation pour la reconnaissance de la langue bretonne le 5 décembre 1998 à Quimper
Manifestation pour la reconnaissance de la langue bretonne le 5 décembre 1998 à Quimper © Getty / Alain LE BOT

-Ce 8 avril, alors que France Inter consacrait une journée à la biodiversité, l'Assemblée nationale, elle, consacrait le principe de la diversité linguistique. Elle adoptait, par 247 voix contre 76, une proposition de loi d'un député breton Paul Molac, qui veut donner aux langues régionales une plus grande place dans l'espace public et dans l'enseignement.

La dernière loi générale sur le sujet date de... 1951. A l'époque, la transmission des langues régionales passait essentiellement par le cadre familial. Maurice Deixonne, pour la première fois, offrait à quatre d'entre elles la possibilité d'être enseignées dans les écoles. Si celles-ci le voulaient bien. Peu à peu, cet enseignement facultatif a pris forme avec des horaires, des programmes, des examens, des formations pour les professeurs. Davantage de langues ont été concernées. L'enseignement immersif en langues régionales a été introduit par des établissements associatifs qui furent admis à passer contrat avec le système public, via le truchement de conventions Etat-régions.

Le ministère de l'Education Nationale répète qu'il a fait beaucoup et que son seul tort est ne pas le faire assez savoir.

En réalité, peu de locataires de la rue de Grenelle ont manifesté de l'appétit pour la question. Nommons tout de même Jack Lang ou François Bayrou.

-François Bayrou a souvent dit qu'il avait rarement senti autant de passions hostiles que sur cette question.

Les jacobins intransigeants - Jean-Luc Mélenchon qui se range parmi eux remarque que c'est un pléonasme - n'ont que faire des langues non étatiques dans le pays de l'état-nation. Les esprits modernistes expliquent, eux, que le seul combat qui vaille est celui du français face à l’anglais.

La conjonction des uns et des autres a abouti en 1992 à l'introduction dans la Constitution d'un article 2 qui désigne le français comme langue de la République.

Ensuite, en 1994, Jacques Toubon a fait voter une loi qui affirme le droit de chacun d'entre nous de disposer de toutes les informations utiles en français. On fait aisément le bilan de cette loi All Good -Tout Bon - en lisant aujourd'hui les enseignes dans nos rues, en comptant les ours universitaires disposés en anglais...

-Vous-même vous avez intitulé votre émission du samedi Intelligence Service.

Et personne ne m'en a empêché. En revanche, l'article 2 introduit dans la Constitution en 92 a rendu impossible l'adoption par la France de la Charte du Conseil de l'Europe qui tente de protéger les langues minoritaires.

Et ce en 1999 et en 2014-2015. Sous Lionel Jospin premier ministre. Sous François Hollande président. Christiane Taubira, alors Garde des Sceaux, avait expliqué à la tribune qu'amour nous venait des troubadours provençaux, et cadet de l'occitan gascon... Elle avait ajouté que cohue venait du breton. Et ce fut en effet à chaque fois une belle cohue d'opposants. Mais pourquoi, demandait-on, ce qui s'obtient si facilement en Europe est impossible en France ? "C'est parce que nous sommes nous", répondait farouchement Jean-Luc Mélenchon.

-Les gouvernements ne se hasardent plus sur la question. Les défenseurs des langues régionales passent donc par des propositions de loi.

Signées les unes après les autres par des parlementaires qui doivent faire tenir la discussion dans une niche de l'ordre du jour et obtenir une réaction en tout point semblable des deux Chambres. Paul Molac, élu du Morbihan, s'y est repris à deux fois mais il vient de réussir ce prodige.

La consigne du groupe LREM était de voter contre mais, attention, la nuance est d'importance, ce n'est pas Emmanuel Macron qui l'avait donnée. Le texte, adopté largement, comporte un premier volet concernant l'espace public : la signalisation routière, l'inscription dans l'état civil des signes diacritiques- le fameux tilde de Fanch. Le second touche l'enseignement. Si dans une commune l'enseignement de la langue régionale ne se fait pas dans le système public, obligation lui est faite de contribuer financièrement à la scolarisation des enfants qui vont fréquenter l'école privée sous contrat qui prodigue un enseignement bilingue -Diwan, Iskatola etc.

Ce n'est pas un mince résultat qui va sans doute déboucher sur une question de constitutionnalité. L'article 2 de 1992 est-il ébréché ? Et le principe d'égalité ?

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