On sait que le ski sportif s'est distingué peu à peu de l'alpinisme. Ce dernier avait besoin de refuges, le ski de stations. Il y en avait des dizaines en France avant 1914 mais nées spontanément de la demande des premiers amateurs qui voulaient se rassembler pour des jeux communs ou pour les premières courses.

Visite du sous-secrétaire d'Etat aux Loisirs et aux Sports Léo Lagrange dans la station de ski de Saint-Gervais-les-Bains le 4 janvier 1937
Visite du sous-secrétaire d'Etat aux Loisirs et aux Sports Léo Lagrange dans la station de ski de Saint-Gervais-les-Bains le 4 janvier 1937 © Getty / Keystone-France

-Les stations de ski ne sont pas fermées mais les remontées mécaniques le sont. Elles espéraient que la date du 7 janvier leur ouvre de nouvelles pistes.

Il faut toujours suivre sa pente mais en la remontant, c'était la devise de l'écrivain André Gide. Nombre de moniteurs qui ont repris le travail dans les stations pendant les vacances de Noël ont, littéralement, aidé les autres à remonter la pente. Sans le secours d'équipements mécaniques, comme on le faisait à l'origine des stations.

On sait que le ski sportif s'est distingué peu à peu de l'alpinisme. L'alpinisme avait besoin de refuges, le ski de stations. Il y en avait déjà des dizaines en France avant la Grande Guerre mais nées spontanément de la demande des premiers amateurs qui voulaient se rassembler pour des jeux communs ou pour les premières courses. Ces esquisses de stations étaient généralement situées le plus près possible des villes. Exemple : Le Sappey en Chartreuse.

Les téléskis et les téléphériques sont venus plus tard, dans les années 30. Grâce à la transposition de techniques déjà utilisées en montagne pour le transport des minerais ou du bois. Exemple, un des premiers téléskis est implanté par Charles Rossat, qui exploite le bois en Chartreuse. Quatre poteaux équarris à la hache, un moteur qui entraîne une courroie, un employé en bas, une cordelette et une griffe qu'il accroche et, en piste, Simone : en haut, un autre employé décroche la griffe.

Les funiculaires et les téléphériques sont l'œuvre de plus gros investisseurs. La station de Megève qui nait à cette époque est le produit de l'imagination féconde des Rothschild; elle se dote d'un téléphérique en 1934.

Les premiers opérateurs de la montagne commencent à comprendre qu'il faut s'organiser. En 1938, les téléphériques forment un syndicat dont le sigle copie celui de la SNCF, créée la même année : SNTF, Syndicat national des téléphériques de France. L'aïeul de Domaine Skiable de France dont on entend beaucoup la voix ces temps-ci.

-J'imagine que la Deuxième Guerre va geler l'équipement de la montagne.

C'est ce que la vulgate diffusée par Domaine Skiable de France répète. Il aurait eu avant-guerre des stations de première génération caractérisées par un développement spontané à partir d'initiatives locales - on a vu que le modèle Megève contredisait cette vision simpliste. Et après 1945, les nouvelles stations auraient été marquées par des investissements publics massifs et le début d'opérations cohérentes en site vierge d'altitude.

Eh bien non. Déjà le gouvernement du Front populaire avec Léo Lagrange s'était intéressé au ski, un ski qu'il voulait à la fois juvénile et familial. Le régime de Vichy, lui, va se prendre de passion pour les hauteurs.

Il est vrai que la France amputée gardait ses massifs alpin et pyrénéen et que c'était une carte à jouer. Et puis l'expérience purificatrice que les maréchalistes voulaient faire vivre à tout le pays n'était-elle pas comparable à celle que les sportifs vivaient en montagne ? Le ski permet de retrouver la nature à son maximum - tout le contraire de la vie de café dans les villes. Vois voyez bien qu'il n'y a pas besoin de restaurants pour faire une bonne station.

-Le modèle Megève fonctionne-t-il encore ?

Oui mais ce n'est pas le bon. Les plus privilégiés continuent de s'y rendre. Danielle Darrieux la grande vedette et son mari, le play-boy Porfirio Rubirosa s'y confinent même un moment, leurs extravagances couteuses correspondant mal au climat d'austérité ambiant. Il est d'ailleurs arrivé qu'un mouvement de jeunesse pétainiste vienne dévaster une boite de Megève. Le ski c'est l'effort ascétique, pas l'esprit de jouissance.

Une loi est édictée le 3 avril 1942, fondamentale pour le tourisme de montagne qui permet de déclarer les stations d'utilité publique en même temps qu'elle les classe en catégories.

Le grand responsable de l'équipement de la montagne à ce moment, c'est un polytechnicien sévère, Gérard Blachère, qui passe ses journées sur les planches et doit tomber de fatigue le soir tant il multiplie les initiatives. De cette époque datent Courchevel et Chamrousse, grâce à l'achat de terrains par l'Etat. Blachère imagine même de créer une station de standing international, ex nihilo, à Vars non loin de Briançon.

Evidemment, cet effort sera passé sous silence après la Libération. On préfèrera se souvenir que la montagne a été le lieu privilégié du maquis. A Vars, les travaux du téléphérique seront interrompus, le candidat député de l'endroit fera rendre aux paysans les terres que Vichy avait expropriées. Le télésiège ne sera construit qu'en 1957.

-Les chiffres des équipements effectifs à la fin de la guerre.

Une vingtaine de téléphériques et une quinzaine de téléskis en service. Et alors ?

Comment disait André Gide dans "Les nourritures terrestres", un livre tellement apprécié par notre président, "La neige c'est une matière toute mystique". A-t-elle besoin du ronronnement des machines ? Elle appelle le silence.

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