Le 9 août 1974, l'hélicoptère présidentiel stationne sur la pelouse de la Maison Blanche que Nixon doit quitter en catastrophe. Le cambriolage du Watergate, le siège de ses opposants démocrates pendant sa campagne de 1972, et son refus de laisser la vérité avaient fini par lui coûter son poste.

Le président Nixon quittant en hélicoptère la Maison Blanche le 9 août 1974
Le président Nixon quittant en hélicoptère la Maison Blanche le 9 août 1974 © Getty / Bettmann

-Août 1974, l'hélicoptère présidentiel stationne sur la pelouse de la Maison Blanche que Nixon doit quitter en catastrophe. Le cambriolage du Watergate, le siège de ses opposants démocrates pendant sa campagne de 1972, et son refus de laisser la vérité avaient fini par lui coûter son poste. Il dirait plus tard que le Watergate ne ferait l'objet que d'une note dans les livres d'histoire. C'était oublier que chaque transition difficile à la Maison Blanche - ainsi celle d'aujourd'hui - réveillerait le souvenir.

Observez que la comparaison de Nixon et de Trump trouve vite ses limites. L'un et l'autre se sont montrés prêts à couvrir des irrégularités, Mais l'entourage et le Parti Républicain de l'époque Nixon, bien différents de ceux d'aujourd'hui, ne l'encourageaient pas à en commettre d'autres. Le secrétaire à la Défense, craignant qu'il ne songe à recourir à l'armée, avait indiqué aux généraux que les ordres présidentiels devaient dorénavant être co-signés par lui. Surtout, Nixon croyait qu'il y avait au-dessus de lui, une instance supérieure qu'on nommera tour à tour la patrie ou bien Dieu. Avant de démissionner, il força son secrétaire d'état Kissinger à s'agenouiller à ses côtés et à prier ! Il n'était pas soumis à la seule jouissance de son pouvoir.

-Les deux hommes ont ou vont risquer gros après leur départ.

-En septembre 1974, le procès du Watergate se prépare activement. A peine revenu dans sa propriété de Californie, Nixon reçoit deux citations à comparaitre.

A New York, les voisins le jugent indésirable. Des caricatures, comme pour Trump aujourd'hui, circulent qui le représentent en tenue de bagnard. L'état de Californie lui impose un redressement fiscal tandis que le Congrès - démocrate - diminue de trois quarts sa retraite d'ancien président. Il va être noyé sous les honoraires d'avocat.

Une phlébite se déclare puis une un début de thrombose. En octobre, à l'hôpital, il frôle la mort.

-Le salut vient de son successeur qui lui accorde don pardon.

Gerald Ford que Nixon avait fait nommer vice-président lui doit beaucoup. Il sait qu'il va beaucoup gagner en... impopularité en graciant Nixon. Il le fait néanmoins. Il protège ainsi son prédécesseur de toute poursuite de niveau fédéral pour crimes contre les Etats-Unis. 

-Cette question de la grâce revient au jour à chaque transition et particulièrement cette année.

Le président a en effet le pouvoir de commuter et d'alléger les peines prononcées ou même d'effacer les chefs d'accusation.

Carter a accordé une amnistie générale aux personnes qui s'étaient soustraites à la conscription pendant la guerre du Vietnam, commençant ainsi à devenir le meilleur ex-président que les Etats-Unis aient connu- titre que personne ne lui conteste tant il mène une vie vertueuse en Géorgie.

Clinton, lui, plus pragmatique, a gracié son demi-frère et un financier en fuite dont l'épouse deviendra ensuite la plus grande contributrice de sa bibliothèque présidentielle.

Trump a déjà gracié le 25 novembre son ancien conseiller Flynn, enlisé dans un méandre de l'ingérence russe dans la campagne de 2016 : "Félicitations au général Flynn et à sa formidable famille, a-t-il tweeté, vous allez passer un Thanksgiving vraiment fantastique." En revanche le président a fait reprendre les exécutions fédérales : il en espère encore cinq d'ici la fin de son mandat, histoire d'affirmer son image de champion de l'ordre.

-Une possibilité existerait qui nous étonne : le président pourrait se gracier lui-même.

Je vous répondrai par un antique précepte qui s'énonce d'une manière parfaitement claire en latin : "Nemo judex in causa sua".

-Nul ne peut être juge de sa propre cause.

Cela paraît évident. Néanmoins les Etats-Unis n'ont pas encore fait l'expérience d'une tentative présidentielle d'auto-amnistie. On ne sait jamais En 1974, Nixon y a évidemment pensé mais son ministre de la Justice a fait alors savoir que c'était impossible. Les républicains n'étaient pas ce qu'ils sont devenus. Aujourd'hui, certains spécialistes du droit prétendent que cela pourrait se défendre. Trump a mentionné l'hypothèse l'été dernier.

Nixon a eu raison de préférer attendre le pardon de Gerald Ford. Certes, ce pardon ne couvrait pas ses démêlés avec le fisc ; n'ayant pas constitué comme Trump un trésor de guerre pour financer ses avocats, il se retrouva à sec mais avec la rédaction de ses mémoires et quelques interviews formidablement rémunérées, il a retrouvé le chemin de l'aisance. En outre, il avait un beau bilan international à défendre. La Chine l'invitait et le protégeait. Il a fini par retrouver un rôle de sage et sa mort en 1994, vingt ans après sa chute, fut l'objet d'un deuil national.

Ouvrage : Georges Ayache La chute de Nixon Perrin

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