L'Eglise qui enseigne que la guerre relève de la chair mais la paix de l'esprit, a réussi à imposer un code aux jeunes affamés. Certains lieux qui sont comme protégés : les sanctuaires, les gués, les routes. La guerre est en principe interdite certains jours, pas le mercredi mais le jeudi parfois, le vendredi souvent.

Chevaliers partant pour la deuxième croisade - Fresque de la commanderie hospitalière de Cressac
Chevaliers partant pour la deuxième croisade - Fresque de la commanderie hospitalière de Cressac © Getty / Photo Josse/Leemage

À la question que nous nous posions "Qu'est-ce qu'avoir 20 ans en 2020?" nous avons choisi de répondre depuis Poitiers. Nous nous télétransportons 900 ans plus tôt, pourquoi pas ? Mais est-il nécessaire là aussi de passer par Poitiers ?

Si vous avez le temps d'aller jusqu'à la rue de la Chaîne et de franchir la porte cochère de l'hôtel Berthelot, vous trouverez la réponse au Centre d'études supérieures de civilisation médiévale que dirige le catalan Martin Aurell, grand spécialiste de la chevalerie. Une cinquantaine de chercheurs, une quarantaine de doctorants, une bibliothèque de 50000 volumes, d'innombrables programmes d'enquête qui tiennent ensemble grâce à une clé de voûte : l'imaginaire, envisagé depuis tous les points de vue - la littérature en ancien français et en moyen anglais comme les peintures murales mais aussi bien la liturgie en action, la chanson, les tournois...

Dans l'imaginaire des jeunes de 20 ans au Moyen Age, prévalait le tournoi

Du moins quand ils étaient suffisamment bien nés pour être confiés à un seigneur qui les prenait en charge. Hildegarde de Bingen, si à la mode aujourd'hui, expliquait froidement qu'on ne met pas ensemble dans le même troupeau les bœufs, les ânes, les moutons, sans distinction. Des années-lumière séparaient le jeune vilain, frustre, suant et puant du chevalier- ce qui ne veut pas dire que les exercices de formation de celui-ci étaient tous très raffinés. Il était rare qu'il apprenne à lire et à écrire. Il lui était plutôt enseigné la vie en meute. A intervalles réguliers, les juvenes sortaient de leur château pour en attaquer un autre ou pour participer, en effet, à des tournois qui étaient pour eux le seul moment où ils pouvaient s'enrichir au même rythme que les marchands.

L'adoubement, précédé d'une nuit de veille et d'un examen de conscience, lavait ensuite le jeune homme de ses impuretés. Il fut codifié au début du XIIème comme le mariage qui devint un sacrement. Le chevalier attendait avec impatience ce moment de l'établissement : enfin une femme, trouvée par son seigneur, et peut-être le douaire qui allait avec. Autant dire que le mariage n'avait rien à faire avec l'amour.

L'adoubement codifié, le mariage qui commence à laisser un vaste champ à l'amour courtois

Guillaume le Troubadour, comte de Poitiers est peut-être le premier poète en langue occitane. L'amour courtois, d'ailleurs, n'a peut-être jamais existé que dans la littérature. 

Les années 1120, dernières années de son règne, c'est aussi une période de grâce pour d'autres raisons, bien concrètes, elles.

L'Eglise qui enseigne que la guerre relève de la chair mais la paix de l'esprit, a réussi à imposer un code aux jeunes affamés. Certains lieux qui sont comme protégés : les sanctuaires, les gués, les routes. La guerre est en principe interdite certains jours, pas le mercredi mais le jeudi parfois, le vendredi souvent. Les chevaliers paraissent domptés. Encore un peu et ils entreraient au monastère. En 1115, Bernard entraîne ainsi un groupe de ses compagnons à Clairvaux...

À dire le vrai, si une paix relative peut être espérée ici, c'est que la guerre- sainte- a été décrétée à l'extérieur. La première croisade est prêchée en 1095. Les plus hauts seigneurs-chacun avec son ost - y participent qui entrainent leurs vassaux. Les chevaliers suivent quand ils ne précèdent pas : la trop grande sécurité qui s'est établie de ce côté-ci de la Méditerranée les rend disponibles.

Avec la constitution du royaume chrétien de Godefroy de Bouillon en 1099, ils ont eu l'occasion rêvée de s'affirmer. Avoir vingt ans à Jérusalem en 1120, c'est tenir la meilleure part.

Bon, les moyens employés à cette fin étaient des méthodes de bouchers : les chroniqueurs parlent de la face forcenée des cavaliers abattant leurs adversaires comme des bêtes.

Mais vingt ans plus tard, la fréquentation des Lieux saints a lavé des âmes et après tout, l'esprit chevaleresque, quand on a vingt ans, ce n'est pas un métier à temps complet...

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