Les élus de la Commune ne veulent pas usurper une légitimité nationale qu'ils n'ont pas. Ils siègent donc dans une salle municipale de l'Hôtel de Ville. A l'issue du premier scrutin qui a lieu le 26 mars 1871, dix jours après l'insurrection, ils sont 86 élus. Sur 475.000 inscrits, 230.000 parisiens avaient voté.

Proclamation de la Commune à l'Hôtel de Ville de Paris après les élections municipales du 26 mars 1871
Proclamation de la Commune à l'Hôtel de Ville de Paris après les élections municipales du 26 mars 1871 © Getty / DEA PICTURE LIBRARY

-Nous voilà mi-avril 1871. La Commune entre dans sa quatrième semaine. Le cœur battant en est l'Hôtel de Ville.

Les élus de la Commune ne veulent pas usurper une légitimité nationale qu'ils n'ont pas. Ils siègent dans une salle municipale. La pièce manquant de dégagements et les dangers extérieurs s'avérant pressants, leurs débats se déroulent à huis clos. Les mécontents qui ne peuvent accéder aux séances ont vite fait de soupçonner beaucoup de secrets qu'abriteraient les couloirs, les escaliers voire les souterrains du bâtiment qui est effectivement labyrinthique.

-Combien sont les élus ?

A l'issue du premier scrutin qui a lieu le 26 mars, dix jours après l'insurrection, 86.

Mais ils ne sont jamais aussi nombreux à siéger. Blanqui, en qui Marx aurait bien vu le chef naturel du mouvement, est enfermé dans le Lot. D'autres meurent vite : Flourens pendant la marche ratée sur Versailles le 4 avril. D'autres ont démissionné de suite : les partisans des maires qui avaient été élus précédemment aux municipales de janvier. Nombre d'élus siègent peu : Descamps, simple employé d'un marchand de vins, explique qu'il n'a pas assez d'instruction pour "faire, je le cite, gouvernement."

Bref, en cette quatrième semaine, il manque à peu près le tiers de la Commune.

-Elle détient tout de même une légitimité.

Sur 475.000 inscrits, 230.000 parisiens avaient voté le 26 mars. Entre un tiers et la moitié de la population s'était auparavant... absentée. Les partisans de la Commune avaient recueilli 190.000 voix- près de 100 % dans Le XXème qui est resté un haut lieu du souvenir communard. Les "Amis de l'ordre", c'est le nom qu'ils se donnaient, avaient bien manifesté assez nombreux le 21 mars pour défendre l'Assemblée qui commençait à siéger à Versailles. Ils avaient récidivé le lendemain mais la Garde Nationale les avait refoulés violemment : plusieurs morts. Ils ne s'avisèrent plus de donner leur sentiment collectivement, glissèrent 40.000 bulletins anti-communards dans l'urne et attendirent en lisant leurs journaux qui non sans difficulté purent grosso modo continuer à paraître.

-La Garde nationale incarne-t-elle une autre légitimité face aux élus de la Commune.

Elle a son café juste en face de l'Hôtel de Ville ! Le comité central de la Garde a exercé de fait le pouvoir au lendemain du 18 mars, il ne s'est pas dissous après le scrutin du 27. Il siège dans un bâtiment national, le ministère de la Guerre.

Les opérations militaires de la Commune s'en trouveront fragilisées, à commencer par la tentative, désastreuse, de marche sur Versailles. Qui commandait ? Les élus, de loin ? Les généraux de rencontre, sur le terrain ? Si Karl Marx se plaint de l'absence de Blanqui, Jean-Pierre Chevènement regrette l'hostilité que les communards ont marqué à Rossel, un officier passé de leur côté mais qui ne supportait pas le comportement indiscipliné des bataillons de la Garde Nationale habitués à élire leurs chefs.

-L'échec de la marche sur Versailles a au début d'avril blessé le rêve. La deuxième fracture intervient avec les élections complémentaires du 16 avril.

Les oppositions silencieuses ont boudé le scrutin. Les catholiques... Les jeunes gens qui refusent de se faire enrôler dans les bataillons destinés à lutter contre Versailles... Et, parmi eux, les étudiants, les lions du Quartier Latin qui avaient été pourtant à la pointe du combat contre le Second Empire.

Les élus communards sont mal élus. Trois d'entre eux vont refuser de siéger car désignés par un huitième seulement des inscrits.

La pratique intensive, quotidienne de la démocratie par le bas use mécaniquement le taux de participation aux élections. C'est une loi qu'il faut garder présente à l'esprit. Surtout en temps de crise.

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