L'an 166 de notre ère éclate à Rome ce qu'on appelle alors une pestilence, tandis que règne Marc-Aurèle auteur, devenu fameux, des "Pensées" qu'il s'était d'abord réservées pour lui-même. Mais l'année 166 s'annonçait pleine de bonheur après les campagnes victorieuses de Verus du côté de l'Arménie et de la Mésopotamie.

L'empereur Marc-Aurèle s'adressant à ses soldats sur un relief de l'Arc de Constantin à Rome
L'empereur Marc-Aurèle s'adressant à ses soldats sur un relief de l'Arc de Constantin à Rome © Getty / DEA / ARCHIVIO J. LANGE

•       L'an 166 de notre ère, éclate à Rome ce qu'on appelle alors une pestilence, alors que règne Marc-Aurèle.

Pestilence, pestilentia... Le mot qui ne désigne plus que des odeurs corrompues était alors employé dans un sens  plus général : peste, plus largement tout type d'épidémie.

La pestilence de 166 est d'ailleurs peut-être une variole.

L'empereur qui règne alors à Rome est Marc-Aurèle l'auteur, devenu fameux, des "Pensées" qu'il s'était d'abord réservées pour lui-même.

Il avait alors 45 ans mais dès ses douze ans, il s'était pris de passion pour les philosophes stoïciens qu'il tenait à imiter, portant leur tunique courte, allant jusqu'à coucher par terre au grand désarroi de sa mère. Plus tard, il avait lu Epictète qui tenait si peu aux biens de ce monde qu'il ne fermait jamais à clé sa maison.

Parvenu au pouvoir, il avait, dans sa grande sagesse, nommé un co-empereur. Cela faisait deux Augustes et deux Césars pour assurer la succession en cas de malheur.

Mais l'année 166 s'annonçait pleine de bonheur. Verus, après être parti en campagne du côté de l'Arménie puis de la Mésopotamie, en revenait vainqueur, notamment des Mèdes, d'où le titre qu'il partagea avec Marc, resté à Rome, de Medius – entendez : vainqueur des Mèdes. Pour la première fois depuis un demi-siècle, un triomphe fut organisé à Rome qui célébra les batailles gagnées et la sécurité apparemment retrouvée aux frontières orientales.

•       Et arrive la pestilence...

Benoit Rossignol nous donne chez Perrin une biographie à la fois très riche et très moderne de Marc-Aurèle et y livre une description fouillée des effets de l’épidémie de 166.

Pestilence a aussi le sens de ruine, de destruction. Nombre d'historiens situent à ce moment l'inflexion à partir de laquelle l'empire romain va commencer à vaciller. En tout cas, c'en est fini du beau IIème siècle des Antonins.

Il est difficile d'évaluer le nombre des morts : 10% de la population? 25% ? On a en revanche des témoignages précis sur des phénomènes de fuite. Le grand médecin Galien prend tout de suite ses cliques et ses claques. On le retrouvera ensuite médecin personnel de l'empereur mais il ne se vantera pas devant lui de son comportement de ce moment-là. En Egypte, des villages se vident; on va se réfugier dans des déserts et des marais loin des rives surpeuplées du Nil. Cela s'appelle l'anachorèse. L'anachorète, littéralement, va en arrière. Cela peut paraître veule, c'est parfois sage.

•       Et l'empereur ?

Nul ne peut alors réellement lutter contre la maladie, surtout en l'absence de la conception que nous avons maintenant de la contagion.

L'empereur n'a d'autre ressource que de paraître exemplairement vertueux. Cela passe par l'observation des rites dans un exercice exact des cultes. A commencer par celui d'Apollon dont les longs cheveux peuvent protéger de la pestilence.

Mais des charlatans viennent évidemment perturber le calme que prône l'empereur. Un jour, on lui amène l'un d'entre eux qui, juché sur un arbre du Champ-de-Mars, annonce la fin des temps qu'il compte affronter en prenant la forme d'une cigogne. Que fait Marc-Aurèle ? Il ne le punit pas; il préfère obtenir de lui des aveux : "Oui, grand Auguste, je ne suis qu'un escroc".

•       Certes mais comment donnait-il un sens à ce qui se passait ?

On répète que Marc-Aurèle est le plus grand empereur qu'ait eu Rome mais Benoit Rossignol se refuse à lui attribuer plus de qualités qu'il n'en avait.

L'imagination lui manquait. On pratiquait l'esclavage ? La torture... Eh bien, disait-il, c'était l'ordre du monde. Pareillement la pestilence lui paraissait la conséquence nécessaire de la marche de la nature qui voulait sûrement écarter du chemin des hommes devenus trop nombreux ?

En réalité, si Marc-Aurèle chercha une issue, c'est dans la guerre qu'il la trouva. Sauf que, pour la pratiquer comme il l'aurait entendu, les hommes, malades, lui manquèrent souvent

Ouvrage : Benoit Rossignol Marc-Aurèle Perrin

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.