La logistique a été inventée par les militaires. Longtemps les armées se déplaçaient en caravanes avec bétail, fourrage, femmes, enfants. Dans ses "Mémoires" De Gaulle explique que le succès du débarquement de juin 1944 est largement explicable par l'application que fit Eisenhower de principes exacts de logistique.

Une cargaison de sang destinée aux hôpitaux de campagne américains lors de la campagne de Normandie France en juin 1944
Une cargaison de sang destinée aux hôpitaux de campagne américains lors de la campagne de Normandie France en juin 1944 © Getty / PhotoQuest

-Le vaccin au bon endroit, au bon moment, à la bonne température, administré par le bon soignant au bon patient. Ce sont tous les éléments qu'il faut nouer ensemble dans une bonne logistique. Et évidemment, c'est difficile. Alors on entend certains dire : "Mais qu'on fasse appel à l'armée !"

J'ai envie de vous citer le général de Gaulle : "Moi, c'est comme à la chasse, je ne dis rien".

Mais en effet, si dans l'Etat manquent des compétences en logistique, c'est dans l'armée qu'on pourrait encore les trouver.

La logistique a été inventée par les militaires.

Longtemps les armées se déplaçaient en caravanes avec bétail, fourrage, femmes, enfants. Qu'on pense aux troupes nomades d'Asie ou bien en France, aux musulmans des VIIème ou VIIIe siècles qui parcouraient notre pays.

Une autre tradition, c'était évidemment de vivre sur le terrain, souvent par le pillage.

-Quand la logistique commence-t-elle à être pensée de façon autonome par les militaires ?

Le roi de Suède Gustave Adolphe, au premier tiers du XVIIème, y est pour beaucoup. Ses avancées spectaculaires, alors qu'il dirige un petit pays, sont appuyées par une organisation stricte, assurée par des spécialistes, appuyée sur des magasins de stock et d'entretien comme nous avons aujourd'hui des plateformes de stockage et d'assemblage.

L'inconvénient, c'est que Gustave-Adolphe ne pouvait généralement pas exploiter ses avantages en poussant loin en avant de peur d'être coupé de son approvisionnement.

Napoléon sera plus audacieux : il a lui aussi ses outils logistiques mais il continue de se nourrir sur le pays conquis et en anticipant même dans ses calculs le produit de ses conquêtes à venir. Jusqu'à tomber sur un bec pendant la campagne de Russie où il se trouve pris dans une nasse sans ravitaillement.

L'enseignement de la stratégie fait dorénavant une place de première importance à la logistique. Le baron de Jomini, un suisse, général de la Grande Armée passé au service du tsar, en fait l'une des trois branches les plus importantes de son "Précis de stratégie".

-"Il faut que l'intendance suive"... La formule attribuée au général de Gaulle ne mérite donc pas la considération qu'on lui donne.

Je ne suis pas sûr qu'il l'ait entendue professée ainsi à l'Ecole de guerre.

D'ailleurs, dans ses "Mémoires", il explique que le succès du débarquement de juin 44 est largement explicable par l'application que fit Eisenhower de principes exacts de logistique.

Le débarquement marque une étape dans la complexification de la logistique.

Comme plus tard, la guerre du Golfe : dorénavant, la logistique doit ramasser toutes les informations rassemblées par les systèmes informatiques.

-Peut-il y avoir encore une logistique d'Etat ? "Le général disait : seul l'état peut faire les grandes choses."

On entend beaucoup de collectivités lui proposer leurs services en même temps qu'elles veulent acheter des doses, des supercongélateurs etc. Par ailleurs, nombre d'experts rappellent que la logistique est une discipline enseignée à l'Université qui dispose de savoirs disponibles.

Mais c'est une discipline qui, de militaire, est devenue managériale. Militaire, elle est définie par l'état-major, veut amener une force supérieure sur tel point jugé décisif du front. Managériale, elle préfère le pilotage par l'aval. La disponibilité du produit résulte d'une optimisation fine de chacune des étapes du processus logistique : pas de stock, tout dans le flux, tout le monde servi au goutte-à-goutte. Ce sont deux stratégies différentes.

Notons que la technique du zéro stock peut elle aussi être prise en défaut. Le patron de la Fédération du commerce et de la distribution expliquait dans "L'Opinion" du 8 janvier qu'au début du confinement de mars, l'absentéisme dans les entreprises de transports et les entrepôts avait si sérieusement compromis, en un seul week-end, le ravitaillement des supermarchés qu'on était passé près du rationnement. Et un autre dirigeant patronal concluait qu'on avait évité la catastrophe parce que Bercy avait bien fait son travail et parce que toute la chaîne avait tiré dans le même sens. Comme disait... De Gaulle, "le pire quand on est perdu en forêt, est de changer de direction".

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