Puisque Jean-Pierre Pernaut quitte son Journal télévisé de 13 heures, nous pourrions saluer la mémoire de celui dont il prit la place en 1988 à TF1 récemment privatisée, Yves Mourousi.

Yves Mourousi et Marie-Laure Augry le jour de leur dernier journal de 13H sur TF1 le 14 février 1988
Yves Mourousi et Marie-Laure Augry le jour de leur dernier journal de 13H sur TF1 le 14 février 1988 © Getty / Suzanne Rault Balet

-Puisque Jean-Pierre Pernaut  quitte son Journal télévisé de 13 heures, nous pourrions saluer la  mémoire de celui dont il prit la place en 1988 à TF1 récemment  privatisée, Yves Mourousi. 

D'ailleurs vous-même, Bruno, avez pris la place d'Yves Mourousi au 13 heures d'Inter. C'est en 1968, il est vrai, qu'il y a prononcé son premier fameux... 

-Bonjour.

Vous pourriez me le refaire, avec un peu plus de tabac et d'alcool dans la voix ? 

-Bonjour. 

Mourousi a mené un entretien fameux avec Mitterrand. Etes-vous branché, lui avait-il demandé. Chébran, avait répondu l'autre. C'était préparé sans l'être complètement. Cela s'appelait "Ça nous intéresse, monsieur le Président". Ça nous intéresse, Bruno, de savoir ce que vous retenez de Moursousi.

-Et vous, Jean, qu'appréciez-vous le plus chez lui. 

Son sang-froid. Chacun savait qu'il menait une vie de bâton de chaise que la pruderie actuelle tolèrerait sans doute mal. 

Il  arrivait souvent tard à la télévision. Un petit matin, retour de la boite gay qu'il animait la nuit, il avait retrouvé son appartement plastiqué, complètement détruit. Il avait tout de même trouvé un costume et une cravate et il était venu prononcer son habituel. 

-Bonjour. 

J'aime aussi son désir de ne plus rester un homme-tronc et de partir en extérieur. 

C'est pour moi le digne successeur de Jean Nohain dit Jaboune qui faisait ses émissions en direct des ponts de Paris. 

En extérieur, Mourousi  se laissait néanmoins trop guider par ses hôtes, notamment les  militaires qui lui organisaient des directs passablement martiaux. Il est vrai qu'il se voyait en saint-cyrien contrarié. Sa grand'mère qui l'avait élevé avait, contre cette vocation, exercé sa force de  dissuasion. Elle craignait qu'officier, il ne devînt putschiste. 

-Oui, il était imprévisible. Dans l'armée, ce n'est pas une qualité, dans les médias si. 

L'insolence en est une aussi. En 1985, quand le général polonais Jaruzelski est  invité à Paris, on ne sait toujours pas pourquoi, il présente le Journal dans la tenue habituelle du dictateur : imperméable et lunettes noires. 

Mais si l'insolence est un premier signe d'indépendance, elle ne suffit pas à la garantir. Mourousi ne se souciait pas de tracer une ligne claire entre ses amitiés personnelles et ses invitations à l'antenne. 

Il se soucierait d'ailleurs de mes pudeurs comme d'une guigne. Il était autant une vedette qu'un journaliste. 

-Après son renvoi, il n'a pas retrouvé les premiers rôles. 

En 1994, il s'est présenté à la présidence de Radio France. Il lui a été préféré Michel Boyon. C'était l'organisateur, au cabinet du ministre de la Culture Léotard,  de la vente de TF1. Il avait fait semblant de croire à la promesse qu'avait osée Bouygues : "Avec moi, ce sera le mieux-disant culturel" ! 

Avec Boyon, la maison savait à quoi s'attendre. Mais avec Mourousi, vous imaginez quel schtroumpf, pardon : quel désordre peut être fécond, nous aurions connu. 

Pour  dire le vrai, c'est à Canal Plus, canal historique bien sûr, qu'il aurait été le mieux à sa place. Cela ne lui a pas été donné. Il est mort en 1998, à 55 ans seulement. 

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