Dans la série "Paris police 1900" le projecteur est braqué sur le moment antisémite de 1898-1899. On est au plus fort de l'affaire Dreyfus, Zola a été condamné après "J'accuse" et à Paris, mais aussi partout en France, des foules viennent conspuer Zola et crier "A bas les juifs" et "La France aux Français".

Policiers surveillant le "fort Chabrol" siège de la ligue du "Grand occident de France" à Paris en 1899
Policiers surveillant le "fort Chabrol" siège de la ligue du "Grand occident de France" à Paris en 1899 © AFP / Leemage

La série Paris police 1900, lancée il est vrai à grands sons de trompe par Canal, remporte un vif succès. 

La France retrouverait-elle la tradition du feuilleton qui caractérisait justement la Belle Epoque ?

Malheureux, vous pouvez évoquer le feuilleton mais ne parlez plus de Belle Epoque. L'expression ne serait pas venue à l'esprit des contemporains. Elle a été forgée après coup, à partir de la Grande Guerre, pour évoquer le temps de l'Expo universelle de 1900 qui finit en effet par paraitre bien heureux mais au regard de ce qui a suivi.

Fabien Nury, le scénariste de la série, préfère dire que ce fut, pour la République, une époque bien sombre.

C'est cela, l'idée directrice.

La jeune Troisième République qu'on imagine solide, est fragile

Comme la vieille Cinquième République aujourd'hui.

Aussi Fabien Nury a-t-il mis en avant un personnage qui, face aux différents dangers, incarne le volontarisme politique. Il est interprété par le comédien Marc Barbé. C'est le Préfet de police, l'inusable Lépine. Dans la réalité, un homme petit, en redingote noire, coiffé d'un melon. Inusable. Il a tenu la Préfecture de l'île de la Cité entre 1893 et 1897 et de nouveau de 1899 à 1913.

Sa réputation tenait à sa longévité et aussi aux innombrables innovations qu'il introduisit pendant son règne. Le bâton blanc des gardiens de la paix, disparu il n'y a pas si longtemps, c'est lui. Les sens giratoires et les sens uniques, c'est lui. La brigade fluviale et les agents cyclistes, c'est lui. Sans parler du fameux concours des inventeurs. On lui doit aussi un toast au comptoir de cafés, le vieux zinc, dont Balzac avait dit que c'était le parlement du peuple et que Lépine voyait comme le lieu de la réconciliation nationale.

On en était loin pourtant à l'époque - je ne dis plus : Belle Epoque

Paris Police 1900 tient à l'écart les deux périodes d'actes "illégalistes" qui encadrent le long règne de Lépine : ceux de l'extrême gauche en 1892-1893 - Emile Henry et ses bombes- et ceux de la bande à Bonnot en 1911-1912. 

Le projecteur est braqué sur le moment antisémite de 1898-1899. On est au plus fort de l'affaire Dreyfus, Zola a été condamné après "J'accuse" et à Paris, mais aussi partout en France, des foules viennent conspuer Zola et crier "A bas les juifs" et "La France aux Français". 

La série fait un sort particulier aux bouchers de la Villette. Le nerf de bœuf, avec le poing américain, c'est une des armes préférées de l'époque. Ces bouchers ont été entraînés à l'action punitive par le marquis Manca-Amat de Vallombrosa de Morès, un aventurier international qui avait un moment dirigé un abattoir à Chicago et avait habillé ses hommes d'une chemise rouge de cowboy. Fabien Nury n'a pas complètement tort quand il dit que Lépine, c'est le vieux shérif qui va affronter l'Al Capone antisémite.

Bon, Al Capone nait à peine en 1899 et Morès est mort. Mais il y a les frères Guérin personnages de premier plan de la série. Animateurs du journal "L'Anti juif", ils se barricadent pendant 38 jours dans leur immeuble de la rue de Chabrol - le fort Chabrol - quand ils sont poursuivis pour complot contre la sureté de l'état -la mort malencontreuse du président Félix Faure en février 1899 avait préludé à une tentative de coup d'état.

La sureté. Elle est incarnée à la Préfecture de police par un homme qui est figuré comme l'anti-Lépine

Il se nommait Puybaraud et était en effet surnommé "la crapule". Il cumulait la fonction de surveillance politique et celle des hôtels, garnis et meublés - vous voyez ce que je veux dire : la prostitution était active à l'époque, des filles dans les rues jusqu'aux grandes horizontales dans les salons. S'étonnant que dans la police française les femmes soient arrivées seulement après les premiers pas sur la lune, Fabien Nury introduit beaucoup d'informatrices dans les rangs des agents de Puybaraud. Surtout il insiste sur la jalousie de celui-ci à l'endroit de Lépine. Tout feuilleton doit avoir son Javert. Peut-être, dans la réalité, Lépine avec son inamovible secrétaire général et son indéracinable Puybaraud formait-il une équipe indissociable. Puybaraud dans le rôle du plus méchant, Lépine dans celui du plus avenant. 

Mais nous sommes en 1900, au moment où Paris installe un trottoir roulant pour faire le tour de l'Expo universelle et le nomme "rue de l'Avenir". Fabien Nury déclare voir l'histoire comme une série de crimes mais dit éprouver le besoin d'y introduire du progrès. "Je veux le croire, ajoute-t-il, pour mes enfants". Alors, croyons en Lépine et en ses œuvres !

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