Le calendrier de l'Avent, c'est, dans les églises, la liturgie de quatre dimanches successifs et, dans les familles, un objet qu'on accroche au mur, doté de fenêtres qu'on ouvre jour après jour.

Petite fille comptant les jours d'un calendrier de l'Avent
Petite fille comptant les jours d'un calendrier de l'Avent © Getty / Bettina BRINKMANN

-On a parlé commerce, plus que jamais, ce mois de décembre. En même temps, la référence au calendrier de l'Avent est réapparue, comme un vieux substrat de culture populaire qui revenait au jour. 

L'Avent, c'est l'attente de ce qui va advenir : la naissance de Jésus, le retour de jours qui seraient enfin plus longs. 

Le calendrier de l'Avent, c'est, dans les églises, la liturgie de quatre dimanches successifs et, dans les familles, un objet qu'on accroche au mur, doté de fenêtres qu'on ouvre jour après jour. 

La culture populaire de l'Avent combinait l'observance de la liturgie et la fabrication de traditions locales dont le folklore fait l'inventaire, si possible systématique, toujours évolutif. 

En France, nous avons eu quantité de folkloristes. Je n'en retiendrai qu'un, trop méconnu. Il s'appelait Arnold van Gennep. Il enquêtait lui-même commune par commune, entretenant de nombreuses correspondances.  J'imagine sa maison de Bourg-la-Reine où il entassait ses fiches !  Son Manuel du folklore français en x volumes est resté inachevé à sa mort en 1957, au moment même où ce qu'il étudiait disparaissait. 

-Un folkloriste va faire la différence, si on parle de décembre, entre Saint-Nicolas, le 6 décembre -tradition populaire ancienne et le Père Noël -invention récente d'une tradition, avec importation d'un personnage venu du monde anglo-saxon. 

Van Gennep dit qu'il ne faut pas s'attacher aux similitudes formelles, morphologiques entre les deux personnages, elles ne signifient nullement emprunts et passage de témoin. Mais il ne faut pas attendre de Van Gennep un rejet du Père Noël sous prétexte qu'il serait moins ancien. Il est la résultante d'un  indémêlable brassage. Avant sa captation par le commerce, il s'est imposé grâce aux écoles, aux sociétés charitables, aux hôpitaux. Van Gennep qui le célébrait en famille se moque de l'Eglise qui a cru pouvoir l'éradiquer aux lendemains de la Deuxième Guerre, en brûlant parfois son effigie comme en 1951 sur le parvis de la cathédrale de Dijon. Le folklore ne va jamais contre la  puissance de la culture populaire. 

-Mais l'Avent d'avant le Père Noël, c'est l'attente de la lumière. 

Dans le silence et la retenue. Giono dit que le craquement des étoiles dans le ciel de Provence ne fait pas de bruit. L'Avent, c'est désirer, veiller et tenir. On a, plus ou moins consciemment, retrouvé cette leçon cette année. 

Le  8 décembre, on illumine en honneur de la Vierge. Vous aurez remarqué qu'à Lyon, malgré l'annulation de la fête officielle, de petits malins ont réussi à tirer un vrai feu d'artifice. Le 13 décembre, lors de la Sainte-Lucie, beaucoup moins célébrée en France qu'en Scandinavie, il arrivait qu'on allume des  bougies aux fenêtres, les laissant briller jusqu'au matin. Un proverbe dit encore que ce jour-là, la lumière a fait un saut. 

-L'Avent se vivait d'abord tranquillement mais les derniers jours avant Noël étaient marqués par une accélération... 

Aujourd'hui, on s'inscrit aux offices de Noël sur internet - je voudrais le troisième rang plutôt que le cinquième, le quatrième, comme chacun sait, restant vide pour raisons sanitaires. 

A la campagne, naguère, c'était le groupe de la jeunesse qui allait de hameau en hameau annoncer les messes prochaines. 

Et, en échange, il recevait des pommes, des noix ou un sou. C'est l'origine des étrennes. 

Le groupe de la jeunesse, bruyant et désordonné, était souvent redouté. Parfois les bonnes gens refermaient leurs portes. 

Van Gennep note ce qui se passait alors, commune après commune. Pleine Fougères ÎIe-et-Vilaine "Un  p'tit morceau de galette, s'il vous plaît. Et un p'tit quart de beurre.  Ah, vous ne voulez pas ? Eh bien j'allons chier sur votre porte". Perros-Guirec, Côtes du Nord comme on disait : "Ah, vous ne voulez pas ? Eh bien, votre fille aînée alors, si elle est jolie : Et si elle est laide, merde." 

Parfois  la tournée, pour devenir plus rentable, pouvait se répéter jusqu'à la fête des Rois début janvier ou bien tourner au charivari ou encore les jeunes pouvaient être relayés par les mendiants dont on craignait toujours les attroupements en bandes. 

-Jusqu'à quand ces tournées se sont-elles maintenues ? 

Van Gennep, peu avant sa mort en 1957, recevait encore des correspondances attestant de leur persistance. 

Et la tradition interrompue pouvait être relevée. La colonie de vacances à laquelle je participais dans une vallée du Dauphiné en organisait pour aller annoncer les offices de maison en maison. C'est ainsi qu'un jour, j'ai vu s'inscrire dans une porte la haute silhouette d'un homme très  bienveillant derrière laquelle j'ai deviné une bibliothèque comme je n'en avais jamais vue. J'ai demandé ensuite qui c'était. Un professeur à la Sorbonne, m'a-t-on répondu, grand spécialiste de Saint-Augustin, Henri-Irénée Marrou. Je crois que ça a été un évènement déterminant pour le gosse que j'étais. Je suis très reconnaissant au folklore de m'avoir fait rencontrer mon premier historien. 

Ouvrage : Arnold Van Gennep Le folklore français (coffret de 4 volumes) Collection Bouquins chez Robert Laffont 

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