Après l'attaque de Pearl Harbor, au téléphone, le président Roosevelt déclare au Premier ministre britannique : "Nous voilà sur le même bateau". Churchill décide d'aller conférer d'urgence avec lui. Il appareille le 22 décembre 1941. En secret évidemment.

Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt devant la Maison Blanche à Washington en décembre 1941
Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt devant la Maison Blanche à Washington en décembre 1941 © Getty / Bettmann

-Le 7 décembre 1941, les Etats-Unis n'ont pas eu d'autre choix que d'entrer en guerre après l'attaque japonaise sur leur flotte à Pearl Harbor. Au téléphone, le président Roosevelt déclare au Premier ministre britannique : "Nous voilà sur le même bateau". Churchill décide d'aller conférer d'urgence avec lui. Il appareille le 22 décembre. 

En secret évidemment. Alors qu'il est déjà en pleine mer, les journaux publient une photo le montrant achetant un billet de souscription à une bonne œuvre. 

La  traversée sur Le Duc d'York n'est pas de tout repos, D'abord le navire ne peut aller trop rapidement de peur de perdre les contre-torpilleurs qui l'accompagnent et quand il décide de les abandonner, il doit  diminuer le risque d'être détecté par les sous-marins allemands en  prenant les vagues de biais, ce qui le fait rouler énormément. Churchill  n'en a cure. Il est en pleine forme. Le soir, il se fait projeter des  films dans le carré des officiers où il offre à lui seul un spectacle  aussi intéressant que celui de l'écran. 

Enfin, au bout de neuf jours éprouvants, c'est l'arrivée en Amérique. 

-Pendant trois semaines à peine interrompues par un séjour de Churchill au Canada, le rythme de travail de la Maison Blanche va être soutenu. 

Churchill est toujours sur le pont. Un petit matin, on le voit surgir de sa chambre à la rencontre de Roosevelt ; il est nu : "Le Premier ministre de Sa Majesté n'a rien à cacher au président des Etats-Unis". Le déjeuner, le diner, les soirées sont partagés  jusqu'à plus d'heure. Eleanor Roosevelt observe avec inquiétude que son  mari boit beaucoup quand il est dans la compagnie de son hôte. 

Depuis 1940, celui-ci est habitué à faire la cour au président. Il dira que jamais prétendant n'a fait autant d'efforts pour convaincre une belle d'entrer dans sa danse. 

Pour être réélu en novembre précédent, Roosevelt avait dissimulé ses véritables intentions ; il avait beaucoup aidé l'armement britannique mais maintenant, c'est fait, le pas est franchi... 

-Mais Roosevelt allait-il porter son effort d'abord sur l'Europe ou bien sur le Pacifique ? C'est déjà le paradoxe des Etats-Unis : ils sont fils de l'Europe mais ils sont attirés par l'Ouest, par le Pacifique. 

Le Royaume-Uni, lui aussi, est concerné par le Pacifique. L'offensive japonaise dont Pearl Harbor était le signal concerne plusieurs de ses possessions dont Singapour et Hong Kong mais à Washington, Churchill veut dire combien la victoire sur Hitler est la plus importante. Si le Japon qui, pour l'heure, va de succès en succès, pouvait être vaincu, l'Allemagne ne capitulerait pas pour autant. Si l'Allemagne était vaincue, elle entrainerait le Japon dans sa chute. 

En même temps, Churchill est confiant. "Une fois que la chaudière des Etats-Unis est allumée, il n'y a aucune limite à la puissance qu'elle peut produire". A Londres, de Gaulle dit la même chose : « Après Pearl Harbor, la guerre sera gagnée. Mais il ajoute : dorénavant le relais du commandement est passé aux Américains. » 

-Il reste à Churchill le leadership de la parole. 

Des deux discours qu'il prononça à Washington, je ne retiendrai pas celui devant le Congrès, exceptionnellement réuni avec ses deux Chambres où tous les élus, y compris les isolationnistes, se levèrent pour lui faire un triomphe. Mais plutôt l'adresse aux enfants devant l'arbre de Noël de la Maison Blanche. Le Premier ministre avait été heureux de revoir des illuminations après trois ans de couvre-feu en Angleterre ; il déclara ceci : "Le monde entier ou presque est enfermé dans une lutte à mort. Il faut pourtant que les enfants aient leur nuit de réjouissance. Quant à nous, adultes, partageons pleinement leurs plaisirs sans les gâcher puis  replongeons dans les années redoutables qui nous attendent. Grâce à  notre vaillance et s'il le faut, à notre sacrifice, il ne sera pas dérobé aux enfants leur héritage et leur droit à vivre dans un monde libre et juste." 

Voilà ce qui se dit au pied de l'arbre à la Maison Blanche à Noël 1941. 

Ouvrage : Andrew Roberts Churchill Perrin 

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