Marthe Robin est une modeste paysanne de Châteauneuf-de-Galaure, dans la Drôme. Une maladie insidieuse l'a clouée au lit dès 1919. Elle serait devenue paralysée en 1929, stigmatisée en 1931, aveugle en 1936 et survécu jusqu'en 1981 ne se nourrissant que de l'hostie de l'eucharistie.

Marthe Robin, religieuse fondatrice des Foyers de Charités à Châteauneuf-de-Galaure
Marthe Robin, religieuse fondatrice des Foyers de Charités à Châteauneuf-de-Galaure © Getty / Keystone-France

-Dans la crise que connaît l'Eglise, les figures de sainteté auxquelles elle est attachée et qu'elle présente comme autant d'exemples ne sont pas épargnées.

Et, parmi elles, les plus vulnérables au travail de sape de la critique rationnelle sont évidemment celles qui sont le plus marquées par l'extraordinaire. Les stigmatisés en sont un bon exemple. Ils disent vivre la répétition de la Passion du Christ dans leur propre corps qui en ressentirait les traces aux mains, aux pieds, au flanc, parfois sur les épaules. L'Eglise recommande la discrétion à ceux qui sont ainsi marqués, au motif qu'ils pourraient relever de la psychopathologie.

Discrétion que n'a pas observée le plus célèbre des stigmatisés du XXème, le Padre Pio, au départ un petit capucin de rien du tout dans le Mezzogiorno et dont le culte est devenu si important que s'élèvent maintenant dans son village des Pouilles un immense hôpital et une basilique construite par Renzo Piano soi-même.

Un chercheur italien, Sergio Luzzatto, a consacré un formidable livre à l'histoire politique de l’entourage du Padre. Dans la première période, fascisme à tous les étages puis basculement dans la démocratie chrétienne : le cycliste Bartali, résistant, Juste parmi les Nations, attendait du Padre des miracles pour son vélo mais le Padre était tout occupé à convertir des communistes.

Le livre, ravageur, de Luzzatto est paru à contretemps. La canonisation par Jean-Paul II avait déjà eu lieu. Il n'y aurait de toute façon rien changé. L'opinion ne réagissait pas comme aujourd’hui. En 2013 encore, la traduction en français a été entourée d'un grand silence.

-Ce ne serait peut-être plus le cas en 2020. Aujourd'hui, la parution d'un livre sur un autre cas de stigmatisation, provoque l'attention.

Marthe Robin, car c'est d'elle qu'il s'agit, est une modeste paysanne de Châteauneuf-de-Galaure, dans la Drôme. Une maladie insidieuse l'a clouée au lit dès 1919. Elle serait devenue paralysée en 1929, stigmatisée en 1931, aveugle en 1936. Elle a survécu jusqu'en 1981 mais par miracle, ne se nourrissant que de l'hostie de l'eucharistie. Néanmoins, on rayonnement fut tel que dans l'obscurité de sa chambre, elle reçut quelque cent mille visites sur lesquelles veillait son directeur de conscience, le Père Finet, avec qui elle fonda un réseau de Foyers de charité - près de 80 établissements dans le monde aujourd'hui.

Les stigmatisations ne constituent pas nécessairement un avantage pour la béatification. Au contraire. Celle de Marthe, comme les autres, fait l'objet d'une longue enquête. Un carme spécialiste de la mystique et de la critique des textes y est intervenu en 1988. Pendant trente ans, le Père Conrad De Meester va remettre sur le métier un texte critique qu'il laissera à sa mort bancal et inachevé mais que son ordre et les éditions du Cerf ont choisi de publier. Au nom de la vérité, est-il dit - et d'autres intérêts peut-être aussi.

-le titre est sans ambages : La fraude mystique de Marthe Robin.

Pour le bon Père, pas si bon que cela, trop tôt disparu en tout cas, Marthe est une enfant naturelle à la recherche de reconnaissance. Intelligente, dotée d'une mémoire prodigieuse, elle aurait passé une part de sa vie à recycler tous les écrits mystiques qui lui sont tombés sous la main. Car elle n'est pas si aveugle que cela. Quant à sa main qu'on dit seulement capable d'égrener son chapelet, elle sait encore écrire et recopier les textes des grands mystiques. Écrire.

Le bon Père qui ne pourra mener son enquête obsessionnelle jusqu'au bout en a dévoilé quelques résultats au prédécesseur à Lyon du cardinal Barbarin. Dans une des scènes les plus étonnantes du livre, on voit le cardinal Decourtray, à genoux au pied de sa grande bibliothèque, y cherchant, en maugréant contre son secrétaire qui y a mis du désordre, un texte de Marthe Robin qui l'avait impressionné. Il le trouve finalement. De Meester lui prouve que c'est un plagiat. Et alors le cardinal : répond ceci "J'en reste pantois." Et il conclut : "Je me confie à la Providence".

Quand il a eu connaissance des faits et gestes de certains de ses prêtres, le cardinal Decourtray a réagi de la même façon. Visiblement, cela n'a pas suffi.

Le Père Finet, directeur spirituel de Marthe Robin, décédé en 1991, est maintenant déclaré indésirable par les Foyers de charité qu'il a fondés- pour comportements... inappropriés. L'ancien postulateur de sa cause de béatification a été mis à l'écart pour les mêmes raisons.

Dans l'Eglise catholique, chaque difficulté s'embrouille avec une autre. La crise est vraiment devenue systémique.

Ouvrage : Conrad de Meester La fraude mystique de Marthe Robin Editions du Cerf

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