Six pays sont concernés par le Mékong, douzième fleuve du monde par sa longueur, quelque 4500 kilomètres. Les aménagements que lui font subir les pays qui en contrôlent le cours supérieur ont des conséquences sur les pays qui se trouvent en contrebas et le retour de la paix a permis de refaire la géographie du Mékong.

Vue aérienne du fleuve Mékong lors de la mousson en 2005
Vue aérienne du fleuve Mékong lors de la mousson en 2005 © Getty / Eye Ubiquitous

-Journée mondiale de l'eau. Une ressource mal assurée dans l'avenir. Et pourtant, l'histoire s'est construite grâce à elle. Qu'on pense au Nil et à l'Euphrate. Et au Mékong.

Le douzième fleuve du monde par sa longueur -quelque 4500 kilomètres. Son nom vient du Cambodge : le royaume khmer s'est organisé grâce à lui. Mais la première moitié de son parcours se déroule en Chine. Après avoir traversé la région du Yunnan, effleuré la frontière de la Birmanie, il creuse les hautes collines du Laos. Frontalier de la Thaïlande, il aborde le Cambodge en une série de chutes et de cascades. De plus en plus nonchalant, il débouche au Vietnam dans une vaste plaine vers un immense delta.

La légende veut que les rois khmers aient fait de ses boues du riz mais l'agriculture d'irrigation n'est pas seule à dépendre de lui. La pêche aussi : le Mékong est la plus grande zone de pêche d'eau douce au monde.

-Six pays sont concernés par le Mékong. Les aménagements que lui font subir les pays qui en contrôlent le cours supérieur ont des conséquences sur les pays qui se trouvent en contrebas.

On disait, en pensant d'ailleurs au Vietnam que la géographie, "ça sert à faire la guerre". Inversement les longs conflits qui ont ravagé la région ont retardé les projets hydrauliques. C'est le retour de la paix qui a permis de refaire la géographie du Mékong.

Et la nouvelle puissance de la Chine. Celle-ci a mis en service son premier grand barrage en 2009. Elle en est depuis à dix autres. 

Elle est le seul pays riverain à intervenir son seulement sur les affluents mais sur le cours du fleuve lui-même.

La seule avec le Laos dont le premier grand barrage a été mis en service en 2019, rejoignant une cinquantaine d'autres disséminés sur les affluents. Le Laos est devenu un vassal de la Chine. Que pèsent, face à elle, ses 7 millions d'habitants ? Le système de parti unique qui régit ce petit pays enclavé et s'avère de surcroît poreux à la corruption facilite la "compréhension mutuelle".

-Les effets de ces aménagements se font de plus en plus sentir.

Les chemins migratoires des poissons du bassin s'en trouvent souvent déviés, bloqués parfois comme sont retenus les nutriments dont ils se repaissent.

L'agriculture irriguée en contrebas est dorénavant dépendante des choix que fait la Chine pour elle-même. En 2019, le Cambodge et la Thaïlande ont connu une sécheresse exceptionnelle - la Chine retenait les eaux. Mais elle peut aussi bien les relâcher sans prévenir et provoquer des inondations.

-La plupart des grands bassins fluviaux ont donné naissance à des structures de coopération transnationales. C'est le cas pour le Mékong depuis 1995.

Grâce à un traité qui établit la Commission du Mékong. Mais les deux pays du cours supérieur les plus opaques, la Chine elle-même et... la Birmanie, n'y siègent qu'en tant que simples observatrices. Elles ne s'estiment nullement obligées de communiquer aux autres les informations essentielles. Secret défense ! Quant aux quatre pays membres "à part entière", si l'un d'entre eux veut aménager des retenues, il est contraint de le dire aux autres mais sans que ceux-ci puissent l'en empêcher. 

-En réalité, la Chine conçoit le Mékong aménagé comme une voie d'influence, une route de la soie supplémentaire qui mènerait directement du Yunnan à l'Asie du Sud-Est.

Sauf qu'au débouché du fleuve, il y a le Vietnam, qui dans la longue durée et malgré les alliances circonstancielles des années 40-60 reste un ennemi traditionnel.

A la différence de notre pays, les Américains conservent de nombreuses positions dans la région. Si un jour, la géographie mène de nouveau à la guerre, le meilleur allié des Américains face à la Chine sera... le Vietnam.

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