"Prenez cette pièce, prône le leader évangélique Wallnau, priez pour Trump en la serrant dans votre paume et vous vous trouverez en contact avec tous ceux qui, face aux forces de ténèbres, luttent pour que le président poursuive sa mission libératrice."

Donal Trump écoutant un sermont de l'évangéliste Paula White lors d'un diner à la Maison Blanche en 2018
Donal Trump écoutant un sermont de l'évangéliste Paula White lors d'un diner à la Maison Blanche en 2018 © Getty / The Washington Post

-Il y aurait aujourd'hui un milliard huit cent millions de musulmans, un milliard cent millions de catholiques. Et peut-être 650 millions d'évangéliques, cette  branche du protestantisme qui prône une nouvelle naissance de chaque instant. Ces chiffres, en augmentation, ne signifient pas grand'chose; il est tant de manières de vivre sa foi. Dans chaque confession, des minorités agissantes tentent de tenir le haut du pavé. La Nouvelle Réforme Apostolique ne représente que 5% des évangéliques américains mais elle y a très bien réussi en s'associant avec Donal Trump.

Trump qui lui-même n'est pas un born again comme Bush Jr mais seulement un presbytérien non pratiquant et assez flottant...

Un livre étonnant d'un universitaire de Montréal, ''Les évangéliques derrière Trump" explique la percée de la Nouvelle Réforme Apostolique. 

D'abord, un des leaders du groupe, Wallnau, a commencé par affirmer l'équivalence entre Trump et... Cyrus le Grand. Oui, l'empereur qui, au VIème siècle avant notre ère, a vaincu les Assyriens et a permis au peuple juif asservi de quitter Babylone et d'espérer de nouveau reconstruire le Temple. Celui dont le prophète Isaïe a annoncé le rôle grandiose dans l'histoire : "Je dis de Cyrus, il est mon berger et il accomplira ma volonté".

-Cyrus qui non seulement était un païen mais n'était pas un exemple de moralité. Trump a la tête de l'emploi

Les évangéliques  classiques  sont parfois  gênés par le comportement erratique du président. Pas la pasteure Paula White, autre leader de la Nouvelle Réforme Apostolique. C'est une prédicatrice des écrans: avant l'Islam internet, il y a eu  l'évangélisme à la télé. Patricia White a prononcé la prière  le jour de l'investiture de Trump et de nouveau au début  de la présente campagne. Et elle a repris Isaïe 45 : "Cyrus dira de Jérusalem qu'elle doit être rebâtie et du Temple qu'il soit refondé". Et elle a apporté la preuve que Trump était le nouveau Cyrus: il a transféré l'ambassade américaine à Jérusalem. Le peuple palestinien n'a aucun rôle dans le plan de Dieu sur l'accomplissement des temps mais le peuple juif y est central: il faut l'accompagner.

 Wallnau, qui ne peut rester en retrait, vient de frapper une pièce de monnaie qu'il vend quarante-cinq dollars: "Prenez cette pièce, prône-t-il, priez pour Trump en la serrant dans votre paume et vous vous trouverez en contact avec tous ceux qui, face aux forces de ténèbres, luttent pour que le président poursuive sa mission libératrice." Qu'une pièce de monnaie serve à la prière peut étonner mais, pour les évangéliques, la richesse personnelle est un signe d'élection divine. On appelle cela la théologie de la prospérité; peu importe qu'elle soit en contradiction avec l'enseignement du Nouveau Testament, on est dans l'imaginaire de l'Ancien  où la présence de Dieu sur la terre s'exprime par la puissance et la souveraineté dont il bénit la couronne

-Par la puissance, la souveraineté  et par la guerre

Paula White cite le Psaume 34 "Nous avons  à lutter contre les princes de ce monde de ténèbres; et elle ajoute ceci qui est de son crû: "Nous ordonnons à toutes les grossesses sataniques de faire des fausses couches". Voilà enfin une évangélique partisane de l'avortement - il est vrai qu'il s'agit des enfants du diable. 

On comprend pourquoi Trump ne considère pas une défaite électorale comme une raison suffisante de quitter le pouvoir. Ses amis de la Nouvelle Réforme apostolique affirment qu'il l'exerce par décret divin. Quoiqu'il arrive le 3 novembre, la mission de Trump  n'est pas finie puisqu'elle consiste à entretenir le chaos. Le chaos a, paraît-il, la vertu  de préparer, enfin, à une nouvelle époque qui mettra fin au dérèglement des mœurs contemporaines.

-André Gagné, Les évangéliques derrière Trump, Labor et Fides

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