Pasteur, c'est devenu un nom générique. Il est le fondement d'une généalogie de lieutenants valeureux qu'il avait su choisir pour successeurs. Un signe : on ne souvient plus de son prénom. Comme pour le maréchal Foch (Ferdinand). Ce qui compte, c'est qu'ils incarnent l'un et l'autre des victoires.

Louis Pasteur dans son laboratoire de l'Ecole Normale à Paris vers 1880
Louis Pasteur dans son laboratoire de l'Ecole Normale à Paris vers 1880 © Getty / Hulton Archive

-La période présente nous fait revenir aux différentes étapes de l'histoire de la vaccination. Le nom de Pasteur à lui seul en réunit plusieurs : 1881, la maladie du charbon puis 1885, le passage à l'homme avec la rage. Et, peu après qu'il a quitté la scène, le vaccin contre la diphtérie, mis au point par ses disciples...

Pasteur, c'est devenu un nom générique. Il est le fondement d'une généalogie de lieutenants valeureux qu'il avait su choisir pour successeurs. - Roux, Yersin et les autres...

Un signe : on ne souvient plus de son prénom ? Comme pour le maréchal Foch (Ferdinand). Ce qui compte, c'est qu'ils incarnent l'un et l'autre des victoires.

Des victoires de la République.

Ce qui est assez drôle, d'ailleurs, quand on sait qu'administrateur de l'Ecole Normale Supérieure nommé par Napoléon III, Pasteur (Louis) réprimait systématiquement la moindre velléité d'opposition chez ses élèves. Un de ses mécènes était un autre empereur, Don Pedro II du Brésil, auquel il demanda en vain des condamnés à mort qui auraient pu, en échange de la non-exécution de leur peine, lui servir de cobayes ! Mais c'était en 1884, un an avant qu'il ne trouve dans le petit berger Joseph Meister le patient idéal à sauver de la rage.

-L'importance de Pasteur tient à la cohérence qu'on peut identifier rétrospectivement entre ses recherches successives.

Si on adopte le point de vue auquel il est parvenu à la fin de son parcours, elles paraissent en effet s'emboiter comme des poupées russes.

Il a commencé en travaillant sur la cristallographie, cherchant derrière les apparences l'arrangement de la matière en molécules.

Des atomes composant les molécules, il passe aux microorganismes dont la sourde énergie permet la fermentation : c'est sa contribution, au nom de la chimie organique, à l'industrie brassière du Nord où il a été un moment doyen de la fac des sciences de Lille.

Puis il va lutter contre la ruineuse maladie qui couvre de tâches la peau des vers à soie.

Avant de se consacrer aux vaccins : comment isoler le germe invisible d'une maladie, le cultiver et enfin en atténuer sa virulence pour en faire un vaccin ?

-Le pays lui est reconnaissant d'avoir entendu les demandes sociales.

Dans les années 1860, ce sont les sériciculteurs qui font appel à lui. Après 1870, il reprend ses travaux sur la fermentation pour aider les brasseurs français à ne pas succomber à la concurrence allemande. Mais dès les années 1860, dans son premier discours de doyen à Lille, il avait dénoncé les esprits étroits qui dédaignaient dans les sciences ce qui n'est pas d'application immédiate.

Les circonstances le menaient sur un champ d'action mais ce qui l'intéressait le plus, c'était de construire une théorie générale.

-Le pastorisme fut une école à vocation internationale. Mais la popularité de Pasteur (Louis) tient à ce qu'il est à lui seul un Tour de France.

Depuis sa naissance, il incarne la vertu de la Franche-Comté, dure au labeur. Joseph Meister son fameux berger, vient de l'Alsace perdue. Pasteur ne cesse de faire savoir qu'il mène de expériences un peu partout dans le pays, de la cave de l'Observatoire de Paris à la Mer de Glace. Dans ses cahiers de laboratoire où il consigne tous les repentirs, les erreurs, les bifurcations de son travail, il note aussi bien les horaires des trains qui le mènent à Nîmes et Alès au pays du ver à soie !

Ses collaborateurs ès vaccination sont d'ailleurs autant de missi dominici qui vont convaincre, sur place, les éleveurs de bétail.

C'est d'ailleurs sur ce terrain, le plancher des vaches et des moutons, que les adversaires acharnés de la vaccination croient pouvoir dénigrer aujourd'hui Pasteur La méthode d'atténuation du vaccin contre le charbon appliquée à Pouilly le Fort, Seine et Marne, n'aurait pas été ce qu'il avait annoncé. Et d'ailleurs le chien qui a mordu le jeune Joseph Meister était-il vraiment enragé ?

Ces rayures sur la carrosserie ne sont pas près de diminuer notre admiration pour Pasteur (Louis). Notre Rolls Royce à nous.

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