La nouvelle capitale de la Birmanie se nomme Naypyidaw et a été édifiée au centre du pays. Rangoon, la capitale historique, déplaisait, malgré sa situation commode, dans un delta. Plus de 4 millions d'habitants. Trop de bâtiments de l'époque coloniale. Trop de peuple ! Trop de minorités, nationales et étrangères.

Le Parlement à Naypyidaw nouvelle capitale birmane
Le Parlement à Naypyidaw nouvelle capitale birmane © Getty / Thomas Imo

-En Birmanie, sixième semaine de désobéissance civile après le coup d'état. La vie du pays peut s'en trouver désorganisée mais les officiers supérieurs restent inaccessibles dans la nouvelle capitale qu'ils se sont construite depuis quinze ans.

Elle se nomme Naypyidaw et a été édifiée au centre du pays, prétendument à équidistance des points cardinaux de la Birmanie, en réalité non loin des enclaves autonomes réservées à des minorités turbulentes auxquelles la junte peut donc dépêcher plus facilement des troupes.

La Birmanie, c'est un peu la Pologne du Père Ubu. Il est difficile de trouver des explications parfaitement rationnelles aux décisions de la dictature. Ainsi les premiers fonctionnaires à devoir rallier la nouvelle capitale ont dû le faire un 6 novembre pour être à pied d'œuvre à 6h37 : cette obligation était la conséquence de calculs astrologiques et numérologiques assez obscurs.

Ce qui est établi, c'est que Rangoon, la capitale historique, déplaisait, malgré sa situation commode, dans un delta, à trente kilomètres seulement de la mer. Trop de bâtiments de l'époque coloniale, bien qu'on se soit attaché à en raser beaucoup pour ériger des tours dans les années 1990. Plus de 4 millions d'habitants. Trop de peuple ! Trop de minorités, nationales et étrangères. Des Indiens, ces quasi-voisins. Des Chinois : ces jours-ci, dans le quartier Ouest de Rangoon, nombre d'établissements chinois ont été incendiés par les opposants qui reprochent à Pékin son soutien à la dictature. Les entreprises taïwanaises, en conséquence, accrochent leur drapeau national sur leur façade pour se distinguer. Pékin, de son côté, accuse des Hongkongais séparatistes de semer le désordre. C'est bien la preuve qu'il fallait s'extraire de cette agglomération embrouillée.

-Dans l'histoire, des gouvernements inquiets de leur sécurité ont souvent pris des mesures comparables. Nous commémorons en France mars 1871. Thiers a choisi Versailles plutôt que Paris.

On peut aussi tenter la comparaison, toutes proportions gardées, avec le Burundi où Bujumbura, travaillée par l'opposition, a été remplacée par Gitega, l'ancienne capitale des rois.

En Birmanie, Naypyidaw signifie d'ailleurs cité des rois mais ce n'est qu'un affichage. La seule ville ancienne dans les parages n'a été qu'un lieu d'état-major militaire. La capitale radicalement nouvelle est édifiée là où il n'y avait que des forêts de teck ou de la jungle.

En réalité, on ne voit pas quel "plus" ajoute Naypyidaw. Au Nigeria, Abuja permet aux élites de de se tirer des engorgements de Lagos : pour attraper un avion le midi, il fallait partir de chez soi la veille au soir. Pareillement en Egypte, la capitale du maréchal Sissi dans le désert mettra les riches à l'abri du Caire. La Malaisie, elle, promet que Putrajaya sera plus connectée, plus écologique, plus intelligente que Kuala Lumpur.

Mais Naypyidaw ?

-Comment se représenter cette ville, occupée/habitée depuis 2005 ?

Il est difficile de l'englober d'un regard, elle a la taille d'un département français, le Maine-et-Loire si j'ose une comparaison.

Plusieurs villes la composent. Il faudrait dire : des bulles, chacune abritant un ministère, une administration. Des routes très sécurisées les relient.

Il y a tout de même, comment dit-on, des aménités urbaines. Je pense au parc zoologique, moins achalandé sans doute que celui de Rangoon mais on y a aménagé un espace climatisé pour les pingouins ! Dans le Pas-de-Calais, un démiurge veut faire jaillir de terre une immense serre, Tropicalia; à Naypyidaw, en climat tropical, on a déjà une banquise artificielle.

Pour quels visiteurs ? Le régime annonce déjà un million d'habitants. Les rares journalistes qui ont pu décrire la ville se demandent bien où ils sont. Les vastes avenues, d'une largeur qui permettrait parfois la circulation de vingt files de voitures de rang, sont vides.

Pour se donner une idée, on peut penser à Pyongyang telle que l'a filmée Claude Lanzmann. Le rapprochement avec la Corée du Nord a d'ailleurs un sens. Mille rumeurs murmurent que les Nord-Coréens champions de la dissimulation ont creusé partout des tunnels et des entrepôts souterrains pour y parquer du matériel militaire secret.

Ce qui est sûr, c'est qu'Aung Sang Suu Kyi contrainte de résider à Naypyidaw était déjà sévèrement isolée avant même d'être aujourd'hui officiellement captive. Et victime d'une mascarade judiciaire. Elle est accusée entre autres d'avoir détenu des talkies-walkies. C'est pourtant utile dans cet endroit cauchemardesque où j'ai omis de vous dire qu'il n'y a pas, volontairement, de panneaux de signalisation.

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