Le Bel Espoir c’était un bateau-école. Un trois-mats-goélette en bois de chêne qui fut classé monument historique et qui appartenait à une association, les Jeudi-Dimanche, animée par un jésuite de fer, le Père Jaouen. Il n'avait pas voulu enseigner dans les collèges bourgeois, il préférait la religion du mélange.

Un des mâts du navire "Bel Espoir" en 2020
Un des mâts du navire "Bel Espoir" en 2020 © AFP / Fred TANNEAU

En ce moment se déroule le Vendée Globe… l'occasion de parler des trois-mâts goélette (c’est plus historique !)

Eh oui, le vendredi, l’oncle Jean raconte ses souvenirs. J’ai déjà dit que j’emmenais mes élèves un peu dans toutes les directions. Eh bien, pendant les vacances de février, c’était bateau-école. Un trois-mats-goélette en bois de chêne qui fut classé monument historique, en effet, et qui appartenait à une association, les Jeudi-Dimanche, animée par un jésuite de fer, le Père Jaouen.

Il n'avait pas voulu enseigner dans les collèges bourgeois, il préférait la religion du mélange, dit « Libération » cette semaine dans un article consacré à l’association. Il aimait accompagner des jeunes en rade qu’il emmenait en mer. Souvent avec des coups de pied au cul : ses manières étaient assez directes. II avait acheté pour presque rien "Le Bel Espoir", un vieux bateau de transport de la Baltique, de trente mètres de coque ; le patron du BHV lui avait donné un autre trois-mâts, à l'origine son yacht, le Rara Avis. 

Jaouen avait une consigne à bord : 

"Ici, ni flics ni psys, démerdez-vous pour être enfin heureux". 

Et quand ils n'avaient rien de mieux à faire, les deux bateaux accueillaient des groupes de passagers, à condition qu'ils participent aux manœuvres comme aux corvées. C'est ainsi que mes élèves du lycée Paul-Eluard partaient sur le Bel Espoir. Je ne disais pas nécessairement aux parents quelle était la vocation du bateau.

Marie-Pier a envoyé un courrier pour vous rappeler une expédition sur ce bateau-école qui l'a amenée à rencontrer Tabarly à la fin du Triangle de l'Atlantique

"Mon père", dit-elle, "avait accepté mon départ parce que nous allions vers les îles anglo-normandes, il ne souhaitait pas que j'arrive en Angleterre". Je ne sais pas pourquoi.

"A peine arrivée à bord, après avoir choisi mon hamac, j'ai pris mon premier quart". Les élèves aimaient apprendre à manier la barre et à naviguer au compas. Ils étaient mieux à la passerelle  que dans les cabines qui n'étaient pas précisément sèches, éclairées et ventilées.

La première journée de Marie-Pier commençait à peine que le capitaine lâchait : "Changement de programme, les gars!". Le capitaine du Bel Espoir était lui aussi en vacances : il venait commander pendant ses congés quand l'envie l'en prenait. Comme la plupart des membres de l'équipage, il avait navigué avec Tabarly. Et il venait d'apprendre que le  Pen Duick VI approchait de Portsmouth. Il était en train de gagner le Triangle de l'Atlantique, parti de Saint-Malo et ayant passé Rio. Tout était dit. Cap sur Portsmouth pour l'accueillir. On ne demanda pas son avis au prof. Et dire que le père de Marie-Pier ne voulait pas que sa fille aborde l'Angleterre.

Nous sommes au temps des compétitions pionnières, en 1975. Les Anglais ne font même pas fête à Tabarly quand il arrive.

"Que des jaloux", a dû dire le père de Marie-Pier. Oui mais le Bel Espoir est déjà à quai à Portsmouth. Et voilà que l'équipage de Tabarly vient le rejoindre. Le Bel Espoir, c'est une légende dans le milieu maritime. Sont-ils 14 comme le disent les registres du Triangle de l'Atlantique ? Il devait y avoir Eric Loizeau, Pierre Lenormand, Philippe Poupon. Marie-Pier prépare avec le capitaine la plus grosse omelette qu'il lui ait jamais été donné de servir. Le carré du Bel Espoir parvient difficilement à contenir tout ce monde. "Un des meilleurs souvenirs de toute ma vie", dit Marie-Pier.

Sur ce même Pen Duick VI, un peu réaménagé, Tabarly partira seul pour gagner la Transat 76

Et nous, nous sommes rentrés au bercail. Non sans essuyer un sérieux coup de vent. Marie-Pier : "Plus personne ne voulait dormir dans les cabines, trop peur d'être malades. L'un de nous a sifflé une bouteille entière de whisky pour tenir. Un marin m'a rattrapée par le col de  mon anorak alors que je glissais vers l'eau". Si son père avait su ça ! Il faut dire que le Bel Espoir passait assez bien la mer mais il roulait énormément.

Déclaré impropre à la navigation, il a fini par se coucher sur le flanc en 2017 après un orage intense. Irréparable. L'association des Jeudi-Dimanche accueille toujours des stagiaires sur le Rara Avis, que nous avons emprunté aussi. Elle construit actuellement une réplique de son premier bateau-école, mais en acier. Après le premier confinement, le chantier avait repris au Moulin de l'Enfer près de Lannilis.

Ah, si un peu de l'argent qui va au Vendée Globe pouvait glisser vers notre cher Bel Espoir...

► Le site de l'Association des Amis de Jeudi-Dimanche

A la proue du "Bel Espoir"
A la proue du "Bel Espoir" © AFP / Angélique & Guy Bescond / Biosphoto / Biosphoto
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