Au début de l'année 1832, quelques cas isolés de choléra sont observés à Paris. La "Gazette médicale" reconnaitra que les praticiens ne les signalent pas pour préserver une opinion déjà inquiète. Déjà inquiète de quoi ? Le Président du Conseil Casimir Périer cherche à donner l'exemple de la raison et du sang froid.

Le duc d'Orléans visitant les malades de l'Hôtel-Dieu à Paris pendant l'épidémie de choléra en 1832
Le duc d'Orléans visitant les malades de l'Hôtel-Dieu à Paris pendant l'épidémie de choléra en 1832 © Getty / Print Collector

-1832, deuxième année de la jeune Monarchie de Juillet qui avance d'un pas encore mal assuré. Le président du Conseil est un homme d'un peu plus de cinquante ans, grand et solide.

Au point qu'il éclipse par sa taille le roi Louis-Philippe dont on ne se soucie guère depuis qu'il préside le Conseil des ministres. Casimir Périer a la réputation de ne pas se préoccuper des détails. Il a une forte volonté mais quand il s'agit de décisions d'ordre quotidien, il s'épargne la peine de vouloir.

Au début de l'année 1832, quelques cas isolés de choléra sont observés à Paris. La "Gazette médicale" reconnaitra que les praticiens ne les signalent pas pour préserver une opinion déjà inquiète. Déjà inquiète de quoi ? Nous sommes à un moment où les grandes villes commencent à se peupler comme jamais d'une classe laborieuse sans doute mais dangereuse sûrement dont le parti de l'ordre craint les emportements électriques. Ainsi le gouvernement vient d'édicter de nouveaux règlements pour le ramassage des déchets et le nettoiement des rues mais il s'est aussitôt attiré l'hostilité du puissant corps des chiffonniers : il est difficile de se soucier de la santé publique sans provoquer des mécontentements sociaux.

-Le choléra, avant de gagner Paris avait suivi un long chemin.

Certains ont parlé de "virus... indochinois". Son origine est plutôt à chercher en Inde. De là, il a avancé vers le Nord et l'Ouest. Dès 1831, il a envahi l'Egypte et l'Europe centrale et, "couvrant dans un voyage de géant un espace immense de deuil et de sépulture", je parle comme à l'époque, il a fini par gagner la France.

La France qui est dans sa jeunesse statistique : on dispose vite de chiffres qu'on peut afficher en séries, cartographier, totaliser aussi : il y aura plus de 102.000 morts dans tout le pays dont 18.402 à Paris.

-Dès le départ, Casimir Périer n'est pas sans informations. Que fait-il ?

Il cherche à donner l'exemple de la raison et du sang froid. Dans certains quartiers, l'imagination populaire a été si frappée par l'explosion du fléau que des rumeurs ont surgi aussitôt : des fontaines auraient été empoisonnées !

Une colère prend aussitôt Casimir Périer qui déclare que ce n'est pas là la réaction d'un peuple civilisé mais le cri d'un peuple sauvage. Le président du Conseil est touché comme par un outrage personnel. Sa santé commence à s'en trouver altérée, note son ami Guizot.

Périer ne laisse pas le duc d'Orléans, héritier du trône, aller seul visiter les malades à l'Hôtel-Dieu. Pour rassurer et tenir son rang, il accompagne le jeune homme.

Et il tombe peu après malade. A mesure que passe le mois d'avril, il surmonte les symptômes du choléra mais un des effets de cette maladie, c'est l'exacerbation des maux chroniques dont il a souffert précédemment. Vers la fin d'avril, les médecins n'espèrent plus que Périer puisse reprendre son poste. Il meurt le 16 mai. 

-L'effet fut grand.

La comparaison que peut faire l'historien entre les pandémies d'hier et d'aujourd'hui n'a guère d'utilité. En revanche, il n'est pas vain de parler de 1832 en moraliste.

Dans un premier temps, les Parisiens ont pu voir dans le choléra la forme ultime d'un vieux règlement de compte entre le peuple et les privilégiés. Pour ceux-ci, les pauvres étaient destinés à trépasser : ils vivaient dans la promiscuité, la négligence, multipliant les embrassades et les comportements dangereux. Mais la protection aurait dû être assurée aux privilégiés à qui leur aisance et leur éducation donnaient les ressources de l'hygiène. "On sait combien nous fumes déçus"... C'est Rémusat qui parle ainsi, il est secrétaire d'Etat de Périer. Et il ajoute : "La mort de Périer signifia à tout le monde que le fléau montait à toutes les hauteurs et que toutes les têtes étaient menacées."

Rémusat lui-même est atteint. "Si j'ai survécu, dit-il, c'est qu'au premier signe, je me suis retiré et soigné. Par une déraison inexplicable, par une témérité qui pouvait cacher de la faiblesse, une foule de gens s'obstinaient à ne faire nulle attention à leur indisposition sous prétexte qu'elle était légère. Et c'est ainsi, conclut-il, qu'on mourait pour avoir évité de penser à la mort."

Au début de l'année 1832, quelques cas isolés de choléra sont observés à Paris. La "Gazette médicale" reconnaitra que les praticiens ne les signalent pas pour préserver une opinion déjà inquiète. Déjà inquiète de quoi ? Nous sommes à un moment où les grandes villes commencent à se peupler comme jamais d'une classe laborieuse sans doute mais dangereuse sûrement dont le parti de l'ordre craint les emportements électriques. Ainsi le gouvernement vient s'édicter de nouveaux règlements pour le ramassage des déchets et le nettoiement des rues mais il s'est aussitôt attiré l'hostilité du puissant corps des chiffonniers : il est difficile de se soucier de la santé publique sans provoquer des mécontentements sociaux.

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