Israël tel qu'il a été créé par des socialistes, se fondait sur un principe de solidarité entre travailleurs. Aujourd'hui la moitié des jeunes israéliens s'arrangerait pour échapper au service militaire et seuls 41% choisiraient l'enseignement public, la majorité se dirigeant donc vers l'enseignement privé ou religieux

Shimon Perez, Yitzhak Rabin et Yigal Allon, du Parti travailliste israélien, lors de la rentrée parlementaire israélienne à la Knesset en mai 1977
Shimon Perez, Yitzhak Rabin et Yigal Allon, du Parti travailliste israélien, lors de la rentrée parlementaire israélienne à la Knesset en mai 1977 © Getty / William Karel

-Israël dit son Premier ministres est face à deux fronts, extérieur et intérieur. Sur celui-ci, il n'est pas gêné par la gauche sioniste qui tint si longtemps. L'effet d'une droitisation de l'opinion commune à quasi tous les pays occidentaux.

On répète qu'Israël tel qu'il a été créé par des socialistes, se fondait sur un principe de solidarité entre travailleurs.

Mais c'est le Parti travailliste qui se targuait d'incarner cet idéal qui a lui-même donné le branle à une nouvelle politique économique dont Reagan et Thatcher présentaient alors la formule magique aux occidentaux ; bien avant que Netanyahou n'accède au pouvoir, Shimon Peres recommandait de rendre plus attractifs les investissements qui, en effet, se sont multipliés au point de faire de l'ancien pays des kibboutzim la nation start up par excellence.

Le journaliste Thomas Vescovi s'interroge dans un livre sur l'échec de l'utopie des gauches israéliennes. Il livre deux chiffres qui témoigne d'une rupture avec le collectif. La moitié des jeunes israéliens s'arrangerait pour échapper au service militaire. Devenus parents, seuls 41% choisiraient l'enseignement public, la majorité se dirigeant donc vers l'enseignement privé et l'enseignement religieux.

La seconde rupture dans l'opinion se situe d'ailleurs là : les partis religieux auparavant marginalisés, sont devenus des forces dont les coalitions de gouvernement ne peuvent se passer.

Sur ce point, l'évolution d'Israël se différencie de celle des pays occidentaux. Il est vrai que c'est un pays beaucoup plus oriental qu'on ne le croit ici.

-L'hégémonie culturelle de la gauche n'était pas encore démantelée dans les années 90.

Et il y eut assez d'initiatives venues de la société israélienne qui plaidaient l'ouverture d'un dialogue avec les Palestiniens pour que les accords d'Oslo deviennent possibles. En 1993, le travailliste Rabin reconnait l'OLP comme représentative des Palestiniens tandis qu'Arafat reconnait l'état d'Israël.

Mais c'est la même année que le Hamas, organisation islamiste dissidente, commence ses premières opérations visant le sol israélien. En avril 94, elle commet son premier attentat-suicide. L'année suivante, Rabin est assassiné.

Peres qui lui succède ne veut pas se montrer ferme seulement face aux extrémistes juifs responsables de ce crime. Il fait tuer un chef du Djihad palestinien. Ce qui suit annonce les évènements d'aujourd'hui. Le Hezbollah tire au Nord d'Israël des centaines de roquettes. Le Hamas multiplie les attentats, faisant de son côté 60 morts. Quinze jours durant, les avions israéliens décollent, multipliant les bombardements non sans bavures.

Peres ne semble plus assurer la sécurité. Il est battu en 1996 par Netanyahou qui fait ses premiers pas de Premier ministre. On ne compte plus depuis les années où il a exercé cette fonction à la tête de coalitions généralement de plus en plus droitières.

-Thomas Vescovi défend une théorie classique : au sionisme originel succède un néosionisme.

C'est une alliance entre une droite nationaliste, pro colonisation, et sécuritaire, et des milieux religieux, les orientaux, mizrahim - on peut aussi reprendre le mot de séfarades - et les ultraorthodoxes.

La seconde intifada qui débute en 2000 fait que les Israéliens regardent les Palestiniens comme les pratiquants d'un double langage. Après le 13 septembre 2001 l'hostilité aux Palestiniens se double d'une méfiance grandissante devant les musulmans en général. Avec la construction d'un mur par Sharon, les Israéliens constatent une baisse des attentats suicides. Thomas Vescovi parle tour à tour d'une clôture de l'esprit ou d'un consensus. Le camp de la paix est à terre. Les Israéliens tournent le dos aux Palestiniens qui s'effacent des médias à grande audience. En même temps que la perspective d'un vrai état palestinien s'éloigne, celle de l'annexion de la Cisjordanie signifie l'entrée de deux millions d'Arabes de plus dans le giron israélien. Netanyahou fait voter en 2018 la loi qui affirme Israël comme l'Etat du peuple juif. - et lui seul.

-Si la droite dicte son agenda et exerce son hégémonie, la faute en incombe aussi aux gauches selon Thomas Vescovi.

Dans les comportements et la sociologie de ces gauches, voilà qu'on retrouve des traits communs à tous les pays... occidentaux.

Les membres de ces gauches parlent comme des privilégiés de la capitale qu'ils sont trop souvent. Ils ne savent pas ce que sont les juifs modestes qui le leur rendent bien. Sont-ils allés dans les villes proches de la bande de Gaza qui reçoivent présentement les roquettes ? Et savent-ils ce que c'est de vivre en palestinien sous blocus. D'ailleurs, combien d'entre eux parlent-ils arabe ?

De l'autre côté, on a vu lors du dernier scrutin à la Knesset les électeurs arabes se désintéresser de la campagne et écouter les appels au boycott.

Et pourtant, soutient Thomas Vescovi, la seule alternative à la droitisation continue serait le rapprochement des partis arabes et d'une fraction suffisante ces gauches qui, reconnaissant la situation coloniale, se débarrasserait du fardeau d'un sionisme devenu trop lourd à porter.

Voire...

Ouvrage : Thomas Vescovi L'échec d'une utopie. Une histoire des gauches en Israël La Découverte

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